L’«Aide-ification» de la REDD+: comment a-t-elle changé et pourquoi est-ce important

Un programme pour la réduction des émissions mondiales de carbone par le ralentissement de la déforestation dans les pays tropicaux a changé radicalement et est devenu « aide-ifié » depuis qu'il a été présenté en 2005.
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L’exploitante agricole veuve Va Thi Chua rassemble du fourrage pour son bétail sur sa ferme près de la ville de Meo. Photo : ILRI/Stevie Mann

L’exploitante agricole veuve Va Thi Chua rassemble du fourrage pour son bétail sur sa ferme près de la ville de Meo. ILRI/Stevie Mann

Ce blog a d’abord été publié en Juin 2012, pour coïncider avec la publication en anglais de L’Analyse de la REDD +: les enjeux et les choix

Un programme pour la réduction des émissions mondiales de carbone par le ralentissement de la déforestation dans les pays tropicaux a changé radicalement et est devenu « aide-ifié » depuis qu’il a été présenté en 2005, selon une nouvelle publication majeure sur le sujet.

Depuis ses débuts, la Réduction des Emissions issues de la Déforestation et la Dégradation des forêts (REDD+) a eu une force d’attraction, perçue comme une approche nouvelle et fraîche pour atténuer le changement climatique en fournissant un financement à grande échelle fondé sur le marché pour les acteurs pouvant prouver des réductions d’émissions par une déforestation évitée.

Depuis lors, le concept a toutefois évolué et nous avons vu l’« aide-ification » de la REDD+ – où le financement est venu principalement des budgets d’aide internationale plutôt que du marché du carbone – selon les auteurs de Analysing REDD+: Challenges and Choices, un nouveau livre publié cette semaine par le Centre pour la Recherche Forestière Internationale (CIFOR).

«Tout d’abord, ceci signifie que davantage d’objectifs entrent en jeu», explique Arild Angelsen, économiste de l’environnement au CIFOR, professeur à l’Université norvégienne des sciences de la vie et rédacteur principal du livre.

«Le principal objectif de l’aide est le développement économique et la réduction de la pauvreté. Ce sont, bien sûr, de très beaux objectifs, mais ils font partie de cette dilution ou pulvérisation des objectifs initiaux de la REDD+ et l’idée de la REDD+, qui consiste à réduire les émissions de carbone.»

«La plupart de l’aide au développement est bilatérale, c’est donc moins dans l’intérêt des bailleurs de fonds d’avoir une sorte de norme universelle pour harmoniser l’aide – ce qui caractérise l’aide au développement est que chaque donateur a ses propres procédures et intérêts pour ce qu’il souhaite atteindre.»

Ce sujet sera l’un des thèmes discutés lors de la conférence de deux joursLa gestion durable des forêts d’Afrique centrale: hier, aujourd’hui et demain à Yaoundé au Cameroun les 22 et 23 mai 2013. .

Retrouvez les reportages du CIFOR sur les forêts d’Afrique Centrale sur blog.cifor.org/fr/yaounde

«Il s’agit essentiellement de la question d’être moins efficace dans la réduction des émissions.»

Le livre montre que certains de ces changements ont résulté d’un processus d’apprentissage et de maturation naturelle, tandis que d’autres proviennent de jeux politiques et de tendances internationales tout au long de l’existence de la REDD+.

Dans la perspective de Copenhague en 2009, il a été largement – et de manière optimiste – prévu qu’un accord international contraignant sur le climat pour l’après-Protocole de Kyoto serait forgé qui inclurait la REDD+ et inciterait des sources majeures de financement à travers des marchés du carbone.

Trois ans plus tard, ces attentes n’ont pas été satisfaites, l’accord n’a pas été atteint et les perspectives sont très différentes.

En outre, l’envolée des prix des produits de base depuis le milieu des années 2000 a conduit à une concurrence accrue pour les forêts, ce qui rend la REDD+ plus coûteuse – et la crise financière mondiale en 2008 a détourné l’attention du changement climatique et a augmenté la pression sur les budgets nationaux.

Dans ensemble, ces facteurs ont eu comme conséquence que le financement de la REDD+ n’a pas atteint l’ampleur prévue à l’origine – et les deux tiers des financements qui se sont matérialisés ne sont pas parvenus d’un marché du carbone, mais des budgets d’aide des pays développés, avec leurs propres objectifs et stratégies.

Le souci est que ces changements minent ce qui avait fait de la REDD + une telle nouveauté et ils la rapprochent des formes familières de soutien au développement combinées à la gestion forestière qui ont eu un succès limité dans le passé.

La REDD + a également changé son orientation.

Un principe clé de la REDD + lors de son lancement était un fort accent national, l’idée étant que cela encouragerait le début d’un changement important pour la protection des forêts, par lequel les gouvernements nationaux seraient désormais les principaux acteurs de la conservation des forêts.

Néanmoins, jusqu’ici, la plupart des financements de la REDD+ ont été attribués à des initiatives basées sur des projets locaux et infranationaux.

«Beaucoup d’entre eux peuvent être des projets fructueux, mais s’ils deviennent des îlots de conservation au milieu d’une jungle de déforestation – ceci ne fera pas beaucoup de différence», a dit Mr Angelsen.

Il dit que de vastes réformes au niveau national – y compris l’établissement d’aires protégées, des réformes sur les politiques de concession forestière, l’intégration des préoccupations environnementales dans la planification des routes et des infrastructures, et la suppression des incitations perverses – sont importantes pour la REDD+, mais ont été difficiles à réaliser en raison de la forte opposition de la part d’acteurs puissants qui risquent d’y perdre.

«La REDD+ a commencé comme une idée pour changer la façon dont nous gérons les forêts tropicales, la changer fondamentalement. Et dans un sens, c’était un peu idéaliste et audacieux pour la REDD + d’apporter vraiment une rupture, un changement transformationnel dans la manière dont les forêts sont gérées», a déclaré Mr Angelsen.

«C’est donc modifié et un peu de réalisme politique est ajouté à ce qu’elle est capable de réaliser. La REDD est également aux prises avec la façon de créer des paiements basés sur des résultats – il est incroyablement difficile de mettre en place des bons systèmes de paiements basés sur des résultats. Elle est par conséquent confrontée à la fois à une réalité politique et une réalité pratique.»

«Dans un sens, la politique, c’est de trouver des compromis acceptables pour de larges coalitions. Ceci est nécessaire pour obtenir le soutien, mais dans de nombreux domaines les compromis peuvent devenir tellement dilués qu’ils ont un impact limité.»

En fin de compte, dit-il, le dilemme de la REDD+ est qu’elle doit évoluer de façon à obtenir le soutien politique nécessaire – sans perdre les éléments qui l’ont rendu si attrayante et différente dans un premier temps.

Ce travail s’inscrit dans le cadre du Programme de recherche du CGIAR sur les forêts, les arbres et l’agroforesterie et il est soutenu par le AusAid, UK Department for International Development et the Norwegian Agency for Development Cooperation (NORAD).

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