REDD+ sans regrets: l’ancien directrice générale du CIFOR parle des perspectives d’avenir

Tant qu'il n'y a pas plus de certitude sur l'avenir du programme mondial pour Réduire les émissions de carbone à travers de la déforestation évitée (REDD +), il faudrait donner la priorité à la fois aux actions qui bâtissent une fondation pour la REDD + et aux réformes politiques «sans regrets».
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Parc national d’Itatiaia au Brésil. Photo de Flickr.

Tant qu’il n’y a pas plus de certitude sur l’avenir du programme mondial pour Réduire les émissions de carbone à travers de la déforestation évitée (REDD+), il faudrait donner la priorité à la fois aux actions qui bâtissent une fondation pour la REDD+ et aux réformes politiques «sans regrets», selon une nouvelle publication du Centre pour la Recherche Forestière Internationale (CIFOR).

Frances Seymour, l’ancien directrice générale du CIFOR et contributrice à la publication, intitulée Analysing REDD+, discute de ce qui doit être fait pour faire avancer le programme.

Q: Dans votre chapitre d’Analysing REDD+, vous discutez des actions prioritaires qui doivent être entreprises pour poser les bases du succès de la REDD. Quelles sont certaines de ces actions?

R: Je pense qu’il y a un certain nombre de mesures qui sont nécessaires à tous les niveaux. De toute évidence des progrès dans les négociations mondiales sont encore nécessaires, afin de construire une architecture pour la REDD+. Nous avons besoin, par exemple, d’un régime de financement, nous avons besoin d’une approche commune pour établir les niveaux de référence des émissions, nous devons avoir une idée commune sur la façon de mettre en œuvre les garanties. Mais ce n’est pas le seul niveau sur lequel l’action doit avoir lieu. En fait, nous devons commencer à réfléchir sur la REDD+ en tant que défi inter-échelle et réfléchir à la façon de relier les diverses institutions, du niveau mondial au niveau local via le national. Tous ces différents niveaux sont nécessaires pour avoir des flux d’informations sur les réductions d’émissions s’écoulant vers le haut et des revenus pour compenser les utilisateurs des terres s’écoulant vers le bas. Au sein de cela, je pense que l’échelle juridictionnelle, qui se situe quelque part entre le niveau national et le niveau de projet pilote, a besoin de plus d’attention. Ainsi, les rôles des provinces ou des gouvernements au niveau infranational sont par exemple importants. En plus de cela, le financement à grande échelle, qui comme beaucoup d’entre nous le pensaient allait arriver plus tôt à la suite des négociations internationales, va probablement être retardé. Il est donc particulièrement important de construire des circonscriptions nationales pour la REDD+ en tant qu’objectif dissocié de la promesse particulière de flux financiers internationaux. Et, en outre, de maintenir l’attention sur la REDD+ en tant que mécanisme du type PSE, Paiements-pour-Services-Environnementaux, tout en étant clair sur le fait que nous allons avoir besoin de combiner ceci avec d’autres moyens afin d’améliorer la gestion des forêts, que ce soient des mesures traditionnelles de commandement et de contrôle ou d’autres sources de financement, afin de combler le fossé entre la situation actuelle et les futurs flux financiers internationaux pour la REDD+.

Q: Vous parlez aussi d’un agenda «sans regrets» pour la REDD+. Qu’entendez-vous par là ?

R: Ce que nous entendons par un agenda sans regrets, ce sont les actions qui font du sens de toute façon, même si vous ne vous souciez pas de réduire les émissions climatiques. Nous observons dans de nombreux pays qu’il y a des politiques qui subventionnent directement ou indirectement des activités qui conduisent à la perte ou à la dégradation des forêts. En supprimant ces subventions, ou en faisant un meilleur travail de capture de la rente provenant des activités liées à l’exploitation forestière, vous pouvez créer un espace fiscal dans le budget national – ce qui serait une bonne chose à faire, même si vous ne vous souciez pas du climat. C’est donc un ensemble d’exemples d’outils de politiques économiques sans regrets. Un autre bon ensemble d’exemples de politiques sans regrets est l’amélioration de la gouvernance en général et de la gouvernance forestière en particulier. Il y a plusieurs raisons pour clarifier le régime foncier, pour améliorer l’état de droit, pour éradiquer la corruption. Il y a beaucoup de bonnes choses à faire en matière de gouvernance qui seraient également un appui à la mise en œuvre de la REDD+.

Q: Vous recommandez également l’amélioration de la disponibilité des données relatives aux forêts – pourquoi est-ce important?

R: Les données relatives aux forêts sont nécessaires pour un certain nombre de tâches de gestion forestière. Seulement si vous connaissez l’état et les tendances de la forêt, vous pouvez prendre des décisions éclairées sur le type d’outils ou de pratiques politiques nécessaire à mettre en place. Le public a besoin de meilleures données sur les forêts pour être en mesure d’avoir son mot dans cette prise de décision. Donc, en fait, l’amélioration des données sur les forêts est un autre exemple d’une politique sans regrets. Afin qu’un mécanisme REDD+ puisse fonctionner et être capable de mesurer les variations de taux de déboisement et de dégradation des forêts et les conséquences de ces changements sur les émissions de carbone, nous devons certainement avoir ces données.

Q: Une autre action sans regret recommandée consiste à supprimer les subventions perverses. Pourquoi est-ce important?

R: Dans de nombreux pays il y a, par exemple, des industries qui dépendent soit des produits issus des forêts ou qui produisent des produits qui remplacent les forêts. Dans la mesure où ces industries sont subventionnées, en accordant des concessions à des superficies forestières au-dessous du coût ou en accordant l’accès aux matières forestières à faible coût, ce sont des subventions indirectes à ces industries. Retirer ces subventions serait donc un moyen pour aligner le développement industriel à l’efficacité économique, afin de réduire la pression sur le budget national, mais également pour donner plus d’espace à la réussite de la REDD, car elle serait alors plus compétitive avec des utilisations des terres qui ne sont pas subventionnées autrement.

Q: Vous avez déjà mentionné la clarification du régime foncier. Qu’est ce que cela signifie pour la REDD+?

R:Le régime foncier des forêts est très important en soit pour un nombre de raisons, notamment le fait que les conflits sur la propriété foncière sont une source importante de violence dans les zones rurales et clarifier le régime foncier pourrait sans doute réduire les conflits et la violence. C’est également important pour l’efficacité économique – personne ne va investir dans un morceau de terrain si il n’est pas clair qu’il va avoir le droit d’exploiter les fruits de cette terre et ceci est particulièrement important pour les cultures arboricoles, car ce sont des investissements à long terme. Mais les forêts sont particulièrement importantes pour la REDD+, vu que la REDD+ est conçue comme un schème de paiements-pour-services-environnementaux (PSE). Afin de disposer d’un système de PSE qui fonctionne, vous devez savoir qui est le vendeur du service environnemental. Donc si vous ne savez pas à qui appartient la forêt, il est difficile de faire fonctionner le mécanisme. Le CIFOR a fait des recherches au Brésil en construisant des superpositions de cartes, afin de savoir où la REDD+ serait viable en tant que système de PSE d’un point de vue financier et également où se situent les zones où cela pourrait être problématique en raison d’une tenure foncière pas claire ou contestée. Il s’est avéré que le régime foncier non défini est une contrainte énorme, et cela au Brésil, qui est allé le plus loin dans la reconnaissance des droits des petits exploitants et des groupes autochtones à la terre forestière, en conséquence c’est un grand obstacle à la REDD + dans le monde entier.

Q: Pour qui sont ces messages ?

R: Des différentes parties du livre sont destinées à différents groupes d’intervenants et de lecteurs. Je pense qu’il est juste de dire que le centre de gravité de l’ouvrage s’adresse aux décideurs politiques du niveau national et des parties prenantes de la REDD+, ainsi qu’aux exécutants au niveau des projets et les choses qu’ils doivent garder à l’esprit, tant en termes de travail avec les communautés locales que du côté plus technique de la mise en œuvre des projets REDD+. Mais il est clair que la communauté internationale participe à l’élaboration d’un cadre global pour la REDD+, en termes de financement, de garanties, de niveaux de référence et du financement de la mise en œuvre de la REDD+, de sorte que la communauté internationale – les bailleurs de fonds, les négociateurs – fassent également partie de notre public.

Q: La REDD+ doit relever de nombreux défis, mais y a t-il des raisons d’être optimiste ?

R: Je pense qu’il y a des raisons d’être optimiste quant aux perspectives d’avenir de la REDD+. La plus importante est probablement qu’il y a une reconnaissance générale sur le fait que la communauté internationale ne sera pas en mesure de maintenir le réchauffement climatique en dessous du seuil des 2 degrés Celsius à moins que les forêts fassent partie de la solution. Nous ne pouvons vraiment pas y parvenir si nous ne réduisons pas la dégradation des forêts et la déforestation. Je pense que les perspectives de volonté politique continue à faire ce travail sont bonnes. On peut dire que la REDD+ est une entreprise qui est trop importante pour échouer, donc je pense que nous pouvons nous attendre à voir la poursuite des investissements et des efforts pour la faire fonctionner.

Nous voyons également une attention continue durant les négociations pour continuer à faire avancer lentement la mise en place d’un cadre mondial pour la REDD+ et nous voyons également une envie continue de la part des gouvernements donateurs d’affecter de l’argent réel pour cet objectif, pendant que nous attendons un régime mondial qui pourrait générer plus de financement. Cependant, je dirais que les plus importantes sources d’optimisme sont aux niveaux national et local, vu qu’un alignement de circonscriptions a lieu sous le nom de la REDD+. Il y a des chefs d’Etat qui prennent des engagements de réduction des émissions, par exemple ici en Indonésie, le président Susilo Bambang Yudhoyono a pris l’engagement ferme de réduire les émissions. Il y a des groupes de la société civile qui veulent, par exemple, voir le renforcement de la propriété foncière, dans le cadre de leur programme axé sur les droits et ceci harmonise avec ce qui est nécessaire pour la REDD+. Nous commençons à mieux apprécier l’importance de la conservation des forêts pour d’autres raisons, y compris le lien avec la sécurité alimentaire et l’importance des forêts pour l’adaptation au changement climatique, qui va devenir plus importante au fil du temps. Donc, pour toutes ces raisons, il y a une base pour être optimiste que ces différentes forces en faveur de la REDD+ pourront se réunir et pourront aider à surmonter les nombreux obstacles à venir.

Ce sujet sera l’un des thèmes discutés lors de la conférence de deux joursLa gestion durable des forêts d’Afrique centrale: hier, aujourd’hui et demain à Yaoundé au Cameroun les 22 et 23 mai 2013. .

Retrouvez les reportages du CIFOR sur les forêts d’Afrique Centrale sur blog.cifor.org/fr/yaounde

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