Étude : Pourquoi planter plus d’arbres est toujours une bonne idée

Un nouvel examen des stratégies pour se préparer aux impacts du changement climatique montre que l’expansion des forêts dans le monde entier en plantant davantage d’arbres est sans aucun doute une bonne idée. Mais si elle n’est pas soigneusement planifiée, les décideurs politiques pourraient gaspiller des ressources et engendrer des conséquences non voulues.
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BOGOR, Indonésie (26 Mars 2013) _ Un nouvel examen des stratégies pour se préparer aux impacts du changement climatique montre que l’expansion des forêts dans le monde entier en plantant davantage d’arbres est sans aucun doute une bonne idée. Mais si elle n’est pas soigneusement planifiée, les décideurs politiques pourraient gaspiller des ressources et engendrer des conséquences non voulues, selon une nouvelle étude réalisée par le Centre pour la recherche forestière internationale (CIFOR).

Le problème se résume au simple fait que nous ne savons pas vraiment ce qui se passera dans l’avenir au fur et à mesure que la planète se réchauffe : « Comment pouvons-nous planifier l’adaptation alors que la modélisation du climat elle-même est pleine d’incertitudes », explique Emilia Pramova, chercheuse au CIFOR et auteur principale de Forests and trees for social adaptation to climate variability and change.

L’adaptation basée sur les écosystèmes, qui vise à protéger les services écosystémiques – telles que la purification de l’air par les arbres ou la rétention d’eau par les sols – est considérée comme une solution gagnant-gagnant qui aiderait les communautés à amortir les impacts d’un monde plus chaud par l’effet atténuant des forêts qui refroidissent et qui absorbent le dioxyde de carbone.

Mais tout le domaine est très nouveau, dit Mme Pramova, ce qui rend la conception de stratégies si difficile.

« Il y a beaucoup de battage médiatique sur la façon dont l’adaptation basée sur les écosystèmes est potentiellement efficace aussi bien que rentable, nous avons donc décidé de voir s’il y avait une preuve scientifique réelle pour cela », dit-elle.

« Il s’avère qu’il n’y a en fait pas eu beaucoup de recherches qui ont été réalisées sur l’adaptation fondée sur les écosystèmes. »

Cependant, ce que la recherche a fait collectivement illustre très clairement et sans équivoque que les stratégies d’adaptation aux changements climatiques fondées sur les écosystèmes ont un énorme potentiel pour protéger les hommes et les lieux contre les effets du changement climatique, en grande partie parce qu’une augmentation de la couverture forestière entraînera d’autres avantages pour les hommes, indépendamment de l’ampleur de la hausse des températures mondiales.

L’augmentation de la couverture forestière entraînera des avantages pour les hommes, indépendamment de l’ampleur de la hausse des températures mondiales.

Un, de nouvelles forêts peuvent fournir des produits tangibles, tels que le bois et le miel, qui enrichissent et diversifient les moyens de subsistance.

« Ceci montre qu’il est important de préserver les services écosystémiques non seulement pour le bien de la nature, mais aussi pour le bien des hommes », dit-elle.

Des chercheurs en Tanzanie, au Pérou et au Honduras ont par exemple constaté que durant des moments de stress hydrique et de mauvaises récoltes ou à la suite d’une catastrophe naturelle, les gens ont pu utiliser les forêts pour le charbon, le bois de feu, les fruits, les champignons et autres ressources, en tant que réserve de secours.

Deux, les arbres plantés dans des zones agricoles peuvent réguler l’eau et le sol, stimulant ainsi la production alimentaire. Des études au Malawi et en Zambie ont montré que d’avantage d’arbres ont soutenu les sols à retenir l’azote et l’eau, et en Inde d’autres études ont documenté une augmentation des rendements céréaliers.

Trois, les bassins versants boisés peuvent réduire la perte d’eau due au dessèchement des sols et ils peuvent également aider à réduire la vulnérabilité face aux inondations dues aux tempêtes intensifiées.

Quatre, les forêts, telles que les mangroves, protègent les zones côtières – une nécessité quel que soit le réchauffement des températures, vu que les typhons, les ouragans et les cyclones seront toujours une menace.

Los bosques son importantes para el suministro limpio y regular de agua. Jeff Walker/CIFOR

Les forêts sont importantes pour l’approvisionnement régulier en eau propre. Jeff Walker/CIFOR

«  L’adaptation basée sur les écosystèmes est tout simplement une option sans regret », explique-t-elle.

Et cinq, planter plus d’arbres dans les zones urbaines pourrait avoir des conséquences très importantes pour la vie des hommes, parce que les villes seront durement touchées par la hausse des températures.

Le remplacement des sols et des arbres par du béton et des bâtiments mène à l’effet d’îlot de chaleur urbaine, qui entraine un réchauffement considérablement plus élevé dans les villes que dans les campagnes verdoyantes environnantes : les villes du New Jersey se réchaufferont en moyenne 2,7 à 3,3 degrés Celsius de plus que les zones rurales. A Manchester, une simple augmentation de la quantité de la couverture végétale de 10 pour cent, diminuerait la température de 2,2 degrés.

Mais dans tous les cas, selon elle, la preuve des avantages de l’adaptation fondée sur les écosystèmes est forte au niveau local, mais faible sous la perspective d’un paysage plus vaste.

« Nous savons bien qu’il y a des bonnes preuves au niveau local, comme par exemple les communautés forestières qui utilisent les produits forestiers, mais les preuves deviennent de plus en plus rares avec l’augmentation de l’échelle », explique-t-elle.

« Nous avons besoin de comprendre les choses d’un point de vue écologique plus large – si nous plantons, par exemple, certaines espèces d’arbres en amont d’un bassin versant, comment est-ce que cela affectera l’approvisionnement en eau dans les zones situées en aval sous des conditions de sécheresse ? »

«Nous devons apporter davantage de connaissances écologiques afin d’assurer que nous ne fassions pas de sacrifices et qu’au lieu de cela nous engendrions de nombreux autres bénéfices».

Ce travail s’inscrit dans le cadre du Programme de Recherche du CGIAR sur les Forêts, les Arbres et l’Agroforesterie et est soutenu par le Fonds Français pour l’Environnement Mondial, la Banque Africaine de Développement et la Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale.

Ce sujet sera l’un des thèmes discutés lors de la conférence de deux joursLa gestion durable des forêts d’Afrique centrale: hier, aujourd’hui et demain à Yaoundé au Cameroun les 22 et 23 mai 2013. .

Retrouvez les reportages du CIFOR sur les forêts d’Afrique Centrale sur blog.cifor.org/fr/yaounde

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