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Charbon de bois, poulets et un casse-tête pour la conservation au Pérou

La contribution de l'industrie charbon de bois au Pérou à la déforestation porte à confusion.
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Investigadores del Centro para la Investigación Forestal Internacional han descubierto que en algunos casos la producción de carbón no significa una amenaza directa a los bosques tropicales. Fotografía de Kate Evans

Les chercheurs du CIFOR ont découvert que dans certains cas, la production de charbon ne présente pas de menace directe pour les forêts tropicales. Photo: Kate Evans

Bogor, Indonésie (9 septembre 2013) – La recherche sur les marchés de charbon de bois au Pérou a confirmé les soupçons sur le manque de fiabilité des statistiques officielles, tout en mettant en évidence une énigme de conservation.

La production de charbon de bois à Pucallpa, la capitale de la région d’Ucayali, s’est avérée être plus de 80 fois supérieure aux chiffres officiels. Les chercheurs ont également démontré que le système de production de charbon de bois – qui repose presque entièrement sur l’utilisation des résidus de scierie tels que les copeaux de bois – ne constitue pas une menace pour les forêts naturelles.

Le rapport de recherche, portant sur «Les effets de fuite dans les chaînes d’approvisionnement en ressources naturelles: une étude de cas sur le marché commercial de charbon de bois au Pérou»*, a examiné la chaîne d’approvisionnement en charbon de bois desservant Lima, la capitale péruvienne. Cette chaîne peut être retracée des charbonniers qui vendent aux grossistes ou commerçants, qui eux-même vendent à des clients urbains.

La recherche s’est focalisée sur Ucayali en tant que principale source pour fournir du charbon à Lima, qui n’a pas de forêt. Elle s’est également concentrée sur quatre sites principaux de production de charbon de bois dans la ville de Pucallpa, considérée comme le cœur de l’industrie du bois d’Ucayali.

La recherche au Pérou a initialement été conçue dans le cadre d’une étude comparative globale sur la REDD+ (Réduction des émissions issues de la déforestation et de la dégradation des forêts), explique Mary Menton, directrice de recherche au Global Canopy Programme* et co-auteur de l’étude.

«Nous voulions examiner le niveau d’information disponible au Pérou et comment il aborde la surveillance, la notification et la vérification (MRV) des émissions de carbone», dit Mme Menton. «Il existait des lacunes dans les connaissances spécifiques sur le charbon de bois et le bois de feu.»

L’étude comparative globale* fait le bilan des expériences de REDD+ dans 13 pays forestiers tropicaux pour identifier les défis de la conception et mise en œuvre de politiques efficaces visant à réduire les émissions et à lutter contre le changement climatique.

Les données officielles de l’étude de cas au Pérou ont montré que l’industrie nationale du charbon est restée la même au cours du temps, dit Mme Menton. «Je me disais que cela avait l’air un peu louche et nécessiterait des travaux sur le terrain.»

«Ceci m’a vraiment ouvert les yeux sur l’importance d’aller sur le terrain pour recueillir des données de qualité», déclare Aoife Bennett-Curry, une étudiante de troisième cycle à l’Université d’Oxford et auteur principal de l’étude.

«L’écart entre ce que nous avons trouvé et ce que déclare le gouvernement constitue un signal d’alerte.»

Le fait que le niveau de production soit plus de 80 fois plus élevé que celui des rapports officiels a des implications qui seront probablement étudiées davantage dans un document d’orientation politique du CIFOR.

PAS DE MENACE POUR LES FORÊTS TROPICALES

Le charbon de bois est une ressource naturelle issue des forêts, selon l’étude. «Les processus de production varient entre et au sein des régions rurales et urbaines de Ucayali», déclare Mme Bennett-Curry. «Typiquement, ils consistent à brûler le bois jusqu’à ce qu’il soit carbonisé, mais il peut encore être facilement ré-allumé et réutilisé.»

Bien que des recherches antérieures aient mis en évidence la menace de la production de charbon de bois pour les forêts, cette étude a révélé que les producteurs utilisaient principalement les résidus de scierie et le bois restant sur les terres agricoles défrichés auparavant, plutôt que d’abattre des arbres vivants pour en faire du charbon. En conséquence, la production de charbon de bois n’a pas été considérée comme étant une menace directe pour ces forêts tropicales.

UN CASSE-TÊTE POUR LA CONSERVATION

L’étude a révélé que dans les villes, les bar-restaurants à poulet préfèrent nettement le charbon de bois fabriqué à partir de deux espèces d’arbres à bois dur et à croissance lente. La première espèce, connue localement sous le nom d’algarrobo* (caroubier), est un arbre fleurissant du genre Prosopis connu en partie pour son fruit. La seconde, le Dipteryx spp, appelée localement shihuahuaco, a été identifiée comme étant un «arbre clé de voute» pour son rôle en tant que site de nidification pour les oiseaux et les chauves-souris.

Les chercheurs ont noté que les bar-restaurants préféraient ces espèces car elles présentent certains avantages comme une combustion plus lente et des niveaux inférieurs de cendres. Toutefois, ils ont également signalé, par ce qu’ils appellent une découverte «apparemment nouvelle», que les brasseries veulent du charbon de bois fabriqué à partir de ces arbres car il donne à la viande une saveur agréable.

Selon les chercheurs, cela crée une énigme en ce qui concerne la conservation. Cela signifie que les stratégies d’atténuation communes – telles que la production de charbon de bois à partir d’arbres à bois tendre et à croissance rapide, l’utilisation de fourneaux plus efficaces ou le passage à d’autres combustibles comme le kérosène ou le gaz – ont peu de chances de fonctionner puisqu’elles ne peuvent pas produire la saveur tant appréciée du charbon de bois.

S’appuyant sur ces premiers résultats, Mme Bennett-Curry envisage de continuer les recherches avec le CIFOR au Pérou pour explorer plus en détail la préférence des brasseries urbaines de poulet pour l’algarrobo et le shihuahuaco.

EFFET DE FUITE

Par un autre résultat inattendu, Mme Bennett-Curry a découvert un effet de fuite* – le déplacement involontaire d’un problème d’une zone vers une autre.

Dans ce cas, la surexploitation de l’algarrobo et les mesures de conservation qui en découlent ont conduit à une demande accrue de shihuahuaco. Cette demande a eu comme conséquence, selon l’étude, que les sacs de charbon de bois remplis uniquement de shihuahuaco étaient difficiles à trouver. La rareté, à son tour, a fait augmenter les prix.

L’étude a constaté qu’au cours des deux dernières années, le prix du kilo de charbon issu du shihuahuaco a presque doublé, ce qui implique des profits, mais aussi des coûts de production, plus élevés.

Les scieries, qui autrefois donnaient ou vendaient à bas prix les sous-produits de shihuahuaco, les vendent désormais à des prix plus élevés, générant entre 10 et 30% de leurs revenus, selon l’étude. Par conséquent, seuls les carboneros (marchands de charbon de bois) aisés peuvent se permettre d’en acheter suffisamment pour remplir leurs fours.

Dans ce contexte, les «supers carboneros» – les plus grandes entreprises qui ont plusieurs fours et payent des travailleurs – sont en train de dominer le marché du shihuahuaco en Pucallpa, indique l’étude.

Même si les carboneros à petite échelle peuvent se permettre d’acheter leur bois préféré, leurs plus gros concurrents ont souvent des accords avec les scieries pour obtenir en premier le meilleur des résidus de bois, selon l’étude.

L’équité et la responsabilité au sein de la chaîne d’approvisionnement du charbon de bois étaient des thèmes mis de côté dans ce rapport, mais des recherches supplémentaires pourraient aider à éclairer comment la législation pourrait mieux soutenir les charbonniers à petite échelle, suggèrent les chercheurs.

«J’ai vu le charbon de bois sous un autre angle», dit Mme Bennett-Curry. «Ce n’était pas une cause de la déforestation, mais plutôt une source utile pour les revenus de beaucoup de personnes très pauvres.»

Pour plus d’informations sur les sujets abordés dans cet article, veuillez contacter aoife.bennett@gmail.com ou Peter Cronkleton sur p.cronkleton@cgiar.org

Cette étude, réalisée pour le Programme de recherche du CGIAR sur les forêts, les arbres et l’agroforesterie, a été financée par l’Étude comparative globale sur la REDD+ (GCS-REDD), l’Agence norvégienne pour la coopération internationale (Norad) et l’Agence australienne pour le développement international (AusAID).

*Liens non traduits en français

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Thèmes :   Amazonie au Pérou