Analyse

Un fonds de pension public norvégien retire son aide à des producteurs d’huile de palme

Les fonds de pension du gouvernement de Norvège – parmi les plus important du monde – ont retiré 314 million de dollars américain d'investissement à plusieurs sociétés qui selon eux produisaient de l'huile de palme « non-durable ».
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Lahan dibersihkan untuk perkebunan kelapa sawit di Kalimantan Timur. CIFOR/Mokhamad Edliadi

Terrains défrichés pour des plantations d’huile de palme. CIFOR/Mokhamad Edliadi

BOGOR, Indonésie (12 avril, 2013) – Le fonds de pension du gouvernement de la Norvège – parmi les plus important du monde – a retiré 314 millions de dollars américains d’investissement à plusieurs sociétés qui selon eux produisaient de l’huile de palme « non-durable ». Un geste qui devrait plaire aux défenseurs de l’environnement en raison des liens entre l’industrie et la déforestation.

On retrouve l’huile de palme dans environ 50% des produits emballés sur les rayons des supermarchés, et il y a un intérêt croissant dans l’utilisation de cette huile comme matière première*.

Bien que l’huile de palme puisse, dans des conditions optimales, avoir une productivité cinq fois supérieure à celle de cultures d’autres huiles végétales, et qu’elle soit perçue comme un levier de développement économique dans les régions rurales, la recherche a démontré que sa production encourage la déforestation* dans le Sud-Est de l’Asie, provoquant la perte de dizaines de milliers d’hectares de forêt tropicale.

En mars, le Fonds de pension mondial du gouvernement norvégien a publié son rapport annuel 2012*, annonçant qu’il avait vendu ses parts pour 23 des plus grandes sociétés de production d’huile de palme, réduisant son investissement dans l’industrie de l’huile de palme de plus de 40% en Indonésie et en Malaisie.

« De nombreux producteurs d’huile de palme ont été exclus du portefeuille parce que leur modèle économique sur le long terme a été jugé non-durable », selon le rapport.

Cette décision intervient l’année où le fond est devenu membre du Carbon Disclosure Project* (Projet de divulgation des émissions carbone – CDP), une ONG internationale qui «travaille avec les forces du marché pour encourager les sociétés à divulguer leur impact sur environnement». L’organisation, qui est soutenue par plus de 722 investisseurs institutionnels, représente plus de 87 000 milliards de dollars américains d’actifs, fournit aux investisseurs des informations telles qu’un aperçu des émissions de gaz à effet de serre des sociétés et des stratégies pour gérer le changement climatique, la déforestation et l’eau.

Alors que la Norvège a engagé des milliards de dollars dans la lutte contre la déforestation via le mécanisme de l’ONU REDD+ (Réduction des émissions liées au déboisement et à la dégradation des forêts), le fonds de pension de son gouvernement avait attiré l’attention par le passé pour son soutien à l’industrie de l’huile de palme.

La décision du fonds devrait, entre autres facteurs comme le changement de politique d’approvisionnement et les campagnes de sensibilisation, mettre davantage la pression sur les producteurs d’huile de palme afin qu’ils accordent plus d’attention à la durabilité de l’environnement.

La décision de se retirer a été prise par la banque Norges Bank Investment Management (NBIM), le gestionnaire du fonds, indépendamment des enquêtes du Conseil d’Ethique sur les sociétés d’huile de palme. Auparavant, d’autres décisions ont amené aux retraits d’investissements dans des sociétés de tabac*, de bois* et de mine d’or*.

La montée de l’investissement durable et éthique

Le rôle des investisseurs dans la mise en place de bonnes pratiques environnementales a reçu une attention croissante ces dix dernières années, en particulier en raison des standards de durabilité développés par International Finance Corporation (IFC) et la Banque mondiale.

Le Cadre de durabilité* de l’IFC – qui établi ses règles en manière de durabilité environnementale et sociale, ses standards de performance et l’accès à l’information – a été une des premières normes d’investissement environnemental et social. Il a été reconnu internationalement comme une référence pour la gestion des risques environnementaux et sociaux dans le secteur privé.

La Banque mondiale a aussi développé une directive sur l’Environnement, la Santé et la Sécurité* que les projets doivent respecter. Cependant, une évaluation indépendante de l’IFC a critiqué la Banque mondiale pour la faible mise en conformité de ces standards, montrant à quel point il était difficile de les évaluer.

Les Principes Equateurs* sont un mécanisme de sauvegarde similaire, utilisé pour déterminer et gérer les risques sociaux et environnementaux associés aux prêts et investissements qui financent des projets de développement de grande envergure. De nombreuses autres initiatives d’intervenants multiples ont été constituées pour encourager et guider des pratiques d’investissement durable, notamment les Principes pour l’investissement responsable (PRI*) des Nations Unies, la Natural Capital Declaration*, la Direction de la coopération pour le développement de l’OCDE (DCD-CADet Bâle III*.

De nombreuses banque internationales et commerciales ont signé ces initiatives, et s’assurent actuellement que les projets qu’ils aident à financer respectent des standards environnementaux et sociaux plus stricts.

Ce que cela signifie pour l’industrie de l’huile le palme

Les producteurs d’huile de palme font souvent appel aux banques nationales, commerciales pour financer l’expansion ou la création de nouvelles plantations. Cependant, alors que de grandes banques sont en train de devenir de plus en plus sensibles aux questions environnementales et sociales, la durabilité joue un rôle de plus en plus important dans le processus de prise de décision.

Dix banques et fonds d’investissement sont maintenant membres de la Table ronde pour l’huile de palme durable (RSPO)*, principal schéma de certification de l’huile de palme. Bien que l’influence de ces dix financeurs soit limitée dans le secteur de l’huile de palme tant que d’autres financements peuvent être trouvés ailleurs, ces sociétés d’huile de palme qui choisissent de chercher des financements auprès de banques membres de la RSPO doivent maintenant eux-mêmes devenir membres de la RSPO et s’engager à certifier les plantations.

Est-ce que d’autres investisseurs vont suivre l’exemple ?

La décision du fonds de pension du gouvernement norvégien va certainement contribuer à accentuer la pression sur les producteurs d’huile de palme, mais sans un soutien plus large des questions de durabilité de la part des trois principaux consommateurs mondiaux d’huile de palme – l’Inde, l’Indonésie et la Chine – et des banques et investisseurs opérant dans ces pays, ces standards auront un impact limité.

Des études démontrent* que l’actuelle demande d’huile de palme va continuer à attirer de nouveaux investissements et d’autres changements dans l’affectation des terres en Indonésie et en Malaisie, de même que l’extension de nouvelles zones comme le Nord-Est du Brésil, la Colombie et le Cameroun.

Les intervenants du secteur de l’huile de la palme vont maintenant attendre de voir si d’autres investisseurs font de même. De telles initiatives d’investisseurs vont-elles aussi commencer à rendre les détaillants et les fabricants responsable de la provenance de l’huile de palme, et quel impact auront ces initiatives dans les pratiques environnementales et sociales de l’industrie de l’huile de palme ?

*Liens non traduits en français

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