La chasse excessive d’animaux de brousse menace la sécurité alimentaire des communautés rurales en Afrique centrale

BOGOR, Indonésie (5 avril 2012) _ Les animaux sauvages tels que les bonobos et les grandes antilopes sont chassés de manière non durable afin de répondre à l´immense demande domestique en viande de brousse. Cette situation a de graves répercussions à la fois sur la diversité des espèces et sur les communautés forestières rurales qui dépendent de sources sauvages de viande pour jusqu´à 80% de la protéine dans leur régime alimentaire.
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Image reproduite avec la permission de Luke Parry/CIFOR.

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BOGOR, Indonésie (5 avril 2012) _ Les animaux sauvages tels que les bonobos et les grandes antilopes sont chassés de manière non durable afin de répondre à l´immense demande domestique en viande de brousse. Cette situation a de graves répercussions à la fois sur la diversité des espèces et sur les communautés forestières rurales qui dépendent de sources sauvages de viande pour jusqu´à 80% de la protéine dans leur régime alimentaire.

Les scientifiques du Centre de Recherche Forestière Internationale (CIFOR) encouragent les citadins de l’Afrique de cesser la consommation d´espèces protégées et de consommer de la viande issue de sources durables, qu’il s’agisse d’animaux domestiques ou d’espèces résilientes qui sont chassées de manière durable.

« Pour les personnes du milieu rural, la viande de brousse est un élément essentiel de leur alimentation et nous ne pouvons pas simplement leur dire de ne pas la manger – ils vont toujours continuer », a déclaré Robert Nasi, directeur du Programme de Recherche du CGIAR sur les Forêts, les Arbres et l’Agroforesterie et co-auteur d´une récente étude intitulée The role of wildlife for food security in Central Africa: a threat to biodiversity? (Le rôle de la faune sauvage pour la sécurité alimentaire en Afrique centrale : une menace pour la biodiversité?).

« Néanmoins, dans les villes il est plus facile de trouver d’autres sources de protéines que dans un village au milieu de la forêt, c’est donc là que nous avons la possibilité de réduire la demande inutile en déplaçant la consommation en viande vers d’autres sources et de préserver ainsi la biodiversité de l’Afrique. »

Bien que le mot « viande de brousse » puisse être synonyme d’exploitation écologique et d’extinction des espèces, en Afrique, celui-ci pourrait signifier une source potentiellement durable de nourriture : contrairement au bétail, qui nécessite le déboisement de grandes étendues de forêt, les animaux de petites tailles ayant une reproduction rapide peuvent être récoltés sans impacts significatifs sur l’écologie des forêts. La viande de brousse est de facto l’une des sources de nutrition et de protéine la plus facilement disponible dans les régions de l’Afrique qui ont du mal à maintenir un approvisionnement alimentaire stable.

Pour une minorité de personnes vivant dans les grandes villes africaines, de plus en plus nombreuses, en Guinée équatoriale, au Gabon et au Cameroun, la viande de brousse est considérée comme un produit de luxe, en raison de la nature exotique de la viande par rapport aux animaux d’élevage. Les nouveaux migrants venus de la campagne mettent souvent une grande valeur sur la viande de brousse au dessus de la viande d’élevage en raison de sa familiarité culturelle, après l´avoir mangé tout au long de leur enfance.

Mais pour la majorité des citadins pauvres, comme le souligne Mr Nasi dans une autre nouvelle étude intitulée Empty forests, empty stomachs? Bushmeat and livelihoods in Congo and Amazon Basins (Forêts vides, ventres vides ? La viande de brousse et les moyens de subsistance dans les bassins du Congo et de l’Amazone), vivant dans les villes qui ne sont ni des zones rurales isolées, ni des grandes capitales, la viande de brousse n’est cependant pas un luxe mais une nécessité pour les pauvres citadins car c´est l’une des sources en protéines ayant le plus bas prix.

Néanmoins, en raison de la croissance démographique, la déforestation, les conflits civils, la faible gouvernance et l’application inadéquate des lois, la chasse des animaux de brousse augmente drastiquement et de nombreuses espèces d’animaux sauvages ont du mal à rebondir.

Les chercheurs savent que les volumes de viande attrapée sont élevés: Nasi et al. estiment la consommation en viande de brousse dans les bassins du Congo et de l’Amazone à l´hauteur de 6 millions de tonnes par an. Cependant, l’estimation de la taille réelle des captures totales de viande de brousse est extrêmement difficile, puisque la provenance de la viande est difficile à déterminer. Il est également difficile de connaître la taille réelle de ce qui est pris, étant donné  que le volume de la viande atteignant les marchés sera inévitablement plus petit que la première récolte.

Avec le but de développer une nouvelle série d’outils pour estimer les récoltes de viande de brousse, Mr Nasi et ses collègues ont examiné la viande en vente sur les marchés urbains dans la ville africaine de Kisangani et ont documenté lesquels des animaux étaient en vente, lesquels étaient des espèces abondantes ou menacées et le prix pour chaque type de viande.

Ils ont constaté que les espèces partiellement protégées représentaient 50 pour cent de la viande de brousse totale vendue à Kisangani en 2002, mais celle-ci a augmenté à 66 pour cent en 2009. Les données du marché peuvent donc être utiles pour les décideurs politiques et les universitaires afin de « sonner l’alerte » lorsque des changements rapides des effectifs de populations sauvages sont documentés.

Mais la compréhension de l’importance de la viande de brousse aux cultures locales, à la fois en termes de moyens de subsistance et de nutrition, est essentielle, explique Nathalie Van Vliet, chercheuse postdoctorale à l’Université de Copenhague.

« Prendre en compte les types de viande que les personnes valorisent régionalement et leurs raisons est crucial pour l’élaboration de politiques et de stratégies efficaces. »

Dans le cas des communautés rurales où des sources fiables de protéines peuvent être difficiles à trouver, la simple prescription d´un abandon de la viande de brousse ne fonctionnera pas.

« Nous ne devons pas criminaliser l’ensemble du système – c’est comme avec toutes les autres ressources essentielles, le commerce va juste entrer dans la clandestinité et va continuer avec encore moins d´options de contrôle », a dit Mr Nasi.

Mais ce qui peut être fait grâce à des politiques et des programmes prudents d’éducation publique, est de décourager la chasse et la consommation d´animaux qui se reproduisent lentement et ne se remettent pas rapidement des abattages, telles que les chauves-souris frugivores.

Mais d’autres espèces, tels que les rats, sont abondantes et en raison de taux de reproduction élevés se remettent rapidement des impactes de la chasse. Elles sont également très prisées par les communautés locales.

« Sur certains marchés, la forme la plus coûteuse de viande est en fait le rat », a déclaré Mme Van Vliet.

« Les gens aiment en fait le goût de la viande, ce qui montre que ni la rareté, ni la taille sont les seuls indicateurs de prix, et que certaines espèces qui sont résistantes aux impactes de la chasse sont préférées, créant ainsi des options pour la gestion. »

Bien qu’il n’y ait que peu de stratégies qui gèrent efficacement les niveaux de la chasse durable de viande de brousse, au niveau gouvernemental, il y a eu une reconnaissance de la nécessité de surveiller et de réglementer le commerce de viande de brousse.

Depuis la COP11 en 2000, trois pays d’Afrique centrale ont élaboré des plans d’action nationaux de viande de brousse: le Cameroun, le Gabon, ainsi que la République du Congo et la République démocratique du Congo. Mais ces projets sont encore très incomplets et inefficaces. Mr Nasi travaille en collaboration avec le Groupe de liaison sur la viande de brousse de la Convention sur la Diversité Biologique, qui reconnaît que les politiques et les cadres juridiques existants sont impraticables ou irréalisables.

Mais d’après leurs expériences, Mr Nasi et ses collègues disent que le travail avec les gouvernements en Afrique n’a pas été suffisant. En revanche, ils ont observé que le partenariat avec les sociétés forestières – qui elles-mêmes peuvent devenir des grands moteurs de la chasse à travers de la création de routes qui traversent les forêts, conjugués à des camps éloignés peuplés de travailleurs ayant faim – a souvent abouti à un degré élevé de réussite dans l´obtention d´une pratique de chasse durable.

« Dans l’avenir, nous pensons que le développement de partenariats public-privé ayants le but de gérer la chasse des espèces résilientes, tout en protégeant les plus vulnérables, seraient un élément efficace de la solution. »

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