Les mangroves sont menacées alors que les Camerounais se rapprochent des côtes

Les personnes qui migrent vers la côte Sud-Ouest du Cameroun défrichent la mangrove à un rythme tellement élevé qu'elle ne peut pas se régénérer, selon les scientifiques du CIFOR.
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Africa's shoreline is threatened by sea level rise, as coastal cities expand rapidly. Jean-Marc Liotier.

La côte africaine est menacée par la hausse du niveau de la mer, alors que les villes s’étendent rapidement. Jean-Marc Liotier.

Les mangroves, qui pourraient protéger le Cameroun de la montée des eaux, pourraient être soumises à plus de pressions qu’elles ne peuvent endurer, alors que la population qui migre vers la côte Sud-Ouest du pays coupe les arbres à un rythme si soutenu qu’il ne permet pas la régénération, selon des scientifiques du CIFOR.

Alors que le monde lutte contre les effets du changement climatique, il ne peut pas se permettre d’ignorer ces mondes aquatiques uniques, selon Bele Mekou Youssoufa, co-auteur de “Vulnerability to coastal flooding and response strategies: the case of Cameroon mangrove forests”*.

“Même si on nie tous les bénéfices des mangroves en tant que forêt, leur qualité de ‘protecteur de côte’ devrait suffire à nous convaincre de les conserver’, dit-il, notant que les racines des arbres s’étendent sur une large surface, épongeant l’eau et encourageant la sédimentation.

Non seulement cela aide à stabiliser les marées et les apports en eau douce, selon une étude récente du CIFOR, mais cela aide à empêcher l’érosion des sols.

“Ce sont nos sauveurs. Elles jouent un rôle bien supérieur à tout ce qui pourrait être inventé avec des solutions d’ingénierie ou de technologie”, explique Youssoufa.

Selon UN Water, un tiers des 7 milliards d’habitants de la planète vivent à une centaine de kilomètres de l’océan, ce qui rend beaucoup d’entre eux sujet à des inondations côtières chaque année. Ce poids est particulièrement lourd dans les pays en développement et les petites îles des mega-deltas, selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat*.

Ce sujet sera l’un des thèmes discutés lors de la conférence de deux joursLa gestion durable des forêts d’Afrique centrale: hier, aujourd’hui et demain à Yaoundé au Cameroun les 22 et 23 mai 2013. .

Retrouvez les reportages du CIFOR sur les forêts d’Afrique Centrale sur blog.cifor.org/fr/yaounde

Au Cameroun, la situation est exacerbée par un changement démographique.

Au moins 30% de la population vit dans une ville côtière comme Douala, Limbe, Tiko et Kribi. Les trois-quart d’entre eux vivent sur d’étroites bandes de terres à 1000 mètres ou moins de la côte, et beaucoup à juste 1 mètre au-dessus du niveau de la mer, selon la recherche.

“Dans le même temps”, prévient Youssouf, “ils sont en train de couper les arbres à un rythme trop soutenu pour permettre la régénération.”

Pas juste l’environnement, mais des moyens de subsistance menacées

La zone de mangrove côtière au Cameroun s’étend sur 400 km, de la frontière équatoriale guinéenne au Nigeria.

Quand la marée de l’Océan Atlantique est basse, la forêt s’entend jusqu’à 30 km sur le continent. Mais il y a eu une perte progressive d’environ 1000 hectares de couvert forestier dans le pays en 43 ans – ce qui impacte sérieusement les ressources et la biodiversité.

Cela, de fait, affecte les possibilités de moyens de subsistance.

Les mangroves sont des sources de produits commerciaux prisés, tels que le bois de chauffage et – en tant que zone importante de frayère – le poisson. Elles sont aussi des espaces où bourgeonne l’industrie de l’éco-tourisme, vitale pour le développement local et national.

“Ceux qui dépendent des mangroves vont devenir de plus en plus vulnérables”, affirme Youssoufa.

Avec le réchauffement climatique mondial et la montée du niveau de la mer qui en résulte, “on s’attend à ce que les inondations quadruplent d’ici 2080”, dit-il, créant un problème qui va contribuer à la dégradation de ce qu’il restera des mangroves.

Cela empirera certainement l’érosion de la côte, provoquera une migration des forêts sur terre ou au large, mettra en péril d’autres espèces végétales et animales, et permettra à l’eau salée de s’immiscer dans la nappe phréatique et les estuaires.

Attirer l’attention sur les forêts de mangrove

En Afrique, comme dans de nombreuses régions du monde, les efforts entrepris pour s’adapter et diminuer les effets du changement climatique se sont largement concentrés sur le ralentissement de la déforestation et la dégradations des forêts tropicales terrestres (REDD+).

Mais Youssouga et son co-auteur, le scientifique du CIFOR Denis Sonwa, pensent qu’il faudrait prêter davantage attention aux zones humides et aux forêts aquatiques.

“Les mangroves demeurent des forêts, et méritent un plan de gestion et une meilleure réglementation, comme les forêts”, dit Sonwa.

“Les efforts entrepris pour établir sur le terrain l’étendue de la vulnérabilité de systèmes humain et écologiques spécifiques, et pour enquêter sur les interactions entre les facteurs liés au climat, à l’homme et aux systèmes écologiques sont malheureusement limités.”

La pauvreté et le manque d’information ainsi que la surveillance et les forces de l’ordre sont probablement quelques-uns des plus gros obstacles à la protection des mangroves dans l’extrême Sud-Ouest du pays.

“Il est important d’expliquer régulièrement à la population et aux intervenants comme les preneurs de décision le rôle essentiel que jouent les mangroves”, selon Sonwa. Il ajoute par exemple que les gens profitent maintenant des inondations au Cameroun pour accéder aux mangroves qui leur apporte une source alternative de combustible.

“Nous avons besoin de voir les mangroves comme un élément de la solution pour atténuer le changement climatique et s’y adapter”.

Youssoufa acquiesce.

En plus du rôle qu’elles jouent actuellement, il pense que les mangroves pourraient détenir la clé génétique pour la mise au point de cultures tolérantes au sel, en plein réchauffement climatique.

“Cela”, dit-il, “pourrait être une future ressource, pour le jour où la plupart de nos zones côtières seront inondées”.

*liens non traduits en français

Pour plus d’informations sur les questions discutées dans cet article, veuillez contacter Bele Youssoufa sur b.youssoufa@cgiar.org

Ce travail s’inscrit dans le cadre du projet Forêt du Bassin du Congo et Adaptation au Changement Climatique (CoFCCA) et Programme de recherche du CGIAR sur les forêts, les arbres et l’agroforesterie*, aidé par le Department for International Development (DFID), the Canadian International Development Research Center (IDRC) et the European Union.

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