Des cartes postales du terrain: Porc-épic et propositions au Cameroun

YAOUNDÉ, Cameroun (14 Novembre, 2012)_Une stagiaire du CIFOR, Camille, partage les joies et les peines du terrain; elle fait des recherches dans un village reculé du Cameroun.
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Camille a un entretien avec Maman Odette dans sa maison au village Ngon, Ebolowa, Cameroun.  Ollivier Girard/CIFOR

Claque! Maman Odette frappe fortement la machette sur son sol en terre battue, en divisant soigneusement une mangue de brousse en deux. Pendant qu’elle travaille, elle parle avec Camille Dehu, une étudiante en maîtrise et stagiaire au Centre de Recherche Forestière Internationale (CIFOR) au Cameroun.

« Les noix deviennent de plus en plus difficile à trouver, elles sont plus rares maintenant, » dit Maman Odette, en découpant un autre fruit.

Camille a passé un mois dans cinq villages en bordure d’une concession d’exploitation forestière dans le sud du Cameroun, en collectant des données pour un projet commun CIFOR/Bioversity qui enquête sur les tensions entre les compagnies forestières et les communautés locales.

‘Beyond Timber’: Reconciling the needs of forest dependent people with those of the logging industry (‘Au-delà du bois’: Réconcilier les besoins des populations dépendantes des forêts avec ceux de l’industrie forestière), vise à identifier les espèces forestières qui sont en forte demande à la fois par les compagnies forestières et les villageois qui collectent des produits forestiers non ligneux (PFNL) pour les utilisés comme nourriture, abris et médicaments. Le but ultime, dit Camille, est de développer des plans de gestion durable des forêts qui profitent aux deux parties.

« Nous sommes ici pour voir à quel point les gens dépendent des produits forestiers pour leur subsistance », dit-elle.

« Nous ne sommes pas ici pour juger. Nous rencontrons les chasseurs de viande de brousse et les exploitants forestiers illégaux. Nous essayons de comprendre pourquoi ils font cela et quelles pourraient être les alternatives. »

« C’est important parce que maintenant il y a un conflit entre les personnes qui utilisent les produits forestiers et l’industrie forestière. »

C’est la première étape d’un projet qui permettra de comparer les villages comme celui de Maman Odette avec d’autres villages au Gabon et en République démocratique du Congo (RDC).

Pendant que Camille travaille avec un chercheur camerounais sur les aspects sociaux et économiques du problème, une équipe de nutritionnistes analyse l’importance des produits forestiers dans l’alimentation des gens et un groupe de forestiers examine l’impact de l’exploitation forestière sur la disponibilité des espèces principales.

« Quand on travaille dans les forêts tropicales, on travaille avec les gens et la forêt, il est donc important d’avoir une équipe multidisciplinaire », dit-elle.

Sa conversation avec Maman Odette est juste l’une des techniques de recherche utilisées par l’équipe.

« Quand nous arrivons pour la première fois au village, nous organisons un groupe de discussion, où nous rassemblons les gens et les amenons à discuter sur ce que sont les différents PFNL qu’ils utilisent, quelles sont les principales activités, quels sont les principaux problèmes et quelle est la nature de la relation avec la société d’exploitation forestière », dit-elle.

« Mais il y a des sujets sensibles dont les gens ne veulent pas parler devant d’autres personnes, alors nous allons dans la maison et nous parlons avec eux. »

Camille dit que l’équipe est revenue à chaque village trois fois pour renforcer la confiance et pour essayer d’obtenir plus d’informations.

« À chaque fois que nous revenons les gens sont plus chaleureux et ils sont aussi plus confiants, c’est ainsi qu’ils peuvent nous en dire plus. »

« La première fois, il n’y avait pas d’exploitation forestière illégale dans le village. La deuxième fois, ‘Ouais, peut-être …’. Et la troisième fois, ils nous expliquaient tout. »

Au cours du déjeuner dans la maison du chef – porc-épic épicé et riz – Camille dit que partager les repas avec les villageois est une partie importante de la vie sur le terrain.

« Ici, dans la forêt, vous ne pouvez pas trouver de bœuf, de toute évidence, donc si vous voulez manger de la viande, cela devra être de la viande de brousse: porc-épic, pangolin, antilope, fourmilier, même serpent. »

« Au début c’était difficile, parce que vous devez faire face à des problèmes tels que l’alcoolisme, et en tant que personne blanche vous êtes traité différemment, et parfois les gens mendient plus auprès de vous qu’auprès des chercheurs camerounais », dit-elle.

Et puis il y a des défis supplémentaires associés au fait d’être une femme française de 27 ans.

« Vous recevez aussi beaucoup de demandes en mariage! »

« Mais à la fin vous avez juste à plaisanter à ce sujet. C’est une expérience riche, mais vous devez apprendre à travailler dans les villages. Ce n’est pas évident tout de suite. »

Pour plus d’histoires du Bassin du Congo, cliquez ici.

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