Les petits exploitants d’Amazonie utilisent le bois à croissance rapide pour compléter leurs revenus

En Amazonie, les petits paysans vendent le bois d'arbres qui ont poussé sur des champs en jachère pour améliorer leurs revenus, mais une telle production peut passer inaperçue dans les statistiques officielles, souvent parce qu'elle est commercialisée par des canaux informels.
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Les ventes de bois sur des marchés de niche aident des petits exploitants d’Amazonie à augmenter leurs revenus, selon Peter Cronkleton, chercheur du CIFOR. Photo: Peter Cronkleton

SAN JOSE, Costa Rica (15 août 2013) — En Amazonie, les petits paysans vendent le bois d’arbres qui ont poussé sur des champs en jachère pour améliorer leurs revenus, mais une telle production peut passer inaperçue dans les statistiques officielles, souvent parce qu’elle est commercialisée par des canaux informels, selon une étude.

«Bien que ce type de récolte de bois ait un impact faible et n’affecte pas la forêt primaire, elle est généralement illégale parce que les agriculteurs ne détiennent pas de titres fonciers et de permis forestiers», a déclaré Peter Cronkleton, chercheur chevronné au Centre de Recherche Forestière Internationale (CIFOR).

M. Cronkleton a présenté les conclusions de «L’adaptation institutionnelle des systèmes de gestion du bois des petits exploitants au Pérou et en Equateur*» au Troisième Congrès latino-américain de l’Union internationale des instituts de recherches forestières* (IUFRO) à San José, au Costa Rica.

«Les lois forestières sont généralement conçues pour une production à grande échelle, de sorte que les coûts de conformité sont trop élevés pour les petits producteurs», a expliqué M. Cronkleton. «Faire des inventaires forestiers et des plans d’exploitation annuels dépasse les moyens des petits agriculteurs, non seulement techniquement, mais aussi financièrement.»

Bien que les petits exploitants, qu’il a interrogés dans l’Amazonie péruvienne et équatorienne, dépendent principalement de l’agriculture, le revenu provenant des produits forestiers est également important et les agriculteurs ont trouvé des niches dans les marchés locaux, a expliqué M. Cronkleton.

LES BÉNÉFICES POUR LES MOYENS DE SUBSISTANCE

Quand les producteurs de fruits de la Province de Napo en Équateur ont besoin de cageots, ils se tournent vers des opérateurs de petites scieries. Ceux-ci abordent les communautés indigènes Quechuas afin d’obtenir le bois d’un arbre connu localement comme le pigüe (Piptocoma dicolor) qui pousse dans la forêt secondaire sur leurs petites parcelles de terre, a-t-il dit.

Les familles observées dans le cadre de l’étude ont généralement récolté environ 12 mètres cubes de bois. À un prix moyen de 12$ le mètre cube, le revenu des récoltants est faible, mais suffisant pour les besoins urgents, tels que les fournitures scolaires au début de l’année scolaire, a expliqué M. Cronkleton.

Cependant, seules les familles à 1,5 kilomètre d’une route ou d’une rivière vendent du bois, parce que le transport du pigüe sur de plus longues distances est trop coûteux.

Près de la ville de Pucallpa dans la région d’Ucayali au Pérou, les petits exploitants agricoles profitent des arbres de bolaina (Guazuma crinita) qui poussent le long des rivières et dans les champs laissés en jachère pendant six ou sept ans afin de récupérer leur fertilité.

Le bolaina à croissance droite est demandé pour le revêtement des maisons à faible revenu. Les producteurs ont pu en tirer des bénéfices en transformant le bois afin d’y ajouter de la valeur. Les agriculteurs peuvent tripler leurs revenus en vendant des planches plutôt que du bois brut, a dit M. Cronkleton. Le bois est scié dans de petites scieries qui apparaissent dans les zones rurales pour fournir des services aux agriculteurs, générant également des emplois.

Ces types de bois, qui se régénèrent au sein du cycle de jachère agricole, font partie d’une «mosaïque» d’agroforesterie* importante pour les moyens de subsistance des petits exploitants, mais ignorée dans les politiques de gestion agricole et forestière, a-t-il dit.

«Ces producteurs sont souvent blâmés pour la déforestation, mais ils régénèrent également beaucoup de forêt – ces zones sont des forêts travaillantes», a déclaré M. Cronkleton.

«Il peut exister une expansion initiale de la déforestation, mais cela devient alors un cycle de mosaïques de parcelles forestières, de forêts secondaires et de successions* de jachères – et ce n’est pas forcément un problème.»

Cependant, pour les encourager à gérer et conserver les forêts, les lois doivent permettre aux petits exploitants de participer aux marchés locaux, leur donner des droits sur les zones boisées et leur permettre de vendre du bois légalement, a-t-il dit.

Des résultats similaires ont été trouvés dans des études* menées en Bolivie.

«Si les petits exploitants ne sont pas expulsés par des éleveurs ou des plantations de palmiers à huile, ils peuvent établir des paysages relativement stables où ils sont en mesure d’utiliser des systèmes agricoles à très faibles intrants, qui produisent également une variété de produits forestiers », a déclaré M. Cronkleton. «Dans de bonnes conditions, ceci peut être très durable.»

Pour plus d’informations sur les sujets abordés dans cet article, veuillez contacter Peter Cronkleton à p.cronkleton@cgiar.org

Ce travail s’inscrit dans le cadre du Programme de recherche du CGIAR sur les forêts, les arbres et l’agroforesterie.

*Liens non traduits en français

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