Le savoir forestier traditionnel : «pas du folklore, une ressource pour le changement»

Les chercheurs et les décideurs politiques ont beaucoup à apprendre des petits paysans en Amazonie sur la conception et la mise en œuvre de stratégies d'adaptation au changement climatique.
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Los formuladores de políticas necesitan valorar los conocimientos tradicionales como un recurso para el cambio. Fotografía cortesía de Eduardo Fonseca Arraes

Les décideurs politiques doivent valoriser les connaissances traditionnelles comme ressource pour le changement. Eduardo Fonseca Arraes

SAN JOSÉ, Costa Rica (12 juin 2013) _ Les chercheurs et les décideurs politiques ont beaucoup à apprendre des petits paysans en Amazonie sur la conception et la mise en œuvre de stratégies d’adaptation au changement climatique, explique Miguel Pinedo-Vasquez, chercheur au Centre de Recherche Forestière Internationale (CIFOR) et directeur des programmes internationaux au Earth Institute Center for Environmental Sustainability à l’Université Columbia.

«Les connaissances et pratiques forestières traditionnelles sont le fruit de nombreuses années de réponses locales à des risques et des opportunités engendrés par une variété de changements sociaux, environnementaux et économiques», explique Pinedo-Vasquez, qui a coécrit un chapitre sur l’Amazonie dans Traditional Forest-Related Knowledge avec Christine Padoch, directrice de la recherche du CIFOR sur les moyens de subsistance et professeur Susanna Hecht de l’UCLA.

«Ces connaissances n’apportent pas de solutions parfaites, mais elles fournissent des options pratiques. Nous devons donc les considérer comme une ressource utilisable dans la conception et la mise en œuvre dinitiatives d’adaptation.»

Lors du troisième Congrès latino-américain de l’Union Internationale des Instituts de Recherches Forestières (IUFRO-LA) à San José au Costa Rica, le 12-15 juin, M. Pinedo-Vasquez a parlé des «Connaissances traditionnelles des forêts : Une ressource amazonienne pour l’adaptation au changement climatique, l’évolution du marché et les politiques».

Il explique à Nouvelles des forêts comment les connaissances et pratiques traditionnelles forestières peuvent être utilisées pour concevoir des initiatives d’adaptation et d’atténuation locales, régionales et nationales.

Q : Comment notre compréhension du paysage amazonien a-t-elle changé ces dernières années ?

R : Les peuples autochtones et autres peuples amazoniens façonnent et refaçonnent constamment la forêt amazonienne. Il existe aussi de plus en plus de preuves archéologiques sur la manière dont les premiers peuples amazoniens ont géré leur environnement. Ils ont non seulement géré les forêts, mais aussi les sols noirs riches en nutriments, appelés terra preta ou «terre noire», en brûlant et en utilisant différents types de systèmes agricoles. De nos jours, de nombreux systèmes agricoles et agroforestiers amazoniens – y compris le système de gestion des palmiers açai qui produit la célèbre boisson – combinent l’agriculture et l’utilisation des ressources forestières et sont des adaptations modernes des systèmes indigènes de production.

Les connaissances traditionnelles sur les forêts ne concernent pas seulement la façon dont les gens utilisent les forêts, mais également comment ils perçoivent et régulent les forêts pour leurs moyens de subsistance et leurs communautés. Les forêts sont souvent divisées par la communauté en zones, avec une réglementation de l’accès et de l’utilisation par des normes traditionnelles locales. Mais dans de nombreuses zones, les distinctions entre les champs et les forêts, les cultures et les mauvaises herbes, la conservation et l’utilisation, sont fluides et basées sur des principes tout à fait différents des nôtres.

Q : Comment ces connaissances se sont-elles développées ?

Nos modèles et institutions de développement ont besoin de s’éloigner de l’idée qu’il existe une «formule unique» pour l’adaptation ou que les solutions locales sont inférieures à d’autres approches descendantes.

R : Elles proviennent de nombreuses sources. Certaines, comme l’indique le mot «traditionnel », sont vieilles et transmises oralement. Mais même lorsqu’elles sont anciennes, ces connaissances s’adaptent et changent quand de nouveaux défis sont posés aux communautés. Une grande partie de ce que nous appelons les «savoirs traditionnels» est basée sur l’observation à long terme, le questionnement et l’expérimentation qui rendraient n’importe quel scientifique fier.

Une grande partie des connaissances traditionnelles en Amazonie a également été adaptée de l’extérieur de la région. L’utilisation actuelle des plantes médicinales a, par exemple, beaucoup à voir avec l’échange de connaissances entre les différents groupes qui se sont installés en Amazonie. Un grand nombre de plantes médicinales, utilisées dans les sociétés indigènes ou caboclo (incluant des personnes de différentes origines), a d’abord été employé par les peuples de la diaspora africaine.

Q : Pourquoi est-il important pour les chercheurs et les décideurs politiques de prêter attention aux connaissances traditionnelles des forêts?

R : Les systèmes modernes d’exploitation et de production et les technologies ont souvent eu un succès limité en Amazonie et ont offert peu d’avantages aux communautés amazoniennes. Les connaissances et pratiques forestières traditionnelles, constamment mises à jour et adaptées à de nombreuses situations différentes, offrent une variété de possibilités pour mieux faire fonctionner les initiatives d’adaptation en faveur de l’environnement et des sociétés en Amazonie.

Les pratiques forestières traditionnelles combinent, par exemple, l’agriculture et la gestion forestière de manière à améliorer la repousse de la forêt tout en produisant de la nourriture. Les personnes savent quelles espèces sont utiles et lesquelles se régénèrent bien dans la forêt, les champs ou les jachères et optimisent cette connaissance afin de réaliser des gains à long terme et d’assurer la viabilité du système de production.

Q : Comment les peuples peuvent-ils utiliser les connaissances traditionnelles pour s’adapter au changement climatique ?

R : Les communautés locales et indigènes d’Amazonie ont développé de multiples systèmes de production qui incluent les forêts et les arbres. Les forêts sont gérées pour la nourriture, parfois à l’aide de processus tels que l’élimination sélective de certains arbres ou le soutien et la transplantation d’autres arbres, parfois en défrichant de petites zones laissées ensuite à repousser. Ceci constitue une leçon importante pour l’agriculture moderne – qui est l’un des plus importants moteurs de déforestation et par la suite un contributeur majeur au changement climatique. Toute la production alimentaire n’aboutit pas nécessairement à des coupes rases à grande échelle. Nous pouvons produire de la nourriture, tout en préservant de nombreux services écosystémiques des forêts.

Las personas que viven a lo largo de los ríos Amazónicos están cambiando de sistemas agrícolas a sistemas agroforestales y de silvicultura para resistir las inundaciones extremas. Fotografía cortesía de Neil Palmer/CIAT

Des personnes vivant le long des rivières de l’Amazonie passent de l’agriculture à davantage d’agroforesterie et de foresterie afin de surmonter les événements d’inondations extrêmes. Neil Palmer/CIAT

Il y a eu des changements dans les précipitations en Amazonie et les grands événements climatiques tels que les sécheresses et les inondations sont devenus plus fréquents et plus intenses. Les connaissances locales et traditionnelles offrent des modèles pour aider à faire face à ces changements. Une des premières choses que les ribereños (personnes vivant le long des rivières) nous disent, c’est qu’ils passent de l’agriculture à davantage d’agroforesterie et de foresterie en utilisant des espèces plus résistantes aux inondations que leurs cultures annuelles. Avec ce changement, ils peuvent réduire l’impact des grands événements climatiques sur leurs systèmes de production et sur le bien-être de leur ménage.

Aider les agriculteurs à s’adapter au changement climatique ne consiste pas seulement à cultiver de nouvelles variétés de riz ou de maïs, mais aussi à voir comment les agriculteurs peuvent augmenter les produits et les bénéfices qu’ils tirent de la forêt.

Q : Comment les gouvernements peuvent-ils commencer à relier les connaissances traditionnelles à leur politique ?

R : Un grand nombre de responsables gouvernementaux perçoivent les connaissances traditionnelles comme du folklore. Mais ils doivent valoriser cette connaissance comme ressource pour le changement. Les connaissances traditionnelles des forêts proposent des solutions pour une large gamme de problèmes et incluent des pratiques pouvant à la fois améliorer les moyens de subsistance des populations locales et protéger l’environnement.

Nos modèles et institutions de développement ont besoin d’oublier l’idée qu’il existe une «formule unique» pour l’adaptation ou que les solutions locales sont inférieures à d’autres approches descendantes.

Pour plus d’informations sur les enjeux abordés dans cet article, veuillez contacter Miguel Pinedo-Vasquez sur m.pinedo-vasquez@cgiar.org

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