Le bois de feu entraîne la déforestation dans le bassin du Congo, tout en étant une source potentielle d’énergie renouvelable

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Image reproduite avec la permission de Jolien Schure/CIFOR Flickr

BOGOR, Indonésie (11 avril 2012)_ La surexploitation du bois de feu, résultant de la forte dépendance de cette ressource dans le bassin du Congo en Afrique, est à l’origine de la dégradation et la déforestation près des zones où la demande est élevée, mais le bois reste une source potentielle d’énergie renouvelable, selon une étude.

« Le bois de feu est une énergie renouvelable potentielle grâce à la régénération et la croissance gérées ou spontanées des ressources ligneuses », a déclaré le chercheur Jolien Schure associé au CIFOR et co-auteur de l´étude intitulée Contribution of woodfuel to meet the energy needs of the population of Central Africa: prospects for sustainable management of available resources (La contribution des combustibles ligneux pour satisfaire les besoins énergétiques de la population en Afrique centrale: perspectives pour la gestion durable des ressources disponibles).

« Les initiatives de plantations de bois de feu et de systèmes agroforestiers, qui incluent les arbres en tant que combustible, peuvent fournir des sources durables d´énergie à partir du bois ».

L´amélioration de l’efficacité, tant au niveau des producteurs que des consommateurs, peut améliorer le caractère renouvelable de la ressource.

Le bois de feu et le charbon de bois ont représenté 90 pour cent de tout le bois récolté dans les forêts africaines, selon l´Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) en 2011, cité dans le rapport du CIFOR. Des pratiques non durables dans la région de l’Afrique centrale sont principalement observées dans les zones péri-urbaines – celles qui jouxtent les zones urbaines -, les zones de savane et les zones autour des espaces forestiers protégés.

Le bois de feu est une source d’énergie faible quand il est produit de manière durable. Lorsque le bois est brûlé, la même quantité de carbone qui a été absorbée au cours de sa durée de vie est émise. Un arbre absorbe autant de carbone qu´il libère, alors tant que de nouveaux arbres continuent de pousser à la place de ceux qui sont utilisés en tant que carburant, les quantités relatives de carbone émises dans l’atmosphère resteront stables.

Pointe-noire, le centre économique de la République démocratique du Congo, a plus de deux décennies d’expérience avec les plantations industrielles de bois de feu. On y utilise l’excédent des plantations clonales d’eucalyptus qui produisent des bûches et des copeaux de bois pour l’exportation en tant que bois de feu pour la population urbaine.

Le rapport estime que l’approvisionnement en bois de feu de ces plantations d’eucalyptus près de Pointe-noire évite la déforestation de plus de 1.000 hectares de forêts naturelles par an.

Cependant, selon Mr Schure, il serait important que les mouvements vers des mesures plus  écologiques prennent en compte les moyens de subsistance qui dépendent du secteur du côté de l´offre et de la demande.

Plus de 300 000 personnes travaillent dans la production et le commerce de bois de feu dans la ville de Kinshasa au Congo. Les revenus du bois de feu fournissent les producteurs avec les capitaux nécessaires pour investir, par exemples, dans l’agriculture, l’élevage et la pêche.

« Les plans futurs pour l’énergie et le développement doivent tenir compte du potentiel que offrent les marchés du bois de feu pour réduire la pauvreté, en particulier en ce qui concerne les producteurs qui forment la majorité des acteurs impliqués », a déclaré Mr Schure.

L’approvisionnement en bois de feu au Congo est grand. Le pays a produit environ 54,7 millions de tonnes de bois de feu (75,4 millions de mètres cubes) en 2009, ce qui représente 94 pour cent de sa production totale de bois rond, selon les données ForeSTAT de la FAO en 2011.

Les 4,9 millions de mètres cubes de bois de feu générés pour les villes de Kinshasa et de Kisangani dépassent même de plus de 12 fois le volume de la production officielle nationale en bois.

La demande est également forte, avec 83 pour cent de la population en Afrique sub-saharienne utilisant le bois de feu pour faire la cuisine. Les entreprises tels que les boulangeries, les forgerons, les brasseries, les restaurants et les briquetiers dépendent également du bois de feu.

Le Réduction des Emissions de carbone issues de la Déforestation et de la Dégradation des forêts (REDD +) donne l’élan pour soutenir un secteur durable d´énergie produite à partir du bois.

« Les politiques sur le changement climatique peuvent intégrer la séquestration du carbone au niveau de la production », a déclaré Mr Schure.

Il a ajouté que la plantation d’arbres d’acacia au Plateau de Bateke a contribué au reboisement de cette zone et son système de croissance en rotation a simultanément alimenté Kinshasa en charbon de bois.

« Il y a aussi des économies d´émissions à faire au niveau de la consommation en utilisant des cuisinières plus efficaces. Nous devons comprendre pourquoi les personnes n’ont pas encore adopté ces cuisinières. »

Tous types de mesures formelles pour transformer le bois de feu en une source d’énergie renouvelable devraient envisager les systèmes traditionnels existants.

« Vu que la plupart de l’accès aux ressources forestières se fait à travers des droits fonciers coutumiers, toute intervention dans le secteur des combustibles ligneux doit prendre en compte le rôle important des autorités locales traditionnelles », a déclaré Mr Schure.

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