Interview: la REDD+ peut-elle produire des résultats mesurables dans les trois prochaines années?

Les décideurs politiques ont besoin de voir que la REDD+ atteint des résultats mesurables dans les trois prochaines années, afin d'assurer la survie de ce programme pour la réduction des émissions issues de la déforestation et de la dégradation.
Partager
0

Les plus populaires

Jika REDD+ gagal memberikan hasil dalam 2-3 tahun mendatang, semua akan kembali pada business as usual, kata Arild Angelsen. Jordon Cooper

Si REDD+ ne parvient pas à produire des résultats dans les deux à trois prochaines années, on pourrait revenir aux vieilles habitudes, selon Arild Angelsen. Jordon Cooper

BONN, Allemagne (10 juin 2013) _ Les décideurs politiques ont besoin de voir que la REDD+ atteint des résultats mesurables dans les trois prochaines années, afin d’assurer la survie de ce programme soutenu par l’ONU pour la réduction des émissions issues de la déforestation et de la dégradation, selon un éminent chercheur en foresterie.

Bien qu’encore à un stade précoce, le programme a nourri les débats politiques sur le changement climatique mondial et sur les révisions des politiques forestières nationales depuis 2008. Pourtant, avec la crise financière et l’incertitude économique qui en découle, il fait face à des menaces de financement.

«Une bonne idée n’est pas vendable éternellement», a déclaré Arild Angelsen, professeur à l’Université norvégienne des Sciences de la Vie (UMB) et rédacteur de Analyser la REDD+: Défis et choix.

«Au cours des deux à trois prochaines années, nous devrons voir des preuves tangibles que la REDD+ produit effectivement des résultats mesurables.»

REDD+ est un mécanisme de réduction des émissions issues de la déforestation et la dégradation des forêts, offrant aux gestionnaires de terres des incitations conditionnelles pour maintenir les forêts.

Alors que l’objectif initial était de financer REDD+ à partir d’échanges de droits d’émissions de carbone*, environ deux tiers du financement international actuel de la REDD+ proviennent des budgets d’aide au développement, explique M. Angelsen.

Il partage ici son point de vue sur l’avenir du programme.

Q : Où va la REDD+ ?

R : Un facteur décisif sera la future source de financement pour la mise en œuvre de la REDD+. L’idée originale de la REDD+ est de devenir un élément d’un solide accord mondial sur le climat, où elle constituerait une option de compensation du carbone (réduire les gaz à effet de serre à un endroit pour compenser une émission faite ailleurs). Si cette idée est mise en œuvre, ce serait potentiellement la source principale de financement. Mais tout dépend de l’obtention d’un nouvel accord mondial sur le climat en 2015.

Une autre version, plus réduite, de ce scénario est de savoir si la REDD+ sera incluse dans les marchés du carbone à l’échelle nationale ou régionale, au lieu de faire partie d’un marché mondial du carbone. Ceci est peut-être plus probable que le scénario du marché mondial, mais l’ampleur de ce financement est très incertaine et de nombreuses questions concernant les normes et les niveaux de référence doivent être résolues.

Une deuxième possibilité est que la REDD+ soit intégrée de façon permanente à l’aide au développement, comme elle l’est déjà dans une certaine mesure. La REDD+ est en train de devenir un domaine prioritaire pour l’aide au développement, mais elle devra entrer en concurrence avec d’autres bonnes causes.

Le troisième scénario est que la REDD+ devienne une partie de la MAAN (Mesures d’Atténuation Adaptées au contexte National) – les stratégies particulières utilisées par des des pays pour faire face au changement climatique. La REDD+ est en quelque sorte nationalisée dans certains pays tels le Brésil et l’Indonésie, où les responsables politiques en prennent possession.

Il existe donc trois scénarios principaux de financement : le marché du carbone, l’aide ou le financement national.

Q : À l’origine, le Paiement pour Services Environnementaux (PSE) n’était-il pas considéré comme étant le principal régime pour mettre en œuvre la REDD?

R : Le PES est tout simplement le mécanisme d’incitation et d’indemnisation des acteurs forestiers engagés dans la réduction des émissions. Cette ‘conservation compensée’, comme je l’appelle, est peut-être l’élément clé dans l’idée de la REDD+. Mais le PES est difficile. Vous devez définir exactement le service qui est échangé et acheté : les réductions d’émissions. Pour ce faire, vous devez mesurer les émissions et définir un niveau de référence et la différence entre les émissions et le niveau de référence – qui est la réduction des émissions. Il doit y avoir des acheteurs et des vendeurs et toutes ces institutions qui sont à construire autour d’eux. En outre, il y a eu une opposition politique à l’idée du PES. Certains l’ont assimilé à un marché du carbone, mais pas au financement par des budgets publics ou à l’aide au développement. La mise en œuvre du PSE est difficile, mais quelles sont les alternatives? Ne pas réduire les émissions? Ou conserver sans compenser?

Q : Le fait qu’il existe tant d’insécurité autour de la REDD+ est-il un problème?

R : Oui, la question du financement ajoute une autre couche d’incertitude majeure, au-dessus de toutes les autres incertitudes existantes. Mais l’avenir est toujours incertain et dans le cas de la REDD+, il dépend de l’obtention d’un accord international sur le climat. Il dépend également des volumes d’aide, influencés par la crise économique en Europe. Est-ce qu’un pays tel que l’Espagne continuera à fournir une aide à la REDD+ alors que le chômage des jeunes s’élève à plus de 50%? Cela dépend aussi des batailles politiques qui ont lieu dans les principaux pays de la REDD+. En outre, ceci dépend de la capacité de la REDD à démontrer son succès. Nous avons parlé de la REDD+ comme grande, rapide et pas chère, cette ligne a été vendue depuis huit ans maintenant. Nous devons montrer des résultats – l’argent que nous y avons mis, les efforts, toutes les conférences. Nous avons besoin de réussites.

Q : Que considéreriez-vous comme une réussite?   

R : Que la REDD fasse de la REDD dans le sens littéral du terme, à savoir la réduction des émissions issues de la déforestation et de la dégradation des forêts. Démontrer une déforestation inférieure aux niveaux historiques est crucial et c’est le plus facile à mesurer. La dégradation est plus difficile à mesurer et n’est pas un chiffre facile à présenter. Si la déforestation ralentit et que les communautés locales reçoivent des bénéfices de la REDD+, alors c’est un succès.

Q : Est-ce que la REDD+ peut échouer?

R : C’est certainement possible. Le financement international peut s’arrêter ou baisser de manière significative, elle peut s’effacer des agendas nationaux et nous allons alors revenir à des politiques donnant des licences pour convertir des forêts en cultures d’huile de palme et de soja, l’exploitation forestière va se poursuivre et nous n’allons pas arrêter la combustion de charbon de bois ayant lieu en Afrique. Nous pouvons revenir aux vieilles habitudes et à la situation 10 ans en arrière

J’espère que cela n’arrivera pas, mais je pense aussi qu’une bonne idée n’est pas vendable éternellement. Au cours des deux à trois prochaines années nous devons voir des preuves fiables que la REDD+ produit effectivement des résultats mesurables.

Pour plus d’informations sur les enjeux abordés dans cet article, veuillez contacter Arild Angelsen sur arild.angelsen@umb.no

* Liens non traduits en français.

(Visited 31 times, 1 visits today)