Un nouvel outil de suivi de l’agriculture itinérante sur brûlis aide la REDD+

Un nouvel outil, conçu pour évaluer l'impact de l'agriculture itinérante sur brûlis sur la dégradation des forêts, pourrait jouer un rôle clé dans le suivi des projets REDD+ d'atténuation du changement climatique, selon les scientifiques.
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Una parcela de cultivo itinerante pasa por cambios cíclicos en la cobertura de la tierra, de cultivo a barbecho, a bosque joven, a bosque secundario y nuevamente a cultivo. Fotografía de CIFOR/Jean-Christophe Castella

Une parcelle de culture sur brûlis subit des changements cycliques d’occupation du sol, allant de la culture à la jachère, à la jeune forêt, puis la forêt secondaire, pour ensuite revenir à la culture. CIFOR/Jean-Christophe Castella

Bogor, Indonésie (12 juillet 2013) – Un nouvel outil, conçu* pour évaluer l’impact de l’agriculture itinérante sur brûlis sur la dégradation des forêts, pourrait jouer un rôle clé dans le suivi des projets REDD+* d’atténuation du changement climatique, selon les scientifiques.

Le cadre de la REDD+ crée des obligations pour les pays industrialisés, pour qu’ils diminuent le réchauffement climatique causé par les émissions de gaz à effet de serre issues de la déforestation et de la dégradation des forêts. Les débats sur la façon de surveiller, rapporter et vérifier les émissions de carbone ont été des points de friction dans les négociations mondiales sur le changement climatique.

«Pour un fuur programme REDD+, il est crucial d’identifier précisément la déforestation et la dégradation des forêts et de relier ces processus à l’utilisation des terres»,dit Jean-Christophe Castella, un scientifique, basé au Laos, du Centre de Recherche Forestière Internationale (CIFOR) et de l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD).

«Jusqu’à présent, distinguer la dégradation et la déforestation des dynamiques temporelles de la végétation inhérentes à la culture sur brûlis a constitué un défi majeur», dit-il.

LES CYCLES DE L’AGRICULTURE ITINÉRANTE SUR BRÛLIS

Une parcelle de culture sur brûlis subit des changements cycliques d’occupation du sol, allant de la culture à la jachère, à la jeune forêt, à la forêt secondaire, pour ensuite revenir à la culture. La recherche a démontré que l’intensité de l’utilisation des terres a augmenté au cours des 30 dernières années dans les paysages d’agriculture sur brûlis du District de Viengkham dans le nord du Laos, ce qui a entrainé un décalage des cycles longs de culture-jachère à des cycles courts.

Le raccourcissement des périodes de jachère signifie que l’agriculture itinérante sur brûlis contribue à la dégradation des forêts, car la végétation ligneuse coupée n’est pas laissée au repos pour se régénérer entre deux cycles de culture, explique M. Castella.

«Les systèmes de culture itinérante sont des systèmes d’utilisation des terres très dynamiques dans l’espace et le temps», dit Cornelia Hett, principal auteur de «A Landscape Mosaics Approach for Characterizing Swidden Systems from a REDD+ Perspective» (Une approche basée sur les mosaïques paysagères pour caractériser les systèmes de culture itinérante sur brûlis à partir d’une perspective REDD+).

«Cela rend leur suivi à l’aide de méthodes classiques d’analyse des images satellitaires, basées sur les pixels, difficile. Les nouvelles approches analysent les schémas généralisés de l’utilisation des terres, à l’aide des mosaïques des paysages, plutôt que d’analyser les pixels de l’occupation du sol, ce qui permet une évaluation correcte.»

Dans le cadre du projet I-REDD+, financé par l’UE, nous avons développé une nouvelle méthode – appelée l’approche basée sur les «mosaïques paysagères» – afin de détecter les variations de l’intensité de l’utilisation des terres dans les zones de culture itinérante à partir de cartes d’occupation des sols existantes, explique Mme Hett.

LES MOSAÏQUES DU PAYSAGE

L’approche conventionnelle de la cartographie du changement d’utilisation des terres consiste à regarder les pixels de l’occupation du sol sur deux points dans le temps. Pour chaque pixel d’une image satellitaire, on évalue l’occupation du sol puis on voit s’il a changé d’un type d’occupation du sol à un autre ou s’il est resté identique, explique Mme Hett.

«Par exemple, en 2000 un pixel peut avoir été classé ‘zone arbustive’ et en 2010 ‘champ cultivé’», dit-elle. «Ce changement est considéré comme une dégradation. Cependant cette approche donne une information erronée s’il s’agit d’un paysage d’agriculture sur brûlis, parce que dans un système de culture itinérante, les champs alternent chaque année. Il existe donc un changement d’une zone arbustive à un champ cultivé sur un pixel, mais dans son voisinage le processus inverse sera également présent, à savoir la conversion d’un champ cultivé en une zone arbustive.»

«Par conséquent, au niveau du paysage et dans un système stable de culture itinérante, ces processus s’équilibrent.»

Vu que c’est le contexte général, ou ce sont les caractéristiques de la zone, plutôt que chaque pixel individuel en soi qui définissent un système d’utilisation des terres, nous avons créé de nouvelles géométries spatiales : les mosaïques.

Les mosaïques ne décrivent plus la couverture terrestre, mais l’utilisation des terres et l’intensité d’utilisation des terres.

Une carte des mosaïques du paysage peut être créée pour deux points dans le temps et les changements peuvent être évalués à partir d’une catégorie de mosaïque à une autre, selon Mme Hett.

«Une mosaïque pourrait donc être définie comme ‘système de culture itinérante avec 3 à 5 ans de période de jachère’, ‘agriculture permanente’ ou ‘forêt naturelle’,» dit-elle.

«Maintenant nous pouvons créer une carte des mosaïques paysagères sur deux périodes de temps, puis évaluer les changements d’une catégorie de mosaïque à l’autre : par exemple, une zone classée en l’an 2000 ‘système de culture itinérante avec 3 à 5 ans de période de jachère’ puis en 2010 ‘agriculture permanente’.

Ou encore en 2000 ‘système de culture itinérante avec 10 à 15 ans de jachère’ et en 2010 ‘système de culture itinérante avec 3 à 5 ans de jachère’. Dans les deux cas, nous savons qu’une dégradation réelle a eu lieu.»

LE FACTEUR REDD+

L’approche basée sur les mosaïques paysagères peut être utilisée pour les changements d’utilisation des terres au niveau du paysage et pour le suivi du carbone dans un système de MRV (surveillance, notification et vérification), compatible à l’agriculture sur brûlis, où la rémunération reçue par le biais des paiements de la REDD+ permettrait de maintenir les moyens de subsistance et le mode de vie des agriculteurs pratiquant la culture itinérante sur brûlis, selon Mme Hett.

Le financement des projets REDD+ d’atténuation du climat pourrait permettre une prolongation des périodes de cultures en jachère et une extension de la rotation, donnant ainsi à la végétation plus de chances de se développer et de renforcer les stocks de carbone dans les paysages d’agriculture sur brûlis, dit-elle.

«Si les personnes vivant dans ces paysages pouvaient recevoir des crédits carbone pour éviter la dégradation des forêts, un retour progressif à des cycles de jachère plus longs dans les systèmes d’agriculture sur brûlis, combiné à une amélioration des systèmes de jachère sur la base de pratiques agroforestières, pourrait devenir économiquement attrayant et techniquement réalisable, sous les conditions actuelles de densité de population dans les hautes terres», ajoute M. Castella.

L’approche basée sur les mosaïques paysagères rend les paysages d’agriculture itinérante sur brûlis visibles sur les cartes et permet par conséquent la détection précise de la déforestation et de la dégradation des forêts, ce qui n’a pas été possible avec les méthodes conventionnelles de télédétection, dit-il.

«Il est très important pour les politiques et pour les prises de décision que les zones de culture itinérante soient cartographiées afin que les mécanismes de REDD+ puissent également s’appliquer à ces paysages oubliés, qui abritent des populations rurales pauvres.»

Cette recherche a été réalisée dans le cadre du Programme de Recherche du CGIAR sur les forêts, les arbres et l’agroforesterie, du Programme d’Analyse Globale des Trajectoires des Changements (Catch-Up), soutenu par le CIFOR, l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD) et le Pôle national Suisse d’excellence en matière de Recherche Nord-Sud (NCCR). Elle a bénéficié des collaborations au sein du projet I-REDD+ du Projet Cadre de la Commission européenne (FP7-ENV-2010) et a reçu un soutien financier de la part du Fonds National Suisse de la Recherche scientifique (FNS), de l’Agence suisse pour le Développement et la Coopération (SDC) et des institutions participantes.

Pour plus d’informations sur les enjeux abordés dans ce blog, veuillez contacter Cornelia Hett sur cornelia.hett@cde.unibe.ch ou Jean-Christophe Castella sur j.castella@ird.fr.

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