Les arbres : argent liquide ou investissement solide? Idée nouvelle pour les agriculteurs camerounais

Les petits exploitants agricoles du Cameroun abattent les arbres dans leurs champs simplement pour récolter de l'argent rapidement. Mais la pratique pourrait mener à un nouveau moyen durable de gagner sa vie, selon les chercheurs.
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Tree planting by smallholder farmers in Cameroon could boost on-farm timber production and help avert forest destruction. Ollivier Girard/CIFOR

La plantation d’arbre par de petits exploitants agricoles au Cameroun pourrait développer la production de bois dans les exploitations agricoles et aider à éviter la destruction de la forêt. Ollivier Girard/CIFOR

Les petits exploitants agricoles du Cameroun abattent des arbres dans leurs champs simplement pour récolter de l’argent rapidement. Mais la pratique pourrait mener à un nouveau moyen durable de gagner sa vie, selon les chercheurs.

Ce que les agriculteurs de réalisent pas, c’est qu’ils sont maintenant, collectivement, le principal fournisseur de bois sur le marché intérieur”, explique Valentina Robiglio, principale auteur d’une étude collaborative * du CIFOR et du Partenariat pour les marges des forêts tropicales (ASB), qui s’intéresse aux manières dont les Camerounais concilient l’agriculture et l’exploitation forestière artisanale.

En vendant le bois des arbres de leurs champs, les agriculteurs saisissent juste une opportunité, alors qu’ils occupent une bonne position dans la chaîne de valeur, note Robiglio.

Ils pourraient vendre de nombreux arbres chaque année et générer de l’argent supplémentaire pour payer les frais scolaires par exemple, explique-t-elle.

Mais les agriculteurs ne voient pas les arbres comme un investissement, ou une ressource nécessitant une gestion durable”.

Le marché intérieur du bois est en plein boom au Cameroun.

La demande a presque triplé durant la dernière décennie, dépassant largement l’offre du secteur formel. En effet, 80% du bois échangé dans la capitale, Yaoundé, vient du secteur informel, selon le rapport en 2011* de co-auteurs de cette étude, les scientifiques du CIFOR Paolo Cerutti et Guillaume Lescuyer.

La plupart de ce bois provient de la région centrale du pays, où les agriculteurs pratiquent la culture alternée : après avoir nettoyé la terre, ils font pousser des aliments de base ou des cultures commerciales pour une courte période, puis laissent la terre en jachère pendant plusieurs années afin qu’elle redevienne fertile.

Les agriculteurs ne se voient pas comme des producteurs de bois et ne réalisent pas qu’ils pourraient négocier des prix plus élevés pour leur bois”, explique Robiglio.

Ce sujet sera l’un des thèmes discutés lors de la conférence de deux joursLa gestion durable des forêts d’Afrique centrale: hier, aujourd’hui et demain à Yaoundé au Cameroun les 22 et 23 mai 2013. .

Retrouvez les reportages du CIFOR sur les forêts d’Afrique Centrale sur blog.cifor.org/fr/yaounde

C’est comme si les fermiers non seulement fournissaient, mais subventionnaient le marché intérieur”.

Le bois utilisé pour fournir la demande nationale provient du même petit nombre d’espèces d’arbres utilisés par les sociétés d’exploitations forestières à grande échelle, mais il n’est pas séché au four, il est coupé grossièrement et il suit des normes de taille approximatives.

Alors que la demande est élevée, il faut davantage de recherche pour déterminer ce qui se passerait si les agriculteurs négociaient de meilleurs prix pour leur bois, à quel point la demande serait élastique ou comment l’augmentation des prix pourrait affecter la demande pour des espèces d’arbres particuliers et la préservation de leur diversité naturelle.

L’étude de Robiglio, Lescuyer et Cerutti, publiée le mois dernier dans la revue Small-scale Forestry, apporte une analyse détaillée des stocks et récoltes de bois, selon différentes utilisations de la terre, dans le système de culture alternée régional.

Leurs résultats indiquent que la plupart des arbres sont coupés dans les champs des cultures annuelles (43%) ou en jachère (30,5%), et, dans une proportion moindre, dans les agroforêts de cacao (13%). Le centre du Cameroun est une région importante de production de cacao, qui se développe en raison de la hausse des prix et des investissements du gouvernement qui souhaite doubler la production nationale en 2015.

Les espèces et l’abondance d’arbres dépend aussi de l’utilisation faite de la terre : les arbres d’ombrage sont plus présents dans les agroforêts de cacao, et les arbres à usage multiple – ceux qui peuvent apporter nourriture, combustible, tissus et autres – dominent les zones de jachère et d’agriculture.

L’étude confirme que les petits exploitants gèrent différents systèmes, avec de multiples stratégies pour obtenir leurs moyens de subsistance et leurs revenus, explique Robiglio.

Cela montre qu’il ne faut pas voir l’abattage et la gestion du bois d’un point de vue sectoriel, mais plutôt comprendre comment sont liés les systèmes agricoles et du bois.

90% des agriculteurs interviewés dans l’étude ont signalé un déclin du nombre d’arbres. Cette tendance devrait accélérer l’expansion et l’intensification de l’agriculture, l’introduction de champs qui demandent plus de soleil et une plus large utilisation de tronçonneuses pour défricher des terres.

Cependant, les chercheurs ont découvert que les agriculteurs s’intéressent à la plantation et la gestion des arbres sur des terres déboisées.

C’est le moment pour des stratégies qui encourageraient davantage les agriculteurs à passer d’une exploitation opportuniste à une gestion du bois qui pourrait soutenir leurs moyens de subsistance sur le long terme”, affirme Cerutti.

Les plans de plantation d’arbre et d’enrichissement pourraient pousser la production boisière dans les exploitations agricoles, suggère l’auteur. Mais cela signifie qu’il faudrait donner aux agriculteurs un meilleur accès à des technologies telles que les semences améliorées et leur apprendre comment produire des semis des espèces très demandées ou maîtriser des espèces locales plus efficacement.

Il faut aussi de nouvelles politiques afin de dépasser les barrières rencontrées par la production de bois sur les exploitations agricoles.

Les arbres prennent de nombreuses années à arriver à maturité, donc les agriculteurs rechignent à investir s’ils ne sont pas sûrs qu’il pourront de tirer des bénéfices”, explique Cerutti.

Si les agriculteurs veulent tirer le meilleur profit de leurs ressources forestières, la règlementation doit dépasser la frontière qui sépare les secteurs forestier et agricole afin de réguler le foncier, les droits à l’abattage et contrôler les ressources en bois, affirment les chercheurs.

A la vue de l’important soutien du gouvernement camerounais pour le développement agricole, des mesures combinant l’agriculture et la production de bois pourraient naître de l’association étroite entre l’abattage à petite échelle et l’utilisation de la terre agricole.

“Les petits exploitants agricoles devraient être ciblés comme les principaux acteurs d’un système intégré qui est non seulement durable, mais pourrait aussi servir à informer les autres pays sur les initiatives de productions boisières dans les exploitations agricoles”, dit Robiglio.

*Liens non traduits en français.

Pour plus d’informations sur les questions discutées dans cet article, veuillez contacter Paolo Cerutti sur p.cerutti@cgiar.org

Ce travail s’inscrit dans le cadre du Programme de Recherche du CGIAR sur les Forêts, les Arbres et l’Agroforesterie avec le soutien de l’Organisation internationale des bois tropicaux, la Direction générale du développement et de la coopération néerlandaise et l’Union Européenne.

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