Question à plusieurs millions de dollars: la certification forestière fonctionne-t-elle?

La certification forestière est considérée comme un outil prometteur pour améliorer la gestion des forêts. Néanmoins, une évaluation solide d'un ensemble complexe de facteurs est nécessaire pour établir sa véritable valeur aux yeux des différentes parties prenantes, selon une nouvelle analyse.
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Evaluasi sains sertifikasi hutan adalah penting guna menginformasikan kepada para pendukung apakah hal ini bernilai untuk mendapatkan uang? Agus Prasetyo/CIFOR

L’évaluation scientifique de la certification forestière est importante, car elle permet aux participants de savoir s’ils en ont pour leur argent. Photo: Agung Prasetyo/CIFOR

 

Bogor, Indonésie (19 septembre 2013) _ La certification forestière est considérée comme un outil prometteur pour améliorer la gestion des forêts. Néanmoins, une évaluation solide d’un ensemble complexe de facteurs est nécessaire pour établir sa véritable valeur aux yeux des différentes parties prenantes, selon une nouvelle analyse.

La certification est un mécanisme fondé sur le marché, par lequel les entreprises ou les collectivités qui gèrent les forêts se soumettent volontairement à des audits par des inspecteurs indépendants. S’ils répondent aux critères de gestion forestière responsable, leurs produits ligneux peuvent ensuite disposer d’une marque reconnue, comme celle du système de certification dominant, le Forest Stewardship Council (FSC).

«Toutefois, les avantages environnementaux et sociaux, souvent revendiqués, de la certification doivent encore être évalués de manière empirique», déclarent les scientifiques du Centre de Recherche Forestière Internationale (CIFOR) dans un document proposant un cadre pour une telle évaluation*.

Les scientifiques ont analysé la littérature existante sur la certification forestière. Bien que beaucoup d’informations aient déjà été recueillies, ils ont constaté qu’aucune des approches examinées ne ressemblait à ce qui pourrait être considéré comme une évaluation indépendante bien conçue.

«Seules 14 ont utilisé des modèles prenant suffisamment en compte l’effet du biais de sélection et une seule s’est penchée sur la gestion forestière», dit Claudia Romero, biologiste à l’Université de Floride et l’un des auteurs de l’article, se référant à une précédente étude de 134 publications sur la certification de divers produits agricoles et forestiers.

Cela signifie que presque toutes les connaissances existantes sur la certification sont potentiellement faussées par une variété de facteurs. Ces facteurs ont une influence sur les raisons pour lesquelles les gestionnaires forestiers choisissent de participer au programme et quand, ainsi que le lieu où les scientifiques choisissent de mener leurs études.

SOUPESER LES BÉNÉFICES

L’évaluation scientifique de la certification forestière est importante, car elle permet aux participants de savoir s’ils en ont pour leur argent, explique l’article du CIFOR*.

Tous les acteurs des forêts tropicales, des communautés locales aux décideurs politiques en passant par les marchés internationaux, auraient tout intérêt à savoir si les forêts certifiées apportent plus d’avantages socio-environnementaux, économiques et politiques que d’autres options, telles que les concessions forestières certifiées ou les zones de conservation.

Les fondations caritatives et les gouvernements, qui ont soutenu la certification, doivent également savoir si le financement qu’ils fournissent apporte les résultats souhaités.

«Nous devons déterminer si le fait d’être certifié ou pas a un effet», dit Manuel Guariguata, un scientifique principal au CIFOR et co-auteur de l’étude. «Du point de vue des donateurs, nous parlons de beaucoup de millions, voire des dizaines de millions de dollars qui ont été investis dans la certification et jusqu’à présent il n’existe aucune preuve qu’ils ont été investis de manière efficace.»

Pour évaluer les impacts de la certification, la recherche suggère une feuille de route à double évaluation, analysant d’une part les impacts sociaux, économiques, politiques et environnementaux attendus de la certification et d’autre part la façon dont le processus est mené.

La difficulté de l’évaluation des impacts réside dans le fait que les forêts sont soumises à de nombreuses influences, et la certification n’est que l’une d’entre elles. La mesure d’indicateurs n’est donc pas suffisante pour déterminer si le succès ou l’échec de l’atteinte de certains objectifs est attribuable à la certification.

«Quelqu’un doit dire: ‘D’accord, vous avez atteint ces objectifs, mais comment avez-vous fait?’», dit Mme Romero.

UN CADRE D’ÉVALUATION DES IMPACTS

À titre d’exemple, le document explique que la réduction des blessures liées au travail chez les employés du secteur forestier – un résultat souhaitable de la certification – pourrait résulter d’une amélioration des règlements de sécurité, plutôt que de la certification elle-même.

«Nous avons besoin d’une théorie sur la façon dont les objectifs de certification pourraient être atteints. C’est comme cela que nous allons séparer les effets de la certification des autres facteurs tels que la politique du gouvernement», explique Mme Romero.

Les chercheurs appellent une telle trajectoire souhaitée vers une meilleure gestion de la forêt la «théorie du changement».

«C’est un modèle mental qui aide l’évaluateur à voir où des activités spécifiques sont censées générer les résultats souhaités et comment la certification interagit avec d’autres facteurs», déclare M. Guariguata.

Bien que le document fournisse les étapes nécessaires pour construire une théorie du changement partout dans le monde*, il avertit les chercheurs qu’ils devront suivre une approche participative avec les acteurs locaux. Ceci est nécessaire afin de pouvoir concevoir clairement un modèle par lequel vérifier les impacts de la certification sur le terrain.

«Cela revient simplement à réunir des personnes autour d’une table et discuter de ce qui fait qu’une forêt certifiée devient favorable sur les plans social, économique et environnemental», dit M. Guariguata.

En plus de cette évaluation des impacts de la certification, face à une théorie du changements attendue, les chercheurs devront également prendre en compte la qualité du processus de certification lui-même.

«Il existe des aspects administratifs: les rapports doivent être là, etc. Nous pouvons être face à une gestion forestière irresponsable, non pas parce que la théorie était mauvaise, mais parce qu’elle a été mal appliquée», dit Mme Romero.

VISER L’IMPARTIALITÉ

Un autre défi en matière d’évaluation de la certification est de détecter et d’éviter les préjugés sur le choix des zones d’échantillon à étudier. La certification étant une démarche volontaire, les forêts certifiées et non certifiées ne sont pas affectées de manière aléatoire dans tous les cas, averti l’article. Les choix derrière la décision d’une entreprise de rejoindre ou de quitter un processus de certification repose sur un grand nombre de facteurs, qui peuvent également influer sur ses résultats.

«Le risque principal serait d’aller dans un pays et de comparer une forêt certifiée avec la forêt non-certifiée la plus proche. Même si elles peuvent être très proches en termes écologiques, elles peuvent être très différentes d’autres manières», dit M. Guariguata, ajoutant que des divergences peuvent également provenir de l’ancienneté de la certification des forêts.

Pour les scientifiques, trouver les bons points de comparaison – les soi-disant contrefactuels – pour étudier l’impact de la certification semble être l’un des principaux défis pour l’avenir.

Mme Romero dit que davantage de recherches aideraient à concrétiser le modèle d’évaluation, y compris les études en cours. Ces études concernent les variations de taille, d’expérience et d’autres caractéristiques des unités de gestion forestière, la dynamique amenant les gestionnaires des forêts à adhérer à ou abandonner la certification, ainsi que l’évolution des facteurs contextuels influençant leur prise de décision.

«Nous sommes dans les premiers stades», dit M. Guariguata. «Nous avons un cadre qui, selon nous, peut être applicable au niveau mondial, mais il est générique et doit être adapté aux circonstances du pays. Il ne peut pas être considéré comme un protocole ou quelque chose de figé, mais nous pensons que c’est un bon pas en avant.»

Pour plus d’informations sur les sujets abordés dans cet article, veuillez contacter Manuel Guariguata sur m.guariguata@cgiar.org.

Ce travail s’inscrit dans le cadre du Programme de recherche du CGIAR sur les forêts, les arbres et l’agroforesterie et est soutenu par USAID.

*Liens non traduits en français

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