Les scientifiques à Doha décèlent les activités à l’origine de la déforestation et préconisent les pays à prendre des mesures

DOHA, Qatar (27 Novembre 2012)_ Pour la première fois les scientifiques ont évalué les activités principales qui aboutissent à la déforestation et la dégradation des forêts au niveau national dans la plupart des pays en voie de développement - fournissant ainsi des informations essentielles pour les pays qui négocient les politiques du changement climatique durant ses quinze jours de discussions sur le climat de l'ONU à Doha.
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S’attaquer aux facteurs de défrichement de la forêt, telle que l’agriculture, va directement se traduire par une réduction des émissions par les forêts. Ollivier Girard/CIFOR

DOHA, Qatar (27 Novembre 2012)_ Pour la première fois les scientifiques ont évalué les activités principales qui aboutissent à la déforestation et la dégradation des forêts au niveau national dans la plupart des pays en voie de développement – fournissant ainsi des informations essentielles pour les pays qui négocient les politiques du changement climatique durant ses quinze jours de discussions sur le climat de l’ONU à Doha.

Il a été constaté que l’agriculture est la cause de 80 pour cent de la déforestation mondiale.

« S’attaquer aux facteurs de déboisement va directement se traduire par une réduction des émissions par les forêts », déclare Gabrielle Kissinger de Lexeme Consulting et co-auteur du synthesis report for REDD+ policymakers (rapport de synthèse pour les responsables politiques de la REDD +).

« Une décision de l’ONU sur les facteurs indiquera aux pays engagés dans la REDD + à quel point ces facteurs sont réellement importants … et il est très important que les pays commencent à répondre à ce sujet maintenant si ils veulent satisfaire leurs engagements de réduction des émissions. »

Jusqu’à récemment, en raison du manque de données, peu de pays ont été en mesure de dire exactement quelles sont les proportions de la déforestation dues à l’agriculture, aux infrastructures, à l’exploitation minière ou forestière.

Le rapport, l’un des premiers à se pencher intensivement sur les facteurs mondiaux de la déforestation à l’échelle des pays, a constaté que l’agriculture commerciale est le facteur le plus important en Amérique latine (provoquant 67 pour cent de la déforestation), tandis que l’extraction de bois et l’exploitation forestière dominent en Afrique et en Asie (provoquant 70 pour cent de la déforestation).

De tels résultats portent l’espoir d’informer les négociations sur la mesure et la déclaration des gaz à effet de serre (MRV) pour la REDD +, un sujet qui, comme beaucoup s’y attendent, sera finalisé d’ici la fin de la semaine prochaine.

« Comprendre ce qui entraîne des changements dans votre forêt, aujourd’hui et dans le passé, est important dans le développement des niveaux d’émissions de référence pour la REDD +, c’est pour cela que nous considérons les circonstances nationales et mettons l’accent sur les scénarios qui s’écartent des tendances historiques », déclare Martin Herold, un scientifique de l’Université de Wageningen et associé au Centre de Recherche Forestière internationale (CIFOR).

« Toutefois très peu de travaux ont été effectués sur la façon d’analyser les émissions de gaz à effet de serre issues des facteurs car les données nationales et locales nécessaires ne sont souvent pas facilement accessibles. »

Une décision de l’ONU sur les facteurs de la déforestation indiquera aux pays engagés dans la REDD + à quel point ces facteurs sont réellement importants dans la lutte contre les émissions de carbone.

« S’attaquer aux facteurs de déboisement aura comme conséquence directe la réduction des émissions par les forêts, la REDD + est un système d’atténuation du climat qui offre des incitations financières aux pays en voie de développement afin d’éviter les émissions de gaz à effet de serre associées à la déforestation. La viabilité à long terme du régime dépend de la modification des activités « normales » qui provoquent le déboisement et les émissions de gaz à effet de serre des forêts.

Ces activités, ou facteurs de déforestation, sont classées en tant que directes ou indirectes. Les facteurs directs sont les activités humaines qui modifient directement la couverture forestière telles que l’expansion urbaine, l’infrastructure, l’exploitation minière, l’exploitation forestière ou l’agriculture. Les facteurs indirects sont des processus internationaux et nationaux complexes qui influent sur les activités humaines, tels que les changements dans la croissance économique, la croissance démographique, les prix des matières premières et la gouvernance.

« Toutes ces forces agissent ensemble pour influencer le défrichement des forêts », explique  Kissinger.

Les facteurs de la déforestation ont été mentionnés pour la première fois durant les négociations sur le climat de l’ONU en 2010 à Cancun, où le sujet a été incorporé dans le programme de travail du groupe scientifique consultatif CCNUCC (the Subsidiary Body for Scientific and Technological Advancement ou SBSTA) pour une enquête plus approfondie avant la réunion à Doha.

Il est difficile de savoir si le SBSTA fera rapport aux Parties avec des orientations sur les facteurs de déboisements et de la dégradation des forêts dans les quinze prochains jours, comme cela a été prévu, dit Herold.

« Le SBSTA devrait élaborer des directives sur la manière d’évaluer et d’aborder les facteurs de déforestation et de dégradation des forêts dans le contexte de la REDD +, néanmoins il y a des doutes à ce que ce sujet important puisse être traité en détail par le SBSTA ici à Doha. Au minimum cela devrait être mis sur l’ordre du jour des sessions de négociation à venir. »

De nombreux pays REDD + ont déjà commencé à identifier et à mesurer les facteurs directs par le biais de la télédétection et des données de terrain, du suivi de l’impact des activités sur les stocks de carbone forestier dans le temps et de l’élaboration de stratégies pour réduire l’impact de ces activités dans le cadre du processus de préparation à la REDD +.

Cependant Véronique De Sy, co-auteur d’une étude récente du CIFOR, a souligné que des informations plus nationales sur les facteurs sont encore nécessaires.

« Les informations que nous avons recueillies à ce jour montrent que la disponibilité des données quantitatives sur les facteurs est variable et l’information n’est pas encore certaine dans le cas de nombreux pays », dit-elle, en notant que seulement 12 pour cent des pays étudiés ont pu fournir des données quantitatives.

Entre temps la demande pour un système de surveillance des forêts encore plus précis est en augmentation, selon  De Sy et autres.

« Cette étude fournit un moyen grossier pour combler cette lacune en données avec la meilleure estimation actuelle pour les pays sans données. Mais il y a une nécessité d’investir dans l’évaluation des facteurs à un niveau encore plus approfondi. »

Malgré les défis, les scientifiques pensent que leurs résultats peuvent aider les gouvernements à élaborer des mesures politiques plus ciblées afin de lutter contre les facteurs spécifiques de la déforestation et de la dégradation des terres, à travers d’un mélange de mesures incitatives et dissuasives et en permettant des mesures aux niveaux international, national et régional.

« Pour leurs plans de REDD +, un grand nombre de pays demandent spécifiquement des directives internationales sur le changement d’utilisation des terres … ils sont à la recherche d’outils, telle que la finance, pour être aidés à changer les activités de ces facteurs. »

Et l’inclusion des facteurs dans une décision de l’ONU peut également aider à garantir le financement de la REDD +, dit  Kissinger.

« Les pays veulent voir en particulier la finance orientée afin de faire face aux facteurs. Affecter les facteurs, c’est vraiment là que l’on va voir les paiements fondés sur des émissions réduites. »

Avec des informations supplémentaires de Andrea Booth.

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