Au Ghana, les savoirs traditionnels contribuent à l’adaptation au changement climatique

Les stratégies utilisées par les populations rurales autochtones pour aider à prévoir les catastrophes et pour atténuer les effets du changement climatique pourraient être développées pour concevoir des efforts mondiaux d'adaptation à grande échelle.
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Indigenous people have  have developed a wide array of disaster prepardness strategies that could be adopted in modern climate adaptation efforts. Carsten ten Brink

Les populations autochtones ont développé une large gamme de stratégies pour prévoir les catastrophes qui pourraient être adoptées dans les efforts d’adaptation modernes au changement climatique. Photo: Carsten ten Brink

Bogor, Indonésie (26 septembre 2013) – Les stratégies utilisées par les populations rurales autochtones pour aider à prévoir les catastrophes et pour atténuer les effets du changement climatique pourraient être développées pour concevoir des efforts mondiaux d’adaptation à grande échelle, selon les auteurs d’une étude* sur les communautés rurales dans le bassin du fleuve Offin au Ghana.

Le bassin – une région tropicale semi-humide peuplée principalement par des agriculteurs de subsistance – a été durement touché par des mauvaises récoltes depuis 2000. Celles-ci sont dues à une hausse des températures de l’air, une augmentation de l’intensité du soleil et un changement du régime des précipitations saisonnières, selon l’étude «Utiliser les savoirs traditionnels pour faire face au changement climatique au Ghana»*.

«Nous pouvons apprendre beaucoup des approches autochtones, traditionnelles et communautaires en matière de préparation aux catastrophes naturelles», dit le scientifique Benjamin Apraku Gyampoh, auteur principal de l’article.

«Les peuples autochtones ont été confrontés à des environnements changeants durant des millénaires et ont développé un large éventail de stratégies d’adaptation. Leurs connaissances et pratiques traditionnelles constituent une base importante pour faire face aux défis encore plus grands que représente le changement climatique.»

SAVOIR-FAIRE GÉNÉRATIONNEL

Par exemple, en décembre 2004 un séisme de magnitude 9,15 au large de la côte de la province d’Aceh en Indonésie a déclenché un tsunami dans l’océan Indien. Ce tsunami a tué environ 226 000 personnes en Indonésie, au Sri Lanka, en Inde, en Thaïlande et dans neuf autres pays.

Juste avant le passage du tsunami, les Moken et Urok Lawai de la Thaïlande, les Ong des îles Andaman en Inde et la communauté Simeulue de l’Indonésie ont pris la précaution de se déplacer à l’intérieur des terres, après avoir vu que les vagues se retiraient du littoral. Des villages entiers ont été détruits, mais les habitants ont échappé en toute sécurité – presque 80000 Simeulue ont fui et moins de sept sont morts, a rapporté* l’ONU.

Les insulaires n’ont pas été prévenus par des avertissements de haut-parleurs, de téléphones mobiles ou transmissions radio, mais ils ont reconnu les signes du danger, grâce aux histoires sur leur impact dévastateur, transmis de génération en génération depuis le tsunami de 1907.

Ils l’appellent l’histoire du «smong», un terme local utilisé pour designer les secousses sismiques, le retrait de la mer au-delà de son habituel ligne de marée basse, ainsi que les vagues de retour déferlant à l’intérieur des terres.

«Nous pouvons apprendre beaucoup des approches autochtones, traditionnelles et communautaires pour se préparer aux catastrophes naturelles», dit M. Gyampoh. «Les peuples autochtones ont développé des méthodes et des stratégies d’adaptation afin de gérer leur environnement au cours des millénaires ; et celles-ci peuvent être utilisées pour faire face au grand défi du changement climatique.»

Entre 1961 et 2006, les précipitations annuelles moyennes ont baissé d’un peu plus de 22% et les températures maximales moyennes ont augmenté progressivement de 1,3 degré Celsius – une augmentation de 4,3% dans le bassin du fleuve Offin au Ghana, selon la recherche*.

«Les peuples autochtones ne comprennent peut-être pas le concept de réchauffement planétaire ou de changement climatique, mais ils voient et ressentent les effets des variations saisonnières du régime des précipitations», déclare M. Gyampoh, ajoutant que leurs observations sont soutenues par les résultats scientifiques.

RÉCHAUFFEMENT DU GHANA

Les températures au Ghana ont augmenté d’environ 1 degré Celsius au cours des 40 dernières années du 20ème siècle, tandis que les précipitations et le ruissellement ont diminué d’environ 20 et 30%, indique l’étude, en citant l’Agence ghanéenne pour la protection de l’environnement*.

Environ 90% de la population de plus de 40 ans, vivant dans 20 communautés rurales dans la zone étudiée par les scientifiques, dépendent des ruisseaux, des rivières et de la collecte des eaux de pluies pour leurs besoins en eau, selon l’étude.

Rural populations in Ghana depend on streams, rivers and rainfall collection for their water needs. John Mauremootoo

Au Ghana les populations rurales dépendent des courants, des rivières et des précipitations pour leurs besoins en eau. Photo: John Mauremootoo

La diminution des précipitations et les effets de la déforestation et de la dégradation des forêts ont conduit à l’assèchement de certains cours d’eau, selon le rapport. Durant certaines saisons sèches, le lit de la rivière a été exposé et les puits d’eau se sont asséchés en raison d’une diminution du volume des écoulements d’eau.

Cela a engendré de mauvaises récoltes. De plus, les producteurs de cacao ont déclaré que leurs arbres avaient fané à cause d’un ensoleillement prolongé et les producteurs de légumes ont dit que leurs produits avaient mûri trop tôt, ce qui a diminué leur valeur.

La stagnation de l’eau durant les absences prolongées de précipitations rend également les communautés plus vulnérables face aux maladies diarrhéiques et au paludisme, étant donné que les populations de moustiques augmentent.

SAVOIRS LOCAUX

Les habitants du bassin de l’Offin ont appris à s’adapter aux variations de l’approvisionnement en eau en réutilisant l’eau de vaisselle, l’eau de lavage et en récupérant les eaux de pluies pour l’irrigation. La collecte des eaux pluviales est une méthode agricole traditionnelle, abandonnée suite aux forages et installations de puits modernes par les communautés.

Les tabous traditionnels liés à l’utilisation de l’eau, qui permettaient un jour de repos pour un dieu ou un esprit de l’eau, ont diminué avec la modernisation et l’adoption du christianisme. Néanmoins, les agriculteurs plantent des cultures résistantes à la sécheresse ou se déplacent sur les plaines de la rivière où l’eau est plus facilement disponible.

Des lois ayant autorisé des compagnies forestières à s’approprier des terres agricoles ont poussé les agriculteurs à abattre des arbres plutôt que de les laisser vivre. Ces lois ont été réécrites en 2002*. Maintenant, les agriculteurs se réorientent vers la tradition en incorporant des arbres dans leurs pratiques agricoles ou en les protégeant, selon l’étude.

Ce qui fonctionne comme un savoir traditionnel efficace aujourd’hui, l’est devenu à travers des années d’expérimentation et d’adaptation dans un environnement qui change naturellement.

«Puisque les communautés vivent dans un environnement donné pendant une longue période, elles acquièrent une compréhension profonde et apprennent à s’adapter au sein de leur environnement», dit M. Gyampoh.

Les savoirs autochtones pourraient représenter jusqu’à 70% de la réussite des mesures d’adaptation au changement climatique, ajoute-t-il.

«Ce qui est nécessaire en général, c’est une compréhension profonde et un ‘affinage’ des connaissances autochtones», dit M. Gyampoh.

«Il ne s’agit pas seulement de savoir lesquelles de ces pratiques fonctionnent, mais aussi de comprendre pourquoi d’autres échouent. Ceci est important afin d’éviter les erreurs à répétition. Ce qui fonctionne comme un savoir traditionnel efficace aujourd’hui, l’est devenu à travers des années d’expérimentation et d’adaptation dans un environnement qui change naturellement, dit-il.

«Le défi des communautés de nos jours est le rythme rapide des changements environnementaux, face à la lenteur avec laquelle leurs pratiques évoluent.»

Johnson Nkem, co-auteur de l’étude du CIFOR, est du même avis. Bien que les savoirs traditionnels soient importants, la connaissance ‘moderne’ ou scientifique demeure impérative, dit-il.

«Le développement des connaissances locales se base sur des événements récurrents, qui permettent aux communautés de construire des capacités au fil du temps pour s’adapter aux impacts du climat, ce qui n’est pas le cas avec les événements extrêmes et soudains», explique M. Nkem.

«Les techniques et pratiques modernes ont tout à apprendre des pratiques traditionnelles», dit-il.

«Le développement des connaissances ne provient pas du vide. Il n’existe rien de scientifique ou de moderne qui ‘surgit’ de nulle part. Chaque aspect de la connaissance moderne est né des coutumes, des croyances, des principes, des pratiques, des idées et de la sagesse uniques des personnes à un moment et dans un lieu donnés. »

«C’est cela le savoir traditionnel.»

 

Pour plus d’informations sur les sujets abordés dans cet article, veuillez contacter Michael Balinga sur m.balinga@cgiar.org. 

Avec les informations complémentaires d’Andrea Booth.

Ce travail s’inscrit dans le cadre du Programme de recherche du CGIAR sur les forêts, les arbres et agroforesterie.

* Liens non traduits en français

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