Est-ce que la radio peut aider à atténuer le changement climatique dans le Bassin du Congo?

Alors que les communautés du Bassin du Congo tentent de s'adapter aux effets du changement climatique, les scientifiques tentent d'apporter leur aide via la radio.
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Radio remains the most dominant, affordable and accessible mass medium in Africa. Jake Lyell/Heifer International

La radio demeure le principal média de masse en Afrique, elle est abordable et accessible. Jake Lyell/Heifer International

YAOUNDE, Cameroun – Le changement climatique affecte profondément le Bassin du Congo, et alors que les communautés sur place et dans d’autres régions africaines tentent péniblement de s’adapter à la hausse des températures et aux changements de régimes pluviométriques, les scientifiques tentent d’apporter leur aide, en utilisant la radio pour faire passer le mot.

Pour ceux qui vivent dans des zones urbaines, il est facile de s’informer. Mais pour les habitants des forêts, qui sont les plus susceptibles d’être affectés, c’est plus difficile. Ils sont isolés par le manque d’infrastructures routières et d’équipements de base, comme l’électricité, le téléphone et l’accès internet, selon Anne-Marie Tiani, scientifique chevronnée du CIFOR et coordinatrice du projet COBAM (Changement climatique et forêts dans le Bassin du Congo: Synergies entre l’adaptation et l’atténuation)

La radio reste le média de masse dominant, elle est abordable et accessible en Afrique”, ajoute son collègue Denis Sonwa, expliquant que l’équipe a décidé qu’elle avait besoin de trouver de nouvelles façons de partager le fruit de ses recherches, plutôt que de se contenter du texte.

Nous voulions l’audience la plus large possible”, explique-t-il. “Et dans la région du Bassin du Congo, la radio reste le moyen le plus efficace d’atteindre les communautés locales”.

Bousculer les ondes

Le programme radio se base sur les précédentes recherches du CIFOR concernant les modes de subsistance et de gouvernance. Le projet COBAM englobe le Cameroun, la République centrafricaine, la Guinée équatoriale, le Gabon, la République démocratique du Congo et la République du Congo. Il vise à apporter aux décideurs et aux communautés locales des informations qui les aident à mettre en place des politiques et des projets pour l’adaptation au changement climatique et la réduction des émissions de carbone dans les forêts.

L’émission couvre les activités liées aux moyens de subsistances, les institutions locales ainsi que les tendances relatives à la dégradation de la forêt et la déforestation. Elle analyse aussi, avec les communautés locales, l’impact des actions potentielles REDD sur les modes de subsistance: les risques, les opportunités et les changements institutionnels qu’elles impliquent.

Le programme Au rythme des saisons est diffusé chaque mois sur Cameroon Radio Television (CRTV), pour une audience à la fois urbaine et rurale.

Les pays voisins d’Afrique Centrale, comme la République démocratique du Congo et la République centrafricaine peuvent aussi écouter ce programme sur Internet.

Les six premières éditions sont consacrées à l’éducation des auditeurs sur le changement climatique, leurs propres vulnérabilités, des aspects variés de l’adaptation et l’atténuation, et des détails concernant des projets de l’ONU visant à réduire les émissions provoquées par la déforestation et la dégradation et à l’amélioration des stocks de carbone (REDD+).

Au moins six émissions décriront les découvertes des recherches du COBAM dans un langage facile à comprendre: du développement de stratégies locales avec une action de recherche participative, à l’analyse de la vulnérabilité de secteurs économiques spécifiques aux niveaux national et régional.

L’espoir, c’est que finalement le programme radio s’étende à d’autres pays de la région du Bassin du Congo. Et il y a déjà de nombreuses demandes de la part de diffuseurs de RDC, République centrafricaine et Rwanda.

Jusqu’à présent, les retours des auditeurs ont été positifs.

Nous avons reçu des appels d’auditeurs de zones à la fois rurales et urbaines du Cameroun qui voulaient en savoir plus sur le changement climatique, et comment ça les touche, en particulier dans leurs moyens de subsistance”, dit Tiani.

S’attaquer à des enjeux essentiels

Le journaliste Mngo Demse, basé à Bamenda à 691km au Nord Ouest de la capitale Yaoundé, dont la radio communautaire diffuse le programme, partage son expérience. “Depuis que nous avons commencé à diffuser le programme radio du COBAM, les gens – en particulier les agriculteurs – sont venus dans notre studio pour demander des informations sur la manière dont il faut gérer la caractère imprévisible des saisons et améliorer les récoltes.”

La plupart des appels viennent des zones urbaines. Les auditeurs des zones rurales se rendent à la station de radio communautaire, ou rencontrent les journalistes pour discuter du programme radio.

Alors que nous commençons à voir les effets du changement climatique, nous avons besoin de ce genre de programme radio dans notre pays”, affirme Leon Maviga, journaliste de radio communautaire à Tshela, à 275 km au Sud-Est de Kinshasa, capitale de la RDC.

Les sujets discutés sont ceux que nous, en tant que journalistes, devons rapporter à nos auditeurs [au sujet des effets du changement climatique]. J’espère que le programme sera très vite diffusé en RDC”.

Ce sujet sera l’un des thèmes discutés lors de la conférence de deux jours La gestion durable des forêts d’Afrique centrale: hier, aujourd’hui et demain à Yaoundé au Cameroun les 22 et 23 mai 2013. .

Retrouvez les reportages du CIFOR sur les forêts d’Afrique Centrale sur blog.cifor.org/fr/yaounde

Parce que le changement climatique demande des ajustements rapides de comportements au niveau individuel, institutionnel et au niveau de la communauté, ce genre de conversations est cruciale.

Nous sommes peut-être en train de réaliser quelque chose de vraiment exceptionnel: apporter de l’information aux intervenants de l’ensemble de la région du Bassin du Congo, peu importe où ils se trouvent”, se réjouit Tiani.

Pour plus d’informations sur les questions discutées dans cet article, veuillez contacter Anne-Marie Tiani sur a.tiani@cgiar.org 

Ce travail s’inscrit dans le cadre du Programme de recherche du CGIAR sur les forêts, les arbres et l’agroforesterie avec le soutien de la Banque africaine de développement, la Communauté Economique des Etats d’Afrique Centrale et le programme COBAM.

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