Maîtriser les rivières du Congo pour sauver ses forêts

Ce n'est pas le commerce du bois, l'expansion agricole ou les mines qui présentent le plus grand danger pour les forêts tropicales de République Démocratique du Congo (RDC), mais la demand en énergie, qui peut être résolue en maîtrisant les rivières du pays.
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Thanks to the mighty Congo River and its tributaries, the potential for hydro-power in the Congo is greater than in any other African nation, researchers say. Ollivier Girard/CIFOR

Grâce à la puissante rivière Congo et ses affluents, le Congo possède le plus grand potentiel d’énergie hydraulique d’Afrique, selon les chercheurs. Ollivier Girard/CIFOR

Ce ne sont pas le commerce du bois, l’expansion agricole ou les mines qui présentent le plus grand danger pour les forêts tropicales de République Démocratique du Congo (RDC), mais la demande en énergie, qui peut être résolue en maîtrisant les rivières du pays, selon un nouveau descriptif du pays.

Floribert Nyamwoga est co-auteur d’une étude globale qui examine le potentiel des programmes internationaux visant à réduire la perte et dégradation de forêts (REDD+). Il dit qu’on estime que 80 à 90%* des besoins domestiques en énergie – satisfaits sous forme de bois de chauffage et charbon – sont liés à la cuisine domestique.

Il est très difficile de vouloir stopper la déforestation ici sans parler des questions énergétiques”, dit Nyamwoga, chercheur basé à Kinshasa pour le Conseil pour la Défense Environnementale par la Légalité et la Traçabilité (CODELT).

La RDC est récemment sortie de décennies de guerre civile qui ont entravé l’investissement dans les infrastructures, y compris dans son réseau électrique, qui couvre seulement les villes principales et délivre du courant par intermittence.

Mais Samuel Assembe-Mvondo, co-auteur du descriptif pays publié par le CIFOR dit que grâce à la puissante rivière Congo et à ses affluents, il existe un plus grand potentiel pour l’énergie hydraulique que dans tous les autres pays d’Afrique.

Seulement 0,77% de ce potentiel est actuellement exploité, selon une étude citée par le rapport.

Nous pensons qu’en travaillant sur l’énergie avec la RDC dans le cadre des programmes REDD+, nous pourrions avoir des résultats rapidement

Même l’Afrique du Sud, à 1500 km, “propose de financer les barrages de RDC* parce qu’ils pourraient produire assez d’énergie pour arriver jusqu’à sa frontière”, note Assembe-Mvondo.

Lui et ses collègues expliquent aussi dans le descriptif du pays que s’attaquer à la perte des forêts via la politique énergétique serait économiquement viable et culturellement et socialement acceptable pour la population locale, des dizaines de millions de personnes qui dépendent de cet écosystème unique comme moyen de subsistance.

“Nous pensons qu’en travaillant sur l’énergie avec la RDC dans le cadre des programmes REDD+, nous pourrions avoir des résultats rapidement”, dit Nyamwoga.

Il oppose à cela d’autres politiques traditionnellement associées à la lutte contre la déforestation.

Par exemple on ne s’attend pas à ce que la politique de conservation fasse une grosse différence en RDC, puisque le fait que de larges bandes de forêts soient inaccessibles les protège déjà de la destruction.

De même, travailler sur l’exploitation forestière industrielle aurait un effet limité, étant donné le faible niveau d’investissement actuel dans ce secteur, dit Nyamwoga.

Même la culture sur brûlis et l’abattage artisanal, identifiés comme des menaces pour les forêts congolaises dans le rapport, peuvent être liés à la politique énergétique.

“Les agriculteurs coupent les arbres pour s’en servir comme combustible d’abord, puis cultivent la terre”, dit Nyamwoga. Il ajoute que la plupart du petit commerce de bois – y compris son versant illégal – est dirigé par la demande en bois de chauffage.

Mais inclure les ressources énergétiques dans la politique REDD+ n’est pas simple – et pas seulement parce que les statistiques fiables sont difficiles à obtenir.

Beaucoup de communautés locales coupent du bois de chauffage dans les savanes et d’autres zones qui ne sont pas considérées comme des forêts. “Pourtant, cela aussi réduit le stockage du carbone”, explique Nyamwoga.

Quand les décideurs politiques arriveront à concevoir des programmes REDD+ qui répondent à ces difficultés, les solutions seront déjà là pour faire chuter la déforestation à travers un meilleur approvisionnement en énergie, y compris dans les zones reculées qui ne peuvent pas être connectées au réseau national d’électricité.

Le descriptif du pays mentionne la biomasse, qui pourrait être puisée dans les plantes cultivées sur les terres agricoles abondantes de RDC. Nyamwoga pense que cela pourrait aussi être mis en place au niveau local.

“Les déchets organiques de l’agriculture traditionnelle pourraient nourrir des unités de méthanisation connectées à une cuisinière à gaz dans la cuisine familiale.”

L’énergie solaire et les petites rivières pourraient aussi être maîtrisées pour que “chaque village ait sa propre micro-station énergétique”, ajoute-t-il. 

*Liens non traduits en français

Pour plus d’informations sur les questions discutées dans cet article, veuillez contacter Samuel Assembe sur s.assembe@cgiar.org.

Ce travail s’inscrit dans le cadre du Programme de recherche du CGIAR sur les forêts, les arbres et l’agroforesterie avec le soutien du Department for International Development (DFID), AusAid, the Norwegian Agency for Development Cooperation (NORAD) et de la Commission Européenne.

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