Focus sur le suivi des zones humides riches en carbone lors des négociations climatiques de l’ONU

De nouvelles lignes directrices pour le calcul des émissions de carbone issues des zones humides vont donner une image plus précise des trésors enfouis.
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De nouvelles lignes directrices, qui seront présentées lors du prochain sommet de l’ONU sur le climat à Varsovie, offrent de meilleures méthodes pour aider les pays à mesurer plus précisément les fluctuations de carbone dans les zones humides, dit Daniel Murdiyarso, directeur scientifique au Centre de Recherche Forestière Internationale. Photo: CIFOR/James Maiden

BOGOR, Indonésie (4 novembre 2013) – De nouvelles lignes directrices pour le calcul des émissions de carbone issues des zones humides vont donner une image plus précise des trésors enfouis. Il existe quantité considérable de carbone, souvent sous-estimée, qui passe inaperçue puisqu’elle est stockée sous terre, selon les experts.

Les zones humides tropicales, y compris les marais de palmiers et les mangroves, sont des puits de carbone importants. Mais jusqu’à 80% de ce carbone est stocké dans une couche recouverte de tourbe. Comme la profondeur et l’étendue de la couche de tourbe peuvent varier, il est difficile de mesurer le volume et de calculer la quantité de carbone qui y est stockée.

Les nouvelles lignes directrices, qui seront présentées lors du prochain sommet de l’ONU sur le climat à Varsovie, offrent des méthodes améliorées qui aideront les pays à mesurer avec plus de précision les fluctuations de carbone dans les zones humides, déclare Daniel Murdiyarso, directeur scientifique au Centre de Recherche Forestière Internationale (CIFOR).

Les marais de palmiers, les mangroves et les tourbières des régions tropicales disparaissent rapidement car ils sont drainés pour la pisciculture, l’agriculture et le développement des infrastructures. Reconnaître leur valeur pourrait constituer une incitation à la conservation.

«Les mangroves et les zones humides des forêts tropicales n’ont pas reçu l’attention qu’elles méritent, parce que peu d’information scientifique était disponibles jusqu’alors», explique M. Murdiyarso. «Mais les publications scientifiques fournissent désormais davantage d’information, notamment sur les émissions de carbone.»

Une partie du problème réside dans le fait qu’une zone marécageuse parsemée de palmiers ne semble pas stocker beaucoup de carbone, alors que sa surface recouverte d’eau dissimule une couche de tourbe. Or les tourbières et les autres zones humides, telles que les mangroves côtières, sont considérées comme des écosystèmes à «haute teneur en carbone». Les mangroves tropicales stockent 20 milliards de tonnes de carbone (mesurées en pétagrammes de carbone, ou PgC) à travers le monde ; les tourbières tropicales stockent 89 PgC, selon un article coécrit par M. Murdiyarso et publié en octobre dans la revue «Carbon Management».

Environ trois quarts de ces zones humides se trouvent en Asie du Sud-est, 11% en Amérique du Sud, 9% Afrique, 3% Amérique centrale et les Caraïbes, et de petites quantités se situent dans d’autres pays de l’Asie et des îles du Pacifique.

Le défi du changement climatique

Comme les tourbières ont une grande capacité de stockage du carbone, leur conservation et leur restauration peuvent aider à atténuer l’impact du changement climatique, selon M. Murdiyarso.

Pourtant de nombreuses zones humides sont détruites ou dégradées parce que leur sol riche et leur emplacement dans des zones tropicales de plaine plate ou le long des côtes les rendent attractives pour des opérations industrielles, telles que la pisciculture et les plantations de palmiers à huile ou de bois.

Lorsque la tourbe est déterrée ou brûlée pour faire place à d’autres utilisations, le carbone est libéré, provoquant d’importantes émissions de gaz à effet de serre. Les feux allumés pour défricher les tourbières pour les plantations de bois ou de palmiers à huile en Indonésie produisent une fumée épaisse qui, dans le cas de l’Indonésie, peut s’étendre à d’autres pays.

La plupart des pays ne disposent pas de recensement précis de leurs tourbières, qui permettrait de quantifier le stockage du carbone ou les émissions de gaz à effet de serre. Cette mesure est particulièrement délicate car la couche de tourbe est souterraine et subaquatique, son épaisseur peut également varier d’un endroit à un autre de la même zone, déclare M. Murdiyarso.

Les nouvelles lignes directrices approuvées par le Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Évolution du Climat proposent des méthodes plus précises pour calculer le stockage du carbone et les facteurs d’émission – les taux d’émission moyens d’un gaz à effet de serre particulier, provenant d’une source donnée – dans les tourbières, les marécages, les marais et les herbiers marins.

Des calculs plus précis permettraient aux pays d’inclure les tourbières, les mangroves et d’autres zones humides dans des programmes de financement du carbone. Toutefois, à eux seuls, les crédits de carbone pourraient ne pas suffir à fournir une incitation à conserver les zones humides, car les usages agricoles ou industriels sont plus rentables à court terme, dit M. Murdiyarso.

Mais combinée à d’autres services écosystémiques, la valeur du carbone stocké pourrait inciter les pays à conserver les zones humides ou à les convertir pour des utilisations à faible émission, dit-il.

Les zones humides offrent également des possibilités de combiner des stratégies d’atténuation et d’adaptation climatiques. Dans le Programme d’Adaptation et d’Atténuation Durables des Zones Humides (SWAMP) du CIFOR, des scientifiques étudient des moyens pour mieux gérer les zones humides, afin de lutter contre le changement climatique et d’aider les populations locales à maintenir leurs moyens de subsistance.

Par exemple, la conservation des marais de palmiers dans la forêt tropicale atténue non seulement le changement climatique en stockant le carbone et en évitant les émissions de gaz à effet de serre, mais elle fournit également aux populations locales des fruits pour leurs familles ou pour la vente, affirme M. Murdiyarso.

Le long des côtes tropicales, les sédiments qui s’accumulent dans les mangroves assurent une protection contre l’élévation du niveau de la mer liée au climat. En même temps, les mangroves fournissent une frayère pour les poissons et un habitat pour certains mollusques qui sont une source importante de nourriture et de produits commerciaux pour les habitants locaux.

«Le problème avec la promotion de ces types de services écosystémiques est que nous ne connaissons pas leur valeur monétaire exacte», dit M. Murdiyarso. «Ils deviennent moins attrayants si vous n’avez pas de chiffres.»

Les nouvelles lignes directrices sont une étape vers le calcul de ces chiffres. Ainsi, M. Murdiyarso espère que la conférence de l’ONU sur le climat à Varsovie rendra les pays plus conscients de la valeur de leurs tourbières, mangroves et autres zones humides riches en carbone.

«Il est maintenant temps que cet écosystème à haute teneur en carbone figure en haut de l’agenda», dit-il. «Nous avons plus de connaissances et maintenant nous disposons des lignes directrices de la communauté scientifique. Il n’y a aucune raison d’attendre davantage.»

Pour plus d’informations sur les sujets abordés dans cet article, veuillez contacter Daniel Murdiyarso sur d.murdiyarso@cgiar.org

Ce travail s’inscrit dans le cadre du Programme de recherche du CGIAR sur les forêts, les arbres et l’agroforesterie et est soutenu par l’USAID, la NORAD et l’AUZAID Agence pour le développement international, l’Agence norvégienne de coopération pour le développement et l’AusAID.

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