Q&R : aménagement du territoire dans le nord de la Papua

BOGOR, Indonésie (15 décembre, 2012)_Des chercheurs travaillant dans le nord de la Papouasie aident à intégrer les points de vue des communautés locales dans les activités de développement, grâce à des entretiens, des discussions de groupe, la réalisation de cartes et un atelier pour encourager le dialogue entre toutes les acteurs de la région.
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BOGOR, Indonésie (15 décembre, 2012)_Des chercheurs travaillant dans le nord de la Papouasie aident à intégrer les points de vue des communautés locales dans les activités de développement, grâce à des entretiens, des discussions de groupe, la réalisation de cartes et un atelier pour encourager le dialogue entre toutes les acteurs de la région.

« L’objectif premier du projet est de fournir des informations sur l’aménagement du territoire qui soient cohérentes avec les plans du gouvernement régional, concernant par exemple le développement des infrastructures, mais qui répondent également aux priorités locales et intègrent le développement durable », explique Michael Padmanaba, scientifique du Centre de recherche forestière internationale (CIFOR) qui travaille sur ce projet.

Né il y a deux ans (les premières élections locales ont eu lieu en 2010), le gouvernement de Mamberamo Raya, dans le nord de la Papouasie, étudie comment il peut gérer le développement rapide de ses infrastructures, tout en fournissant des services de santé et d’éducation aux villages reculés.

« Nous espérons que ce processus permettra au gouvernement local et aux villageois de prendre des décisions ensemble », ajoute Manuel Boissière, scientifique au CIFOR et au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (CIRAD).

Le projet a contribué à mettre en place un processus de négociation entre les populations locales et le gouvernement local.

Les deux scientifiques présentent à Forest News ce projet de deux ans mené par le CIFOR, le CIRAD et Conservation International Indonésie, et financé par l’Agence Française du Développement (AFD).

Q : Quelle était la finalité de votre projet ? 

Padmanaba : Nous voulions que ce projet montre à la communauté de Mamberamo et au gouvernement de Mamberamo Raya que des informations utiles pour l’aménagement du territoire peuvent être collectées en examinant les points de vue et les priorités des populations locales.

C’est essentiel pour élaborer des plans d’aménagement du territoire qui reflètent les aspirations de toutes les parties prenantes, et dont la mise en œuvre peut être suivie aussi bien par les fonctionnaires locaux que par les habitants.

Mamberamo Raya est un nouveau district âgée de seulement deux ans et qui apprend toujours les rouages de la gouvernance. À sa création, le gouvernement local a élaboré un projet de plan d’aménagement du territoire basé sur le plan existant déjà à l’échelle provinciale. Pour ce faire, il a recruté un consultant, mais le plan pas encore n’a accepté par le gouvernement provincial car n’a pas brossé un tableau complet du territoire. Je ne dis pas que nous proposons un meilleur plan d’aménagement, mais nous essayons d’inciter le district à considérer l’aménagement du territoire sous un autre angle.

Nous l’avons fait en introduisant des approches collaboratives, sous forme d’entretiens, de discussions de groupe ou de cartographie participative et en organisant un atelier pour amener les habitants et les fonctionnaires à entamer des discussions sur l’aménagement du territoire. L’objectif premier de ces outils est de fournir des informations qui soient cohérentes avec les plans du gouvernement régional, concernant par exemple le développement des infrastructures, mais qui répondent également aux priorités locales et intègrent le développement durable.

Q : Comment le gouvernement local a-t-il réagi à votre projet ?
Padmanaba : Durant notre dernière visite de terrain à Mamberamo, qui a duré 10 jours en mars de cette année, nous avons constaté que notre engagement était bien accepté par le gouvernement. Le chef de district de Mamberamo Raya, Monsieur Demianus Kyew-Kyew, a demandé au CIFOR, au CIRAD et à CI de poursuivre le travail dans sa région. Il a indiqué qu’il souhaitait que ses fonctionnaires du gouvernement local participent à une formation, en se basant sur les directives développées durant le projet. Cette formation, organisée par le CIFOR, aura lieu cette année.

Q : En quoi consistaient vos directives d’aménagement du territoire ?

Padmanaba : Nos recommandations en matière d’aménagement du territoire comprenaient des méthodes à appliquer étape par étape, par exemple des entretiens, des discussions de groupe et la réalisation de cartes participatives, et pouvant être appliquées sur le terrain. Durant l’atelier, nous avons rencontré les représentants du gouvernement et des villages du district afin de discuter de l’avenir du district en termes de conservation et de développement. Les six villages pilotes, sur un total de 59, ont également été satisfaits du programme, en particulier de l’élément de cartographie.

Q : Expliquez pourquoi les cartes ont été une priorité dans ce programme

Padmanaba : Diffuser les informations par le biais d’un rapport est couramment perçu comme une méthode de communication austère et parfois difficile à lire. Le caractère visuel des cartes permet aux membres de la communauté locale de comprendre plus facilement leur territoire et de fournir rapidement des informations précieuses. Notre carte participative a également été élaborée à l’échelle 1:50000, identique à celle qui est requise pour la planification spatiale officielle, ce qui permet au gouvernement d’utiliser nos cartes.

Q : Quels enjeux et sensibilités avez-vous rencontrés durant le projet ?

Padmanaba : Tout d’abord, l’accès difficile à cette région. Par exemple, il faut parfois trois jours de bateau pour rejoindre certaines zones de Mamberamo. Deuxièmement, nous n’avons travaillé qu’avec six villages pilotes sur un total de 59 ; les informations que nous avons fournies ne concernaient donc que les villages représentant les différents types d’écosystème.

Il existe aussi des problèmes frontaliers entre les villages. Les cartes que nous avons réalisées n’ont pas été confirmées par les villages voisins, en particulier concernant les frontières, car notre projet ne concernait que six villages pilotes choisis selon des facteurs tels que l’accès au marché et la biodiversité. Par conséquent, une image complète et approuvée par tous les acteurs doit encore être produite pour éviter les conflits concernant les zones frontières.

Boissière : Le mot « conservation » doit également être utilisé avec précaution lorsque nous parlons d’aménagement du territoire. Les habitants de Mamberamo considèrent souvent ce mot comme un moyen de leur ôter le droit d’accéder à leur propre terre.

Q : Quels enseignements aimeriez-vous que la communauté et le gouvernement tirent des méthodes collectives d’aménagement du territoire ?

Boissière : Nous avons montré au gouvernement local une manière d’élaborer un plan d’aménagement du territoire et avons également proposé de former ses fonctionnaires. Nous espérons qu’après la formation, le gouvernement poursuivra et améliorera le dialogue avec les communautés locales et que cette approche de l’aménagement du territoire pourra être appliquée dans les 53 autres villages.

Nous espérons que ce processus permettra au gouvernement local et aux villageois de prendre des décisions ensemble. Cependant, les habitants des villages réfléchissent parfois aux décisions avec une perspective de court terme. Si une entreprise envisage d’extraire du charbon, par exemple, les habitants n’en voient parfois que le bénéfice à court terme, en l’occurrence les compensations. Nous sommes d’avis que nous devrions leur expliquer les conséquences, les risques et les avantages pour leur permettre de prendre des décisions plus éclairées.

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