Interview: Les cartes des sources d’émissions alimentent les stratégies sur le changement climatique

Les cartes localisant les principales sources d’émissions de gaz à effet de serre peuvent contribuer améliorer la gestion des terres dans les pays qui préparent des stratégies d'atténuation du changement climatique, selon un scientifique.
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L’élevage et le riz sont nécessaires et une partie de la forêt va être perdue. Mais il faut compenser les gains et les pertes liés à la pratique de l’un et l’autre, selon Mariana Rufino, scientifique au Centre de Recherche Forestière Internationale. CIFOR/Yayan Indriatmoko

VARSOVIE, Pologne (16 novembre 2013) – Les cartes localisant les principales sources d’émissions de gaz à effet de serre peuvent contribuer améliorer la gestion des terres dans les pays qui préparent des stratégies d’atténuation du changement climatique, selon un scientifique.

«Nous souhaitons améliorer la précision des estimations et établir une norme globale pour les principales sources d’émissions de gaz à effet de serre», déclare Mariana Rufino, une scientifique chevronnée travaillant pour Changement climatique, Agriculture et Sécurité Alimentaire (CCAFS) et pour le Centre de Recherche Forestière Internationale (CIFOR).

«L’atténuation implique de prendre des décisions sur la façon de ralentir ou d’empêcher le changement climatique», dit Mme Rufino, ajoutant que les cartes des principales sources aideront les décideurs politiques et contribueront aux négociations internationales sur le climat.

Mme Rufino a parlé de son travail en amont des négociations climatiques de l’ONU à Varsovie. La surveillance, la vérification et la notification des émissions étaient un sujet majeur de débats lors des négociations.

Q: Quel est le but de cette recherche?

R: En général, tout le monde sait que la déforestation est un problème, que le bétail crée des problèmes d’émissions et que le riz dégage du méthane, mais cela arrivera. L’élevage et le riz sont nécessaires et une partie de la forêt va être perdue. Mais il faut compenser les gains et les pertes liés à la pratique de l’un et l’autre

Q: Quelles techniques utilisez-vous pour mesurer les émissions?

R: Les scientifiques prélèvent des échantillons de gaz du sol, les analysent en utilisant un matériel de laboratoire approprié et convertissent ces mesures en émissions afin de déterminer combien de kilogrammes d’équivalent de CO2 sont émis par mètre carré ou par hectare. De nombreux pays en voie de développement ne disposent pas de ces chiffres sur les activités terrestres. A travers le monde, de très nombreux pays estiment les émissions de leurs activités agricoles ou forestières à partir d’estimations externes – dont la plupart proviennent des États-Unis ou d’Europe. Par conséquent, ce qu’ils rapportent comme leurs émissions estimées est probablement loin de la réalité. Les scientifiques ont donc besoin de combler ce déficit de la recherche. Etablir des priorités, en se basant sur l’importance relative des émissions de gaz à effet de serre et le potentiel d’atténuation, aidera à déterminer par où commencer la collecte des données.

Q: Quelle est la stratégie globale?

R: Notre stratégie consiste à inclure uniquement les émissions terrestres de gaz à effet de serre (GES). Donc, l’analyse exclura les utilisations de combustibles fossiles par les humains. Elle consistera à cartographier les couches du sol, le climat, la végétation, les activités agricoles, les pertes dues à la dégradation des sols. Ces éléments seront ensuite combinés avec des facteurs d’émission, afin de calculer les émissions. Nous nous concentrons sur les émissions causées par les activités humaines. Puisque notre programme s’intéresse également à la sécurité alimentaire et à la réduction de la pauvreté, l’identification des interventions futures d’atténuation inclura le potentiel d’augmenter la productivité agricole. Nous devons agir rapidement pour les pauvres de notre société. Nous devons combiner les cartes des élevages, de la sylviculture et des zones humides, et nous trouver comment les combiner et où l’atténuation est possible.

Q: Quels progrès avez-vous réalisés jusqu’à présent?

R: Nous avons lancé ce défi de recherche il y a deux ans. Initialement, nous avons choisi deux sites, un au Kenya et un aux Philippines. Depuis, nous avons ajouté trois autres zones. Nous avons commencé par mesurer les émissions issues des paysages – directement à partir des paysages. Nous les avons caractérisées en considérant d’abord les usagers des terres. Nous savions que des agriculteurs utilisaient ces terres, mais nous avions besoin de déterminer quel type d’agriculteurs, quel genre d’activités ils pratiquaient, quels types de cultures et d’animaux ils produisaient et les niveaux de revenu qu’ils réalisaient par ces activités terrestres.

Une fois que nous avons compris comment la terre est utilisée, nous avons développé un modèle statistique et sélectionné quelques parcelles dans le paysage, puis nous avons commencé à mesurer les émissions – tous les gaz : le méthane, l’oxyde nitreux, le dioxyde de carbone et les stocks de carbone. Nous avons également mesuré la production et estimé l’économie de toutes les activités de production. Nous faisons cela depuis presque un an et nous prévoyons de continuer, mais cela coûte cher et demande beaucoup de travail, donc une grande équipe. D’où la nécessité de cibler les futures recherches sur des sites où les émissions sont élevées et où l’atténuation est possible.

Q: Comment s’assurer que les efforts d’atténuation sont fiables?

R: Les options d’atténuation peuvent ne pas paraître solides si elles ne sont pas mises dans le contexte de la variabilité climatique. Par exemple, durant une année elles peuvent sembler fonctionner vraiment bien, alors qu’une autre année elles pourraient sembler être un grand échec – il s’agit juste de la variabilité globale, propre aux systèmes naturels ou biologiques et liée au changement climatique.

Q: Comment ces cartes pourraient-elles aider les petits agriculteurs?

R: Le mieux que nous pouvons faire pour aider les agriculteurs face à la variabilité du climat, c’est de leur donner des informations afin qu’ils puissent prendre des décisions immédiates à court terme. Il peut s’agir, par exemple, de planter ou de ne pas planter du maïs, ou de choisir de cultiver plutôt du sorgho, ou de ne rien planter s’il y a un risque de perdre la culture et tout l’investissement financier. Quand ils peuvent gérer leur propre information, ils peuvent prendre des décisions concernant l’adaptation.

Les cartes détaillant les principaux foyers d’émissions de gaz à effet de serre peuvent aider les pays à prioriser les interventions d’atténuation, ce qui peut profiter aux agriculteurs, s’ils peuvent avoir recours à des mécanismes de financement. Les mécanismes de financement pour l’atténuation peuvent certainement poursuivre des synergies avec l’adaptation. Par conséquent, l’analyse des principales sources inclura la variabilité climatique, afin d’évaluer la consistance des interventions d’atténuation.

Q: Comment les agriculteurs peuvent-ils équilibrer adaptation et atténuation?

R: Concernant les décisions relatives à l’atténuation, les agriculteurs font des choix qui prennent en compte les changements climatiques. Les agriculteurs décident, par exemple, comment les engrais doivent être appliqués pour obtenir un maximum de grain. S’ils sont informés du fait qu’en changeant simplement la technique ils peuvent réduire les émissions de moitié, alors, pourquoi ne pas adopter une telle technique? Ceci est une décision d’atténuation sur le court terme qui peut inclure une décision d’adaptation sur le long terme. Il est prouvé que la gestion de la fertilité est judicieuse pour s’adapter à un climat changeant. Il s’agit donc d’un exemple de mesures d’atténuation et d’adaptation fonctionnant ensemble pour améliorer les moyens de subsistance.

Q: Quel est l’avenir de la cartographie des émissions de GES?

R: Ces estimations sont nécessaires partout dans le monde – j’en suis convaincue. Tôt ou tard, cela doit se faire partout. Les mécanismes de compensation seront nécessaires afin de mettre en œuvre des mesures d’atténuation. S’il s’agit d’un pays ayant de vastes zones de tourbières ou de zones humides – je parle ici d’une énorme quantité de tonnes de carbone émises – alors un mécanisme d’atténuation devra compenser l’impact sur le développement économique dans cette région et la conservation des écosystèmes riches en carbone.

Pour plus d’informations sur les sujets abordés dans cet article, veuillez contacter Mariana Rufino sur m.rufino@cgiar.org.

Ce travail s’inscrit dans le cadre du Programme de recherche du CGIAR sur le changement climatique, l’agriculture et la sécurité alimentaire (CCAFS).

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