Interview: Quelles sont les causes du retard des financements alloués au climat en Afrique Centrale ?

La gestion des finances publiques et de l'environnement sont des domaines nouveaux pour les gouvernements d'Afrique Centrale.
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Public finance management and the environment are new areas for Central African governments. Laura/flickr

La gestion des finances publiques et de l’environnement sont des domaines nouveaux pour les gouvernements d’Afrique Centrale. Laura/flickr

YAOUNDE, Cameroun (29 mai 2013)_ La plupart des pays d’Afrique Centrale ont été incapables d’accéder à des fonds pour le climat – et, selon des experts, les donateurs sont « sceptiques » quant à la capacité des pays à répondre aux exigences en matière de comptabilité, de contrôle interne et de surveillance externe.

Les résultats préliminaires d’un rapport sur une étude de cas au Cameroun ont été présentés par Kirsten Hegener de l’agence allemande de coopération GIZ durant une table ronde sur le financement climatique pour l’Afrique Centrale, lors d’une conférence internationale organisée par le Centre pour la Recherche Forestière Internationale (CIFOR).

Les résultats ont montré que le Cameroun n’est pas prêt à accéder aux financements alloués au climat, car le changement climatique n’est pas encore pris en compte dans la vision directrice du pays et dans la stratégie nationale de développement. Des critères de bonne gouvernance de ces financements doivent également être pris en charge par le système de gestion des finances publiques, a ajouté Mme Hegener.

Toutefois, la gestion des finances publiques et de l’environnement sont de nouveaux domaines pour les gouvernements d’Afrique Centrale, a dit Joseph Amougou, correspondant du Ministère de l’Environnement et de la Protection de la nature pour le Climat au Cameroun – d’où le manque de capacité.

« On ne peut pas s’attendre à ce que nous disposions de capacités », a-t-il dit.

Un des mécanismes de financement les plus étroitement étudié est la REDD+ (réduction des émissions issues de la déforestation et de la dégradation des forêts), une proposition soutenue par l’ONU qui prévoit que la communauté internationale paye les pays tropicaux pour éviter la perte des forêts, réduisant ainsi les émissions de gaz à effet de serre et atténuant le changement climatique.

Mais il n’y a pas d’accord universel sur l’objectif REDD+.

« Si les donateurs internationaux pensent que REDD porte seulement sur le climat, ils ont tort. Elle porte également sur le développement de nos pays », a déclaré Mr Amougou.

« Si la REDD n’agit pas sur le développement du Cameroun, elle est inutile. »

La crise économique internationale – que certains participants ont tenu pour responsable du retard dans le financement en faveur du climat – peut effectivement offrir une opportunité afin de développer les capacités nécessaires, a suggéré le spécialiste en foresterie de la Banque Mondiale Simon Rietbergen : « Cette baisse du marché peut nous donner plus de temps pour construire les institutions nécessaires afin de gérer les milliards de dollars rendus disponibles en vertu de ces projets. »

Emmanuel Mbede, un chercheur sur la communication environnementale à l’Université 2 de Yaoundé et modérateur du débat, a discuté avec Nouvelles des forêts du financement des réponses aux changements climatiques dans la région.

Q : Quels sont les mécanismes de financement en place pour soutenir les réponses aux changements climatiques aujourd’hui en Afrique Centrale ?

R : Plusieurs mécanismes ont été créés après la conférence de Kyoto et la conférence de l’ONU sur le changement climatique. Certains mettent l’accent sur l’atténuation et d’autres sur l’adaptation. L’idée est que les pays développés financent des projets dans les pays du Sud. En fait, 95% du financement va vers l’atténuation et 5% vers l’adaptation. Le problème est que les pays d’Afrique Centrale sont plus directement concernés par les enjeux d’adaptation.

À ce jour, la plupart d’entre eux n’ont pas réussi à accéder à ce financement, même si ce sont eux qui en ont le plus besoin, car ils sont confrontés à des problèmes de développement, qui à leur tour provoquent la dégradation de l’environnement.

En outre, ces mécanismes sont trop longs et trop complexes. Au moment où vous complétez la procédure, le financement peut ne plus être disponible. Ces pays n’ont pas les compétences nécessaires pour concevoir de tels projets et pour surveiller leur mise en œuvre.

En conséquence, certains pays tels que le Sao Tomé-et-Principe se sont découragés. Ils disent : « C’est trop compliqué, cela ne vaut pas le coup de s’impliquer. »

Q : Les conclusions de l’étude du GIZ sont-elles typiques des critiques adressées par les bailleurs de fonds aux pays d’Afrique Centrale ?

R : Oui. L’administration des pays de cette région est en grande partie héritée de l’époque coloniale. Elle est fortement centralisée et bureaucratique, et n’a pas été conçue pour gérer des projets. Nous parlons d’un changement de paradigme. Joseph Amougou est, par exemple, le coordinateur du Cameroun pour le changement climatique. Mais la structure de son ministère fait que même s’il est l’expert, il ne prend pas part aux décisions finales. Ceux qui décident des projets ne sont pas ceux qui les négocient.

Les pays d’Afrique Centrale sont également très sensibles sur les questions de souveraineté. Si vous leur dites qu’ils doivent s’adapter, ils répondent que vous attaquez leur souveraineté, ce qui n’est pas vrai.

Q : En tant que chercheur prenant part à une conférence sur la recherche, pensez-vous qu’il y a assez de connaissances et de sciences pour aller au-delà de ces débats politisés afin de prendre des décisions sur le financement en faveur du climat fondées sur des preuves ?

R : Les experts et les scientifiques sont sur la même longueur d’onde. Si vous prenez un expert de la Banque Mondiale, un expert du Programme pour l’Environnement des Nations Unies, un chercheur du CIFOR et un autre de l’université, ils seront tous d’accord.

Le problème, en particulier dans les pays africains, c’est que les décisions politiques ne prennent pas en compte ce consensus. Les chercheurs sont unanimes sur les défis environnementaux et sur les mécanismes qui pourraient les atténuer, mais quand ils ont fini le travail scientifique, comment peut-on s’assurer que les politiques et la société dans son ensemble les prennent en compte ?

 

Ces enjeux ont été débattus lors de la conférence de deux jours La gestion durable des forêts en Afrique centrale : Hier, aujourd’hui et demain, à Yaoundé au Cameroun. 22-23 mai 2013.

Pour plus d’information sur l’avenir des forêts d’Afrique Centrale, veuillez visiter blog.cifor.org/yaounde

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