Analyse

Les médias devraient-ils payer pour la conservation de la faune?

Les documentaires sur la faune sauvage constituent un commerce lucratif.
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Dengan keuntungan besar dan dampak mendunia, haruskah pembuat film alam liar membayar untuk keragaman hayati tempat mereka bergantung? Steve McLaren

Avec leurs gros bénéfices et leur impact planétaire, les cinéastes animaliers devraient-ils payer pour la biodiversité dont ils dépendent? Photo: Steve McLaren

Bogor, Indonésie (5 septembre 2013) _ Les documentaires sur la faune sauvage constituent un commerce lucratif. La série télévisée Planète Terre* de la BBC est en tête – sa production a coûté 12 millions de dollars*, elle a généré 34 millions de dollars au cours de lapremière année de sa sortie* et a atteint un record de 100 millions de spectateurs* dans plus de 100 pays*. Les films sur la faune sauvage sont également un puissant outil* de sensibilisation sur les enjeux de la conservation et de l’environnement. Mais la valeur de divertissement que nous obtenons en regardant des léopards, des tigres et des requins sur nos écrans ne se traduit pas directement par de de réelles activités de conservation valable, la plupart étant extrêmement sous-financées*.

Les cinéastes, avec leurs gros bénéfices et leur impact planétaire, ont-ils la responsabilité d’aider à protéger les espèces qu’ils filment? Devraient-ils payer pour la biodiversité de laquelle ils dépendent?

Un article publié dans Science en 2011* suggère une nouvelle forme de financement de la conservation. Les revenus générés par la projection de programmes sur la faune sauvage et par la vente de DVD pourraient être utilisés pour financer la conservation de la biodiversité.

Les cinéastes ne profiteraient plus gratuitement de la nature, selon les auteurs, mais seraient soumis à un schéma de Paiement pour Services Environnementaux (PSE), contribuant activement à la protection de la biodiversité qu’ils filment. Il s’agit d’une nouvelle solution, qui soulève un débat intéressant sur les limites du PSE, mais quels sont les obstacles et les implications à long terme?

C’est une idée intéressante et provocante, mais dans un article récent publié dans le journal Oryx*, nous estimons qu’il existe probablement un certain nombre de défauts dans cette proposition, à commencer par le mauvais étiquetage du mécanisme de «PSE». Jepson et al. disent dans leur réfutation* que «l’objectif [de la certification] est d’élargir et d’accroître les flux financiers pour la protection et la restauration des écosystèmes». Ceci diffère de toutes les définitions conceptuelles actuelles du PSE*, en tant qu’un outil qui «vise à créer des incitations pour aligner les décisions individuelles et/ou collectives d’aménagement du territoire avec l’intérêt social de la gestion des ressources naturelles».

Concrètement, le PSE est un mécanisme volontaire qui dépend de la relation entre les utilisateurs de services (ici les télé-diffuseurs) et les prestataires de services. Si les règles convenues ne sont pas respectées, les paiements seraient réduits ou interrompus. C’est le lien direct entre les paiements exigés et les incitations versées qui est au cœur même du PSE.

Le fonds d’affectation spéciale du PSE, tel qu’il est proposé, ne précise pas qui sont les bénéficiaires directs de l’argent. Il ne fournit ainsi pas d’incitations à changer de comportement* en termes de gestion des ressources. Pour que ce fonds fonctionne comme un mécanisme de PSE, les cinéastes devraient seulement effectuer des paiements si des services environnementaux sont préservés ou améliorés. Les questions en suspens sont alors de savoir quels facteurs déterminent la «prestation de services» adéquate sur le terrain et qui pourrait avoir besoin de recevoir une incitation pour améliorer ses performances.

Les preuves sont suffisamment fortes pour suggérer que nous devrions soutenir, voire subventionner, la production de documentaires sur la nature plutôt que de la rendre plus difficile et plus coûteuse.

Même en tant que mécanisme de financement pur, les coûts importants de transaction, nécessaires à la mise en place d’un organisme de certification, pourraient dévorer la plus grande part des fonds disponibles et les intermédiaires en bénéficieraient plus que la conservation. Il existe également le problème de l’applicabilité – qui serait tenu pour responsable des paiements non effectués? Qui gérera ce fonds et comment les fonds seraient-ils administrés?

Si ce n’est pas le PSE, alors de quel type de mécanisme parlons-nous? Nous avons fait valoir auparavant qu’un paiement obligatoire de certification serait constitué d’une taxe ou d’un prélèvement sur les films sur la nature ; néanmoins dans le cas d’un mécanisme de certification volontaire, comme le soulignent Jepson et Jennings, des «frais» seraient plus appropriés.

Quelle que soit l’étiquette, l’impact pourrait finir par être compromettant: en augmentant le coût de production pour les diffuseurs, le coût retombera inévitablement aux consommateurs par une augmentation du prix du DVD ou des chaînes de payement à la séance. Ceci entraînera une baisse de la demande et des programmes sur la nature.

Les documentaires animaliers ont joué un rôle déterminant dans la sensibilisation aux enjeux environnementaux*, en faisant avancer l’agenda de la conservation et en apportant des dons aux ONG environnementales. Tandis que Jepson et Jennings observent que les messages appropriés sont de moins en moins diffusés par la nouvelle génération de programmes sur la conservation, nous pensons qu’ils sont toujours un outil pédagogique important. Ils renforcent les connaissances et la relation des personnes avec la nature, en particulier celles des enfants* et des personnes dans les zones urbaines*, qui sont souvent déconnectés de leur environnement naturel.

Bien que plus de recherche doive être faite pour mieux comprendre comment les téléspectateurs interagissent avec les programmes sur la nature,il existe des preuves suffisamment fortes* pour suggérer que nous devrions soutenir, voire subventionner, la production de documentaires sur la nature, plutôt que de la rendre plus difficile et plus coûteuse.

Plutôt que de mobiliser de nouveaux fonds par des mécanismes financiers à court terme, l’accent doit être mis sur la façon de dépenser raisonnablement les ressources limitées pour la conservation. Un besoin d’argent supplémentaire pour la conservation à court terme pourrait compromettre non seulement le financement à long terme des activités de conservation, mais aussi l’amour à long terme des personnes envers la nature.

Si une discussion doit avoir lieu sur les limites du PSE et si les professionnels doivent payer pour l’environnement qu’ils utilisent, alors où commence la responsabilité? Devrions-nous, en tant que scientifiques, payer pour avoir ce débat et écrire ce blog?

Sven Wunder est économiste principal au CIFOR et Douglas Sheil est actuellement professeur invité à l’Université Southern Cross, NSW, Australie, ainsi que directeur de l’Institut pour la Conservation de la Forêt Tropicale (ITFC) et associé principal du CIFOR. Pour plus d’informations, veuillez les contacter sur s.wunder@cgiar.org et sur Douglas.Sheil@scu.edu.au

Pour en savoir plus sur la recherche du CIFOR sur le Paiement pour Services Environnementaux (PSE), qui est soutenue par le Programme de recherche du CGIAR sur les forêts, les arbres et l’agroforesterie, veuillez visiter http://www.cifor.org/pes

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