Gros coléoptères, gros bénéfices : le commerce de l’un des plus grands insectes au monde

Au Cameroun, le commerce de coléoptère est une source de revenus non-négligeable qui a encore du potentiel.
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A local collector in Cameroon with a Goliath beetle - the 4th largest beetle in the world. Fogoh Muafor

Un collectionneur local au Cameroun avec un scarabée Goliath – le 4ème plus grand coléoptère du monde. John Fogoh Muafor

BOGOR, Indonésie (19 Février 2013) _ La protection des habitats des coléoptères au Cameroun et la réglementation de leurs collectes et commerces pourraient contribuer à sortir les communautés rurales de la pauvreté tout en préservant les parcelles de forêt relique de la région, selon une nouvelle étude.

Les insectes à carapace sont les plus diversifiés de tous les organismes vivants dans les écosystèmes terrestres, constituant près d’un quart de notre biodiversité mondiale.

Ils ont longtemps été récoltés par les habitants des forêts dans certaines régions d’Afrique pour la consommation locale, certains ayant une valeur nutritive (en anglais) comparable à celle de la viande et du poisson et d’autres une valeur proportionnellement plus élevée en protéines, matières grasses et énergie. Et depuis les années 1980, quand des collectionneurs enthousiastes de coléoptères sont arrivés dans le sud-ouest du Cameroun et ont commencé à former des personnes à identifier et à rassembler des espèces uniques ou intéressantes, les coléoptères ont été exportés (en général après des négociations via Internet) vers l’Europe, l’Asie et les Amériques.

John Fogoh Muafor, auteur principal de la recherche menée par le the Centre de Recherche Forestière Internationale, l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD) et l’Association Camerounaise de Recherche sur la Biodiversité et le Développement (ACBIODEV), dit que les coléoptères ont un énorme potentiel pour améliorer les moyens de subsistance.

« Bien que les techniques commerciales et de collecte soient très informelles, dans certaines régions du Cameroun, de nombreuses populations rurales ont fini par dépendent d’elles », a t-il dit, en notant que l’argent gagné est souvent complémentaire aux principales sources de revenus – les cultures de rente tels que le cacao ou le café – en particulier en dehors de la saison de récolte.

Dans les villes aussi, certains propriétaires d’entreprises dépendent presque entièrement de l’argent gagné grâce à l’exportation locale et internationale de spécimens morts et vivants.

« Mais dans les deux cas, » M. Fogoh Muafor s’est-il empressé d’ajouter, « le potentiel est loin d’être atteint. »

Ceci est en grande partie le cas parce que l’absence de législation réglementant la collecte ou le commerce de coléoptères a fait qu’il est presque impossible de les faire de manière durable ou d’augmenter les recettes de l’exploitation, a expliqué Philippe Le Gall, co-auteur de l’étude intitulée Making a living with forest insects: beetles as an income source in Southwest Cameroon (Gagner sa vie avec les insectes forestiers : les coléoptères en tant que source de revenu au Cameroun du Sud-ouest).

Les techniques de récolte par les villageois sont rudimentaires, a t-il dit, les collectionneurs arrachent simplement l’écorce des arbres et collectent ensuite les coléoptères à la main ou à l’aide de filets. Pour les coléoptères qui se rassemblent la nuit, des feux sont souvent allumés dans les forêts pour améliorer la visibilité.

Des collectionneurs étrangers, en revanche, ont été connus pour voyager au Cameroun et pour revenir à la maison avec un grand nombre de coléoptères sans avoir obtenu les autorisations légales ou sans avoir verser des taxes ou redevances.

Il en a résulté à la fois un trafic de haut niveau et la fragmentation des habitats de coléoptères, menaçant la survie de certaines espèces rares et endémiques.

M. Fogoh Muafor croit cependant que le changement des mentalités, au moins à la maison, ne devrait pas être difficile.

L’éducation sur la conservation des habitats de coléoptères commercialisés maintiendrait directement les revenus, a-t-il dit: « Par conséquent, des écosystèmes dans des zones protégées et non protégées pourraient facilement être promus. »

Les habitants de la forêt dépendent fortement de champignons, de fruits, de noix et d’autres produits forestiers non ligneux (PFNL) en tant que sources de nourriture, médicaments et revenu dans les pays en voie de développement. Ces dernières années, il y a eu une plus grande reconnaissance du rôle que jouent ces produits pour les moyens de subsistance en milieu rural en Afrique. Les écologistes tout comme les décideurs politiques tentent de trouver des façons d’utiliser ces ressources et de soutenir une exploitation durable.

Seules quelques-unes de ces actions se rapportent cependant aux insectes des forêts, et il n’y a pas suffisamment d’informations pour sensibiliser les acteurs de la conservation sur l’importance d’intégrer efficacement les coléoptères et autres dans les stratégies de réduction de la pauvreté et de conservation.

Les auteurs de l’étude, publiée récemment dans Forestry Review, ont préconisé au Cameroun de se tourner vers le modèle du commerce d’insectes de la Papouasie-Nouvelle-Guinée.

En 1978, ce gouvernement a créé une Agence d’élevage et de commerce d’insectes (IFTA), qui contrôlait la conservation et l’exploitation de papillons. L’agence a agi comme un centre d’échange de l’Ornithoptère de la Reine Alexandra et d’autres papillons de valeur (des spécimens morts capturés légalement peuvent valoir plus de US $ 2 000).

Environ 450 agriculteurs dans les villages se sont associés à l’IFTA pour élever des papillons en plantant des plantes hôtes appropriées qui fournissent la nourriture pour l’Ornithoptère et d’autres espèces de papillons.

Selon les espèces, le but pour lequel elles sont élevées et les lois de conservation, les papillons sont exportés vivants, sous forme de nymphes ou morts en tant que spécimens de collection de grande qualité. L´IFTA vend des insectes d´une valeur d’environ US $ 400 000 par an à des collectionneurs, des scientifiques et des artistes dans le monde entier, générant un revenu pour des communautés d’un pays pauvre.

Au Cameroun, de nombreux ménages et exportateurs urbains se portent bien à collectionner et à échanger des coléoptères, a déclaré Patrice Levang, un chercheur de l’IRD détaché au CIFOR et un autre auteur de l’étude.

Bien que le commerce ne puisse pas résoudre les nombreux problèmes auxquels les personnes à faible revenu des zones rurales doivent faire face, « Il améliore le niveau de revenu des exploitants locaux, ce qui leur permet de vivre dans des conditions plus confortables ».

Cette nouvelle publication fait partie du CGIAR, Programme de Recherche sur les Forêts, les Arbres, et l’Agroforesterie et a été financée par l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD).

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