Cinq questions sur les Objectifs de Développement Durable et le rôle potentiel des paysages

Alors que les négociations de l'ONU sur le climat à Varsovie approchent, il est temps de faire le point sur le cadre du développement international dans lequel elles s'insèrent. Voici cinq questions clés à considérer.
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Peter Holmgren, directeur général du Centre de Recherche Forestière Internationale a récemment proposé un Objectif de Développement Durable basé sur quatre objectifs: fourniture de moyens de subsistance; services écosystémiques durables; pollution et efficacité des ressources; produits alimentaires et non-alimentaires produits. Photo: CIFOR/Daniel Murdiyarso

BOGOR, Indonésie (5 novembre 2013) — Alors que les négociations de l’ONU sur le climat à Varsovie approchent, il est temps de faire le point sur le contexte du développement international dans lequel elles s’insèrent. Voici cinq questions clés à considérer:

1. Le contexte : qui a demandé des Objectifs de Développement Durable et pourquoi?

En 2015 les objectifs et les indicateurs anti-pauvreté qui constituent les huit Objectifs du Millénaire pour le Développement de l’ONU (OMD) vont expirer. En 2012, le rapport du Groupe de travail des Nations Unies «Réaliser le futur que nous voulons pour tous» a reconnu que des progrès impressionnants ont été réalisés pour atteindre les OMD, bien que des défis demeurent pour accomplir les objectifs dans certains pays. Le rapport identifie aussi plusieurs défauts des OMD, surtout concernant leur échec à aborder l’environnement de manière intégrée et trans-sectorielle; le besoin de certains objectifs d’approfondir leur impact (par exemple, l’accès aux aliments nutritifs plutôt que le simple approvisionnement en quantité suffisante); et le défi de construire un partenariat pour le développement qui ne divise pas le monde entre les bénéficiaires d’une aide et les donneurs, mais esquisse des responsabilités communes et différenciées pour chacun. Un concept lancé par les décideurs – le triptyque eau-énergie-alimentation – vise à générer une économie durable et un environnement sain en tenant compte de la manière dont chacun des trois éléments interagissent et sont affectés par la prise de décision. Les scientifiques du Centre de Recherche Forestière Internationale (CIFOR) ont noté dans une étude récente le besoin de passer d’un point de vue axé sur la conservation à une intégration croissante des objectifs de réduction de la pauvreté.

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Peter Holmgren sur Twitter: @pholmgren

Afin de mieux aborder le rapport entre la pauvreté persistante et la dégradation de l’environnement à l’échelle mondiale, la Colombie, le Guatemala, le Pérou et les Emirats Arabes Unis ont appelé à un changement de paradigme – passer de l’environnement perçu comme l’un des huit vases clos (7 OMD) indépendant des sept autres, à un concept cohérent et englobant qui conçoit un environnement sain et productif comme un objectif transversal. Ces pays ont soumis leur proposition pour les Objectifs de Développement Durable (ODD) dans la phase préparatoire de la Conférence des Nations Unies sur le Développement Durable «Rio+20». Le document résultant de RIO+20 a apporté son soutien à cette position en mandatant un Groupe de travail ouvert de 30 membres de l’Assemblée générale des Nations Unies pour développer les ODD. Parallèlement, le Secrétaire général de l’ONU Ban Ki-Moon a chargé un «Groupe de haut niveau de personnalités éminentes» d’explorer le contexte général pour un Programme de développement post-2015.

2. Le processus : à quel stade en sommes nous actuellement, et quelles sont les prochaines étapes?

En mai 2013, le Groupe de haut niveau du Secrétaire général de l’ONU a soumis son rapport, recommandant cinq transformations pour un nouveau programme de développement. L’un d’entre eux appelle le monde à «mettre le développement durable au centre», s’écartant ainsi des ODD qui ne traitaient de durabilité que dans un seul des objectifs axé sur l’environnement. Le rapport exhorte aussi les pays à forger un «nouveau partenariat mondial» – hautement pertinent quand on considère les défis de la planète aujourd’hui: les effets néfastes du changement climatique, par exemple, frappent les pays de manière inégale et ne peuvent être combattus que quand le monde agit de façon collaborative.

Il est important de noter que la principale tâche de ce groupe de haut niveau est de fixer le cadre en proposant des lignes directrices générales au cours des années qui nous séparent de 2015. Cependant, le groupe n’a pas développé d’ODD – ce travail est toujours en cours, et du domaine du Groupe de travail ouvert de l’Assemblée générale de l’ONU (GTO). Jusqu’à présent, le GTO s’est réuni quatre fois autour de questions clés et a discuté, entre autres choses, de l’approche conceptuelle des nouveaux objectifs, de l’éradication de la pauvreté et de la dégradation de la terre. La prochaine étape des discussions, qui se termine en février, vise à construire autour des contributions rassemblées et des conseils d’un vaste groupe d’intervenants sur des thèmes centraux. Le réel travail de conception des ODD n’a pas encore commencé.

3. Paysages et ODD : quel est le potentiel des approches paysagères?

Lors des précédentes réunions sur les ODD au sein du GTO, les discussions traitaient toujours des problématiques indépendamment les unes des autres: dans une réunion, les membres analysent les dynamiques de population et les nouveaux schémas de consommation; une réunion distincte se concentre sur la production agricole, la désertification et la dégradation de la terre. Mais le réel défi est de connecter les points entre eux, de traduire les exemples précédents en questions concrètes: «Comment nourrirons-nous une population qui va atteindre les 9 milliards en 2050 sans imposer trop de pression sur nos écosystèmes? Comment améliorer la quantité et la qualité de l’alimentation sans causer de dommages irréversibles à notre planète?» L’agriculture est déjà considérée comme le principal facteur de déforestation mondial. Les approches paysagères qui tiennent compte des différentes activités terrestres offrent une manière intégrée de penser les relations entre l’environnement et le développement. Les secteurs terrestres, y compris l’agriculture, la foresterie, la pêche et les villes, sont cruciales pour atteindre les «5 Grandes» aspirations de développement que sont l’éradication de la pauvreté, la sécurité alimentaire, l’adaptation et l’atténuation du changement climatique, la conservation de la biodiversité et la création d’une économie verte. De même que la déforestation n’est pas un problème forestier, mais plutôt un problème entraîné par les demandes alimentaire et énergétique croissantes, la production alimentaire n’est pas un sujet purement agricole. Les productions agricoles dépendent de productions d’autres systèmes: on estime qu’environ 75% de l’eau douce, par exemple, provient de forêts qui agissent comme des éponges géantes dans le cycle de l’eau. Donc au lieu d’attribuer des responsabilités en fonction des secteurs et des d’objectifs spécifiques, aborder les paysages depuis un niveau conceptuel plus élevé peut conduire à une meilleure coordination parmi les utilisations terrestres concurrentes, afin que des objectifs de développement durable qui sont liés entre eux puissent être atteints.

4. Fixer l’agenda : à quoi peut ressembler un objectif sur les paysages durables?

Il y a différentes manières d’aborder les paysages durables comme ODD. Une option serait un objectif isolé consacré aux paysages. Pour assurer que cet objectif seul concerne différents aspects de l’utilisation des terres, il pourrait comprendre différents objectifs, avec chacun une série d’indicateurs pour mesurer leur progression. Par exemple, le directeur général du CIFOR, Peter Holmgren, a récemment proposé un ODD sur les paysages basé sur quatre objectifs: fourniture de moyens de subsistance; services écosystémiques durables; pollution et efficacité des ressources; produits alimentaires et non-alimentaires produits:

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Une autre alternative à un ODD isolé consacré aux paysages, serait la création d’objectifs qui recoupent plusieurs buts: un objectif sur la sécurité alimentaire, par exemple, pourrait être lié à la gestion de lignes de partages des eaux durables.

5. Questions ouvertes : qu’avons-nous encore à apprendre des paysages?

Réfléchir à une ODD sur les paysages soulève trois questions sur la conception de l’évaluation et la mise en œuvre d’un tel objectif.

Par le passé, les critiques se sont référés aux OMD comme «Objectifs Minimums de Développement». Ce qui pourrait paraître cynique à première vue correspond à une réalité: les huit objectifs sélectionnés comme OMD n’étaient pas en réalité ce que la plupart des états voulaient, mais ce sur quoi ils pouvaient se mettre d’accord. Les données et les méthodes dans de nombreux pays n’étaient tout simplement pas assez avancées pour couvrir plus que ces vases clos. En réalité, les gouvernements à travers le monde travaillent en secteurs et dans de nombreux pays en développement, en particulier dans les zones reculées, même les indicateurs basiques tels que les «taux de réussite scolaire» ne sont pas disponibles. Les OMD ont pris ce qui était disponible – si un programme de développement peut dépasser cela, de meilleures données et le renforcement des capacités des institutions nationales doivent figurer à l’agenda.

Deuxièmement, mesurer les conséquences du développement à travers le paysage requiert une conception agrégée: les points «positifs», tels que la création d’emploi et la croissance économique dans les secteurs terrestres doit être rapporté aux «négatifs», comme la pollution et les émissions. C’est une conception bien plus compliquée que les cadres précédents.

Enfin, la mise en œuvre d’un objectif combiné pour les paysages représente un défi en soi: les ministres et institutions gouvernementales alignés sur des secteurs comme «l’environnement», «l’énergie», ou «l’agriculture» sont toujours une réalité dans la plupart des pays, et une intégration horizontale fait défaut. Cette organisation traditionnelle se reflète aussi dans la manière dont les institutions internationales sont conçues et dans le fait que les accords internationaux relatifs à l’environnement et à la pauvreté co-existent parallèlement. Un objectif intégré sur les paysages pourrait aider à dépasser ces défis.

Bien que ces questions en suspens soient variées, la réponse est la même pour toutes: nous avons besoin d’une recherche plus poussée sur les manières dont les paysages durables soutiennent le développement et sur les solutions de politiques combinées pour les encourager.

Pour plus d’information sur les questions discutées dans cet article, veuillez contacter Ann-Kathrin Neureuther sur a.neureuther@cgiar.org.

Ce travail s’inscrit dans le cadre du Programme de recherche du CGIAR sur les forêts, les arbres et l’agroforesterie.

Certains thèmes seront couvert lors du Forum mondial sur les paysages à l’occasion de la Conférence de l’ONU sur le changement climatique en novembre 2013.

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