Un lac Ouest Africain sert de laboratoire de terrain pour la recherche paysagère à long terme

D'année en année, on observe de moins en moins ces longues rangées de véhicules, d'ânes et de piétons qui se forment aux traversées infranchissables des rivières autour du lac Bam.
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Le lac Bam est l’un des huit programmes des Paysages Sentinelles d’Afrique de l’Ouest identifiés au niveau mondial par le CIFOR et ses partenaires. CIFOR/Ollivier Girard

BOGOR, Indonésie (29 octobre 2013) – D’année en année, on observe de moins en moins ces longues rangées de véhicules, d’ânes et de piétons qui se forment aux traversées infranchissables des rivières autour du lac Bam.

Est-ce le résultat d’une meilleure infrastructure routière? Ou du recul des niveaux d’eau du lac? Quel est le rôle du changement climatique? Ceci est difficile à déterminer, en partie parce qu’il existe peu de recherches qui abordent tous ces facteurs, selon un scientifique du Centre de Recherche Forestière Internationale (CIFOR).

Un grand nombre de facteurs naturels et humains influencent l’environnement dans la région du lac Bam dans le nord du Burkina Faso. Par conséquent, les approches fragmentées et à court terme de la recherche ici et dans d’autres paysages forestiers ont largement échoué à traiter la situation dans son ensemble, selon Michael Balinga, chercheur régional pour le CIFOR en Afrique de l’Ouest, basé à Ouagadougou, la capitale.

Une nouvelle approche de recherche collaborative pourrait apporter un aperçu de l’évolution des paysages forestiers au cours des décennies à venir dans des sites clés tels que celui du lac Bam, dit M. Balinga.

C’est la raison pour laquelle le lac Bam est l’un des huit programmes des Paysages Sentinelles d’Afrique de l’Ouest identifiés (WASL) au niveau mondial par le CIFOR et ses partenaires. Les paysages sentinelles agissent comme des laboratoires de terrain pour observer les changements et leurs facteurs déterminants – qu’ils soient d’origine humaine ou naturelle.

Une nouvelle approche de la recherche

«Dans le passé, l’organisation de la recherche s’organisait en fonction des financements et des intérêts individuels des chercheurs, donc elle reflétait un aspect à un moment donné», dit M. Balinga, coordinateur du WASL.

Les scientifiques vont recueillir des données et mesurer les changements dans chacun des huit paysages sentinelles afin de mieux comprendre comment ces zones interagissent avec les processus globaux. L’objectif général de cette approche est d’examiner le rôle des forêts en lien avec d’autres résultats sur les utilisations terrestres et les moyens de subsistance, pour soutenir l’amélioration de la gestion des ressources naturelles et contribuer à la prise de décision globale.

Une nouvelle approche de la recherche forestière permettra d’étendre la période classique des projets scientifiques de trois à cinq ans d’étude, à des décennies de collecte et d’analyse de données interdisciplinaires, afin d’approfondir la connaissance scientifique sur les milieux forestiers, dit M. Balinga.

«L’approche des paysages sentinelles est destinée à remplacer une vue momentanée par une vue sur le long terme – des décennies de surveillance continue sont nécessaires si nous voulons comprendre les processus à long terme, tels que le changement climatique», ajoute-il.

Selon M. Balinga, la collaboration entre les divers scientifiques sur l’approche des paysages sentinelles permettra également d’élargir le champ de leurs recherches. «C’est comme si nous faisions un zoom arrière sur les forêts et commencions à voir comment les différents facteurs sont liés, avec une vision grand angle», explique M. Balinga.

Au cours des deux dernières années, les scientifiques ont sélectionné plusieurs paysages pour réaliser un examen sentinelle, recoupant une gamme de systèmes forestiers différents à travers le monde entier. Six sont d’ordre géographique (deux en Amérique latine, en Asie du Sud-est ainsi qu’en Afrique) et deux d’ordre thématique (une recherche sur l’industrie de l’huile de palme et une sur les forêts tropicales de production).

Le Paysage Sentinelle d’Afrique de l’Ouest s’étend de l’est du Mali au nord du Togo. Il a été choisi car ses caractéristiques sont représentatives de la région du Sahel dans son ensemble.

«C’est comme une tour de guet depuis laquelle nous allons recueillir des données à long terme sur l’évolution des diverses caractéristiques biophysiques, humaines et environnementales», explique M. Balinga.

Les sites sentinelles

Au Burkina Faso, le lac Bam est l’endroit où les scientifiques peuvent étudier l’impact de certains des anciens processus qui influencent les changements dans le paysage. Sa longue histoire de culture du coton liée aux migrations et à la déforestation, a rendue la région plus sèche et ses sols plus pauvres.

Plus au sud du Burkina Faso, un autre site sentinelle, Kassou, est un poste idéal pour observer un processus plus récent. «La culture du coton se déplace vers le sud, où il y a plus de forêts et de terres fertiles», dit M. Balinga.

«Les mêmes décisions et et les mêmes facteurs auront-ils les mêmes effets ici qu’au lac Bam? Peut-être que oui, peut-être que non – la zone est plus humide, la culture et l’ethnicité des personnes sont différentes. C’est ce que nous souhaitons savoir.»

Depuis une première réunion à Ouagadougou en janvier dernier, des chercheurs, provenant d’organisations locales et internationales du Paysage Sentinelle d’Afrique de l’Ouest ont travaillé ensemble pour déterminer comment recueillir des données «de base». Ces données sont le point de départ à partir duquel ils observeront les facteurs comme les situations économiques et sociales, l’utilisation des terres et la dégradation des forêts.

«C’est l’occasion pour les différents chercheurs et institutions de partager les ressources, les données et les résultats, de sorte que nous disposions d’un vaste programme de recherche, couvrant les différents éléments liés entre eux. Aucune institution ou aucun chercheur seuls ne pourraient les couvrir», déclare M. Balinga.

La collaboration et des méthodologies standardisées éviteront la duplication du travail entre les scientifiques et persuaderont les donateurs d’engager des fonds pour la recherche à long terme, dit-il.

Pour plus d’informations sur les sujets abordés dans cet article, veuillez contacter Michael Balinga sur m.balinga@cgiar.org.

Certains de ces thèmes seront abordés durant le Forum mondial sur les paysages lors de la Conférence sur le changement climatique à Varsovie en novembre 2013.

Ce travail s’inscrit dans le cadre du Programme de recherche du CGIAR sur les forêts, les arbres et l’agroforesterie.

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