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L’Afrique de l’Ouest adopte une approche régionale pour gérer les écosystèmes forestiers

Une gestion plus efficace des forêts: les gouvernements africains agissent.
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A villager makes his way through a dry forest in Burkina Faso, West Africa. More than 870,000 ha of forests were lost in a region of West Africa each year between 2000 and 2010, according to FAO.

Un villageois traverse une forêt sèche au Burkina Faso, en Afrique de l’Ouest. Plus de 870 000 ha de forêts ont disparu chaque année en l’Afrique de l’Ouest entre 2000 et 2010, selon la FAO. Daniel Tiveau/CIFOR

ABIDJAN, Côte d’Ivoire – En réponse au déclin dramatique de la couverture forestière en Afrique de l’Ouest, 15 pays membres de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) ont convenu de travailler ensemble au-delà des frontières, afin de protéger et de gérer les forêts et la faune de la région.

«Les États ont besoin de politiques communes sur la façon de gérer leurs ressources. Beaucoup d’enjeux liés aux forêts, tels que le bétail ou les animaux sauvages qui traversent les frontières nationales au fil des saisons, ne peuvent pas être gérés par un pays seul», dit Michael Balinga, scientifique au Centre de recherche forestière internationale (CIFOR) en Afrique de l’Ouest, qui a participé aux réunions.

«Cette décision envoie un message fort: les gouvernements sont sérieux au sujet de la gestion plus efficace de leurs forêts – nous disposons enfin d’un document politique pour l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest.»

Le Plan de convergence pour la gestion et l’utilisation durables des écosystèmes forestiers en Afrique de l’Ouest a été adopté parallèlement au Programme d’action sous-régional de lutte contre la désertification lors d’une réunion le 12 septembre 2013.

La réunion a également recommandé que les États membres augmentent les investissements actuels dans le secteur forestier d’au moins 5% de leurs budgets nationaux, et que 50% du budget final pour le plan de convergence soient affectés aux activités sur le terrain.

Les États ont besoin de politiques communes sur la façon de gérer leurs ressources. Beaucoup d’enjeux liés aux forêts ne peuvent pas être gérés par un pays seul

Michael Balinga

«Les ministres eux-mêmes ont avancé le chiffre de 5%», déclare M. Balinga. «Mais ce pourcentage pourra monter ou descendre quand davantage d’études seront menées pour examiner la contribution du secteur forestier dans chaque pays.»

Selon le plan de convergence, les forêts et les zones boisées occupent environ 72 millions d’hectares du territoire de l’Afrique de l’Ouest, soit environ 14% des terres. En dehors de leur valeur pour l’économie en tant que bois de feu et bois d’œuvre, le plan indique que les forêts fournissent une variété de services écosystémiques qui soutiennent le développement et d’autres secteurs, tels que l’agriculture, l’eau et l’énergie. En tant que puits de carbone, les forêts jouent également un rôle important dans la lutte contre le changement climatique en stockant des gaz à effet de serre.

Cependant, l’Évaluation des ressources forestières mondiales 2010 de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a rapporté que 870 000 ha de forêts ont été perdus chaque année dans la sous-région entre 2000 et 2010. Le plan de convergence note que ces pertes étaient principalement dues à la coupe illégale, aux feux de brousse, à l’agriculture extensive (agriculture à faible productivité sur de grandes superficies de terres) et à la transhumance (déplacement du bétail d’une zone de pâturage vers une autre), ainsi qu’à des contraintes juridiques, politiques, techniques et économiques.

En réponse à la destruction intense des forêts dans la sous-région, les États membres ont lancé en 2006 le Dialogue sur les forêts en Afrique de l’Ouest, afin de développer des approches plus collaboratives de gestion transfrontalière des forêts et de la faune sauvage.

En plus des gouvernements nationaux, le processus a engagé des organisations régionales, des organisations non gouvernementales, le secteur privé, la société civile et des institutions, telles que l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), la FAO et le CIFOR. «Les chercheurs du CIFOR ont contribué en apportant des conseils concernant les approches qui ont fonctionné auparavant, et les aspects qui pourraient poser des problèmes techniques», dit M. Balinga, l’un des scientifiques du CIFOR qui a soutenu le processus depuis 2006.

Le processus a été long, notamment parce qu’il a fallu construire un consensus en chemin. Chaque pays a préparé un rapport nourri de consultations avec les principales institutions forestières aux niveaux national et international, ainsi qu’avec des ONG, la société civile et d’autres parties prenantes. Ces études nationales ont ensuite été résumées en trois documents sectoriels portant sur la faune sauvage, les aires protégées et l’écotourisme; les enjeux juridiques et fonciers; et les aspects socio-économiques de la gestion forestière.

Quand les gouvernements commencent à apporter un capital d'amorçage, cela incite les bailleurs de fonds à ajouter leurs propres fonds

Michael Balinga

S’appuyant sur ces trois rapports, le plan de convergence présente une vision de la gestion durable des ressources forestières et fauniques pour le bénéfice des hommes et de l’environnement d’ici 2025. Il identifie sept priorités:

  • Harmonisation des politiques et des législations forestières;

  • Meilleure connaissance de la dynamique actuelle des écosystèmes forestiers pour de créer une base de référence pour les actions futures;

  • Gestion et reboisement d’écosystèmes forestiers;

  • Conservation de la biodiversité;

  • Amélioration des biens et services écosystémiques pour la sécurité alimentaire, la stabilité économique et la durabilité environnementale;

  • Recherche forestière et le développement;

  • Information, éducation et communication.

«Les ministres ont également adopté l’idée de promouvoir les ‘économies vertes’», déclare M. Balinga. «Ce concept est relativement nouveau et tout le monde ne comprend pas ce que cela signifie, mais il s’agit d’un autre exemple de la manière dont Afrique de l’Ouest s’aligne avec le discours mondial sur la façon dont l’environnement devrait être géré.»

L’Afrique Centrale dispose déjà d’un plan sous-régional similaire, permettant aux pays de bénéficier d’une meilleure coordination et de davantage de fonds pour la protection et la gestion des forêts, souligne M. Balinga.

«Nous espérons qu’il en sera de même en Afrique de l’Ouest», dit-il. «Quand les gouvernements commencent à apporter un capital d’amorçage, cela incite les bailleurs de fonds à ajouter leurs propres fonds.»

Le Comité de pilotage de la CEDEAO examinera en novembre les prochaines étapes de la mise en œuvre du plan de convergence.

«Avoir un accord sous-régional est une chose, mais le mettre en œuvre au niveau national en est une autre», déclare M. Balinga. «Chaque État devra développer le plan en identifiant des activités prioritaires et en y consacrant un budget.»

Pour plus d’informations sur les enjeux abordés dans cet article, veuillez contacter Michael Balinga sur m.balinga@cgiar.org

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Thèmes :   Forêts sèches