Relier le local au global: la REDD + est un puzzle à plusieurs niveaux

Pour que le programme soutenu par l'ONU pour ralentir le rythme du changement climatique en protégeant les forêts tropicales de la planète réussisse, il faut tisser des liens entre les acteurs locaux, nationaux et mondiaux.
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Des dirigeants autochtones discutent sur les forêts durant la Journée des Forest 5 (Forest Day 5). Photo de Neil Palmer/CIAT.

Des dirigeants autochtones discutent sur les forêts durant la Journée des Forest 5 (Forest Day 5). Neil Palmer/CIAT.

Ce blog a d’abord été publié en Juin 2012, pour coïncider avec la publication en anglais de L’Analyse de la REDD +: les enjeux et les choix

Pour que le programme soutenu par l’ONU pour ralentir le rythme du changement climatique en protégeant les forêts tropicales de la planète réussisse, il faut tisser des liens entre les acteurs locaux, nationaux et mondiaux, selon une nouvelle publication majeure sur l’état global du programme connu sous le nom de REDD +.

« La REDD + est en soi un puzzle à plusieurs niveaux », a déclaré Kaisa Korhonen-Kurki, une scientifique du Centre pour la Recherche Forestière Internationale et co-auteur de la nouvelle publication Analysing REDD+.

« Cela ne peut pas fonctionner si nous ne reconnaissons pas que la demande mondiale, les institutions nationales et régionales, et les besoins des populations locales doivent tous être pris en compte – et qu’il y a des intérêts différents à chaque niveau. »

La REDD +, ou la Réduction des Emissions issues de la Déforestation et de la Dégradation des forêts, est un projet global qui vise à réduire les émissions de carbone en compensant des personnes dans les pays en voie de développement pour la prévention de la perte des forêts.

Dans un chapitre de Analysing REDD+, publié cette semaine en marge du Sommet de Rio +20 au Brésil, Mme Korhonen-Kurki fait valoir que la communication entre tous les niveaux – du village, aux gouvernements provinciaux, aux institutions nationales et mondiales – est essentielle si la REDD + veut efficacement mesurer, rapporter et vérifier la quantité d’émissions de carbone évitée dans chaque zone forestière.

« Nous avons besoin d’une circulation de l’information dans les deux sens – du niveau mondial au niveau local et du niveau local au niveau mondial », a-t-elle dit.

« S’il y a un décalage entre les intérêts, s’il y a des acteurs différents qui n’ont pas les moyens de communiquer entre eux, et il y a beaucoup de projets distincts qui fonctionnent indépendamment sans savoir que, par exemple, quelqu’un d’autre a déjà fait quelque chose et que cela n’a pas fonctionné, les leçons apprises pourraient être manquées. »

Au Brésil et en Indonésie, les deux pays où les projets pilotes de REDD + sont les plus avancés, ce sont les niveaux intermédiaires de la chaîne – c’est-à-dire les gouvernements des provinces et des districts – qui jouent un rôle crucial.

« En raison de la décentralisation de la gestion forestière dans ces pays, les gouvernements régionaux ont beaucoup de pouvoir pour délivrer des permis d’exploitation forestière – pour décider sur ce qui est fait avec les forêts. Ils doivent être convaincus, ils doivent être impliqués. S’ils sont engagés à l’égard de la REDD, ceci est très important », a expliqué Mme Korhonen-Kurki.

Ouvrir la voie

Dans la province centrale du Kalimantan en Indonésie, un réseau de projets pilotes de REDD + montre déjà l’importance de lier le local au national – via le provincial.

« L’un des principaux liens entre les échelles se situe entre la province et Jakarta », dit Caleb Gallemore un chercheur travaillant avec le CIFOR à Kalteng, qui a été récemment désigné une province pilote pour la REDD +.

Ce sujet sera l’un des thèmes discutés lors de la conférence de deux joursLa gestion durable des forêts d’Afrique centrale: hier, aujourd’hui et demain à Yaoundé au Cameroun les 22 et 23 mai 2013. .

Retrouvez les reportages du CIFOR sur les forêts d’Afrique Centrale sur blog.cifor.org/fr/yaounde

Selon lui, les accords REDD + dans la province ont manqué de règles juridiques claires et le gouvernement provincial a souvent décidé d’attendre avant d’agir jusqu’à ce qu’il reçoive l’approbation du gouvernement national, par l’intermédiaire de l’Unité du Président pour le Contrôle et le Suivi du Développement (UKP4).

« Cette relation est absolument cruciale, vue que l’UKP4 voit Kalteng à certains égards comme un laboratoire de la politique ou comme ouvrant la voie à la REDD +, tandis que les acteurs à Kalteng font attention à ne pas outrepasser leurs limites. »

Alors qu’il y a encore peu de liens directs entre les villages forestiers et les organismes provinciaux impliqués dans les discussions politiques, certaines mesures ont été prises pour renforcer ces liens, dit Mr Gallemore.

Une initiative de micro-blogging par texto, www.borneoclimate.info, tire profit du penchant indonésien pour la messagerie texte, permettant aux personnes d’envoyer des rapports relatifs à la REDD + via téléphone mobile.

« L’idée est d’offrir aux personnes n’ayant pas accès à Internet sur ordinateur une plate-forme pour faire des commentaires sur les enjeux de la REDD + et, en théorie, pour contrôler les abus. »

« C’est un effort intéressant d’utiliser la technologie pour aider à réduire l’écart entre le village et les autres échelles et pour aider les populations locales à devenir des acteurs plus actifs dans le débat sur la REDD + », a t-il dit.

« C’est difficile »

Selon Mr Gallemore, le maintien des connexions entre les échelles comme celle-ci nécessite des ressources et des efforts considérables.

« C’est difficile. A Kalteng, c’est en fait assez facile de maintenir des liens avec Jakarta, tout au contraire des zones plus éloignées telles que Kabupaten Murung Raya. »

« Si la REDD + va être étendue avec succès, il sera absolument nécessaire de penser à des façons inventives de non seulement fournir des informations aux personnes dans les zones touchées par les projets et les politiques de la REDD +, mais aussi de donner à ceux concernés la possibilité de devenir des acteurs actifs dans les processus politiques qui affectent leurs forêts et leurs moyens de subsistance. »

« Le site de micro-blogging pourrait être un exemple d’une étape dans cette direction, mais beaucoup, beaucoup plus est successible d’être nécessaire afin que la REDD + soit efficace et perçue comme légitime, d’autant plus que les efforts se poursuivent pour entreprendre la REDD + à des échelles toujours plus vastes où l’accès des populations à l’information et aux possibilités d’expression pourraient être difficiles. »

Un nouveau système

Kaisa Korhonen-Kurki dit que la complexité de la REDD + nécessite un système de gouvernance à plusieurs niveaux qui est unique dans l’histoire de la politique environnementale.

Ceci nécessite non seulement une meilleure communication, mais également une meilleure prise de décision.

« Des nouvelles institutions ne sont pas toujours nécessaires, mais quand il n’est pas possible de travailler à travers de celles existantes, il doit y avoir un nouveau type d’institutions qui peut faire face à tous les échelles et qui peut réunir les différents intérêts au plus grand degré possible. Il y aura toujours des intérêts différents, mais au moins dans une certaine mesure, ils doivent correspondre. » « Mais bien sûr, il ne peut y avoir un système de gouvernance permettant d’harmoniser tous les intérêts, c’est impossible, le monde n’est pas comme cela, » a-t-elle dit.

« Finalement, cela signifie que la REDD + doit s’adapter à la réalité et devenir elle-même diverse. Elle ne peut pas être trop simple, car elle doit être capable de fonctionner dans un monde complexe. »

* Liens non traduits en français

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