Les forêts du bassin du Congo : Ce que les décideurs politiques devraient savoir

YAOUNDÉ, Cameroun (14 November, 2012)_Les forêts du bassin du Congo sont une bouée de sauvetage pour plus de 60 millions de personnes - fournissant de la nourriture et des revenus pour de nombreuses collectivités reculées, stockant d'énormes quantités de carbone, soutenant des écosystèmes uniques et régulant le débit des grands fleuves à travers de l'Afrique centrale. Pourtant les forêts du Congo sont défrichées à un rythme alarmant au milieu de la demande mondiale pour les ressources minérales, énergétiques et de bois en provenance d'Afrique.
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Plus de 1000 espèces d’oiseaux ont été identifiées dans la République démocratique du Congo – mais les scientifiques sont encore loin de la description totale de la biodiversité du bassin du Congo. Ollivier Girard/CIFOR

Le pulse du cœur de l’Afrique : Le bassin du Congo abrite la deuxième plus grande étendue de forêt tropicale dans le monde, couvrant 200 millions d’hectares et s’étendant sur six pays. Ces forêts abritent les moyens de subsistance de 60 millions de personnes, génèrent des revenus par l’exploitation forestière, stockent d’énormes quantités de carbone, représentent une biodiversité unique et régulent le débit des grands fleuves dans toute l’Afrique centrale. Allant des plus grands marais du monde aux régions montagneuses du Cameroun et de l’Est de la République démocratique du Congo, ces écosystèmes divers abritent les gens et la faune du cœur même de l’Afrique.

Une question de viande : chasser pour se nourrir au Congo. Dans les zones rurales du bassin du Congo, beaucoup de communautés dépendent pour jusqu’à 80% de la graisse et des protéines dans leur alimentation de la viande d’animaux sauvages chassés dans les forêts. Alors que la surexploitation et la diminution des forêts signifient que les pratiques actuelles sont de moins en moins durables, l’interdiction de ces pratiques pourrait conduire à une déforestation accrue: par exemple par le défrichement des forêts pour le pâturage. L’interdiction de la chasse d’espèces vulnérables – comme les gorilles et les éléphants – tout en permettant aux gens de chasser des espèces plus résistantes, comme les céphalophes (petites antilopes) et les porcs-épics pourraient être plus efficaces.

Valoriser les fruits, les noix et les plantes du bassin du Congo : Les PFNL (produits forestiers non ligneux) jouent un rôle essentiel dans le soutien des moyens de subsistance en milieu rural et urbain. Leur collecte et vente contribuent à la sécurité alimentaire, la santé, la génération de revenus et d’emploi dans le bassin du Congo. La vente des PFNL contribue en moyenne de 25 à 40% aux revenus des ménages et les femmes sont largement impliquées dans la collecte de bois de feu, du Gnetum et Safou. Cependant, beaucoup de recherche est nécessaire pour concevoir des stratégies de gestion durable, à commencer par une définition et valeur des PFNL, et une priorisation des PFNL qui ont besoin d’être mieux contrôlés et gérés.

Commerce du bois domestique: l’impact du fraisage de la tronçonneuse : La production industrielle de bois à grande échelle ne représente que 3% de la production mondiale de bois tropicaux et ses impacts sont généralement bien documentés. A l’inverse, les effets du sciage à la tronçonneuse à petite échelle (la conversion sur place des rondins en bois de construction) sur le commerce et sur les forêts sont moins bien connus. Au Cameroun le marché informel domestique du bois est aussi grand que celui du secteur industriel orienté vers l’exportation. Alors que le secteur à petite échelle fournit des emplois et soutient les moyens d’existence, l’absence d’une législation claire et bien adaptée peut fournir un terrain fertile pour la corruption. Les systèmes de certification forestière et la nouvelle législation encouragent les petits exploitants à exercer des pratiques durables, mais un changement des politiques est nécessaire pour améliorer la gouvernance et inclure les marchés informels à la loi.

Le charbon de bois: alimenter l’économie ou la déforestation ? Le bois de feu et le charbon de bois représentent 90% de tous les prélèvements de bois des forêts en Afrique et un tiers de la production mondiale de bois combustible. Alors que la production de charbon augmente la déforestation et la dégradation, en particulier dans les zones fortement peuplées, elle fournit 83% des ménages ruraux en Afrique sub-saharienne avec une source d’énergie renouvelable pour la cuisine, ainsi que des activités génératrices de revenus. Le développement des plantations forestières pour le bois combustible, le développement de la gestion durable des forêts et l’amélioration de la transformation de l’énergie pourraient contribuer à équilibrer l’impact sur les forêts.

Les forêts du bassin du Congo : protéger les personnes dans un climat changeant. Les forêts du bassin du Congo ont un énorme potentiel pour aider à atténuer les effets du changement climatique et à s’y adapter. En constituant 18 pour cent des forêts tropicales du monde et en enfermant entre 25 et 30 milliards de tonnes de carbone, les forêts du bassin du Congo sont d’une importance énorme pour les programmes mondiaux visant à réduire les émissions provenant de la déforestation ou de la dégradation, tels que le REDD +. Ces forêts fournissent également des filets de sécurité pour des millions de personnes, tout particulièrement des femmes, qui sont fortement dépendantes des secteurs sensibles au climat tels que l’agriculture, la pêche ou les pratiques pastorales, et dont les moyens de subsistance pourraient être menacés par des conditions météorologiques changeantes et la pénurie des ressources.

Où sont allés tous les experts forestiers ? Le manque d’informations mises à jour et précises sur l’état actuel et l’évolution des zones forestières en Afrique centrale est souvent considéré comme un facteur limitant dans la conception de politiques efficaces en matière de gestion forestière. Des décennies de guerre, le sous-développement et le manque d’infrastructures et de ressources ont également entravé l’innovation et la recherche dans le secteur. Beaucoup plus d’efforts sont nécessaires pour améliorer les capacités régionales et nationales et de former de nouveaux experts en gestion forestière afin d’assurer que les forêts soient protégées dans l’avenir.

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