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Sources, puits et cycles?

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Sur le chemin de la COP 15 à Copenhague en décembre prochain, tout le monde parle de la contribution des émissions liées à la déforestation et à la dégradation au changement climatique. Deux récents articles pilotés par des chercheurs de l’Université de Leeds – reflétant des contributions de plus de 100 auteurs du monde entier – montrent que les liens entre forêts et cycle global du carbone sont bien plus cela.

Jusqu’à récemment il était communément admis que les forêts « matures » et intactes n’étaient ni des sources, ni des puits pour le carbone atmosphérique : en moyenne, la séquestration par la croissance étant similaire aux émissions par les divers processus éco-physiologiques. Il y a quelques années ceci fut remis en cause par des études dans la région Amazonienne qui montrèrent, en fait, que les stocks de carbone en forêts climaciques (« matures ») augmentaient.

Simon Lewis et ses collègues montrent maintenant que les forêts africaines font de même. Dans « Increasing carbon storage in intact African tropical forests » publié dans Nature, ils rapportent des mesures de croissance des troncs sur 79 placeaux dans 10 pays et extrapolent leurs résultats pour tenir compte de la biomasse forestière à l’échelle continentale. Ils estiment que les forêts climaciques africaines ont absorbé environ 340 millions de tonnes de carbone par an dans les dernières décennies. Ce montant est grossièrement équivalent aux émissions totales de la déforestation en Afrique et bien plus important que les émissions liées aux combustibles fossiles sur le continent.

Qu’est-ce qui pourrait expliquer cette croissance inattendue ? Les auteurs éliminent la possibilité que les forêts soient en train de se remettre de perturbations passées importantes car il n’y a pas d’évidence d’un déclin dans la proportion des espèces à bois dense comme la théorie écologique semblerait le prédire après perturbation. En fait les arbres pousseraient plus du fait de l’augmentation des ressources disponibles et en particulier du taux de CO2 dans l’atmosphère.

Dans « Drought sensitivity of the Amazon rainforest », Oliver Philips et ses collègues rapportent dans Science les résultats d’un évènement naturel : la sévère sécheresse de 2005. La réponse des forêts à cet évènement pourrait préfigurer ce qui adviendrait de l’Amazone si les modèles qui prédisent un futur plus aride sont corrects. En utilisant les séries de données de placeaux permanents dans la région pour calculer les changements de biomasse en fonction des données météorologiques, les auteurs ont pu déterminer la réponse de la forêt amazonienne à une humidité réduite.

En contraste avec les dernières décennies, durant lesquelles les forêts absorbaient 450 millions de tonnes de carbone par an, celles les plus affectées par la sécheresse de 2005 ont perdu de leur biomasse et sont devenues des sources nettes de carbone atmosphérique. En extrapolant depuis les placeaux jusqu’à l’ensemble de la zone touchée par la sécheresse et en incorporant les composantes non mesurées de la biomasse, les auteurs estiment que l’impact total de la sécheresse est une émissions de 1,2 milliards de tonnes de carbone lorsque le « puits » s’est transformé en « source ». A titre de comparaison, les émissions générées par les combustibles fossiles aux USA étaient de 1,6 milliards de tonnes en 2005.

Pris ensemble, ces papiers suggèrent que le rôle des forêts dans le cycle global du carbone est bien plus significatif et complexe que l’on ne l’admet généralement. Nous devons certes garder un œil sur l’impact des émissions liées aux forêts sur le changement climatique mais aussi sur les impacts de ce dernier sur les forêts et leur capacité à stocker du carbone et à fournir les autres services environnementaux. Pour cela, il est primordial de maintenir des expérimentations et suivis de long terme, sans les placeaux permanents et leur mensuration régulière, ces études n’auraient pu voir le jour.

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Pour une copie du papier par Lewis et al., contactez Simon Lewis (s.l.lewis@leeds.ac.uk). Pour de plus amples informations, visitez le site Web d’ « African Tropical Rainforest Observation Network » (www.afritron.org).

Pour une copie du papier par Phillips et al., contactez Oliver Phillips (o.phillips@leeds.ac.uk). Pour de plus amples informations, visitez le site Web « Rainfor research network » (http://www.geog.leeds.ac.uk/projects/rainfor/)