Analyse

Gérer les ressources collectivement: parallèles entre pays développés et en voie de développement

Le Japon démontre qu'il est possible d'être une société efficace sur le plan industriel et orientée vers la technologie, tout en gérant efficacement les ressources communes.
Partager
0

Les plus populaires

Le Japon démontre qu’il est possible d’être une société efficace sur le plan industriel et orientée vers la technologie, tout en gérant efficacement les ressources communes. Dave Halberstadt

BOGOR, Indonésie (18 juin 2013) _ Un voyage dans les zones rurales du Japon offre quelque chose de différent – au-delà d’une société industrielle efficace, orientée vers la technologie, avec un penchant pour les accessoires mignons et un amour certain pour le poisson cru. La société japonaise est plus que les humbles citoyens de l’empereur, elle soutient également des institutions collectives afin de gérer des ressources communes.

Organiser la 14ème conférence de l’Association Internationale pour l’Étude des Biens Communs (IASC) dans la ville de Fujiyoshida au Mont Fuji n’était donc pas un choix si absurde, comme certains auraient pu le penser initialement. L’étude des biens communs, initiée par Elinor Ostrom, politologue et lauréat du prix Nobel, a été appréciée car pour avoir remis en cause le caractère inéluctable de la « tragédie des biens communs » et souligné le rôle des communautés locales à élaborer des solutions plus efficaces et durables aux actions collectives que les secteurs public et privé.

C’est la première fois que des peuples locaux planifiaient et accueillaient l’IASC pour une conférence sur leurs terres communes. Pour les chercheurs comme nous qui se préoccupent principalement des biens communs dans les pays pauvres, les multiples séances plénières axées sur les biens communs du Japon ainsi qu’une excursion vers ces biens en question nous ont permis d’identifier des chevauchements et des différences les biens communs des pays « développés » et « en voie de développement ».

Même au Japon, nous avons appris que les motivations à gérer les biens communs restent profondément ancrées dans le tissu social et culturel des peuples. Les biens communs ne sont pas seulement des ressources exploitées par les populations, ils peuvent également symboliser une histoire partagée et des souvenirs, des liens de parenté, des sentiments d’appartenance et d’affiliation religieuse. Mais contrairement à la foresterie communautaire au Népal – où les études du CIFOR ont démontré depuis longtemps que les personnes pauvres ayant un accès limité aux terres et arbres privés sont particulièrement dépendantes des forêts communautaires – les biens communs au Japon ne semblent pas être mêlés de la même manière avec les besoins vitaux des peuples.

Les peuples au Japon s’engagent activement dans les débats mondiaux sur le changement climatique et voient leur rôle dans la conservation de leurs biens communs comme une contribution à la résolution de ces problèmes au niveau mondial.

Ces comparaisons nous amènent à nous interroger sur nos propres hypothèses, profondément enracinées, sur les raisons pour lesquelles les personnes gèrent des ressources collectivement. Il ne s’agit pas seulement de consommer directement les ressources qui découlent des biens communs, mais aussi de valoriser l’importance des ressources communes pour le bien mondial. Les peuples au Japon s’engagent activement dans les débats mondiaux sur le changement climatique et voient leur rôle dans la conservation de leurs biens communs comme une contribution à la résolution de ces problèmes au niveau mondial. En ce sens, le décalage entre les processus locaux et mondiaux et les compréhensions qui sont souvent rapportées dans la littérature sur les biens communs des pays en voie de développement ne semble plus être si pertinent.

Le Japon nous a aussi montré que la relation entre le développement économique et l’action collective pour les biens communs n’est pas toujours négative – un niveau de vie plus élevé ne conduit pas nécessairement à une plus grande privatisation, individualisation, à l’abandon et à la disparition des biens communs. Dans la préfecture de Yamanashi, par exemple, les personnes utilisent les revenus qu’ils tirent de la location des terres communales à l’armée afin d’investir dans une meilleure conservation de leurs biens communs et pour de plaider pour la reconnaissance de leurs terres communes en tant que Site du Patrimoine Mondial.

Au cours de sa croissance et de son développement, l’Asie risque de faire face à la pollution et à des défis environnementaux et énergétiques. Alors qu’il est clair que l’importance des biens communs pour la subsistance des populations a diminué avec l’évolution des modes de vie, l’expérience du Japon montre qu’il est possible d’avoir une société efficace sur le plan industriel et technologique, tout en gérant efficacement les ressources communes.

Pour plus d’informations sur les enjeux abordés dans cet article, veuillez contacter Bimbika Basnett et Maria Ojanen.

(Visited 45 times, 1 visits today)