Martyr de l’Amazone: l’héritage de Chico Mendes

Impossible de parler des forêts dans la région de l'Acre, au Brésil, sans mentionner le héros local: le récolteur de caoutchouc, dirigeant syndicaliste et défenseur de l'Amazone Chico Mendes.
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Note de l’éditeur

Le 22 décembre 1988 – il y a 25 ans ce dimanche – Chico Mendes était assassiné.

Au cours de sa vie, Mendes s’est battu pour les droits des récolteurs de caoutchouc dans sa région natale de l’Acre, au Brésil, ainsi que pour la protection des forêts amazoniennes, dont dépendaient leur moyens de subsistance. La lutte de Mendes a mené à un profond changement dans son pays, dont l’un, et pas des moindres, a été la reconnaissance du droit à la propriété des peuples des forêts sur leurs ressources, ouvrant la voie à une gestion plus durable pour l’environnement des forêts de l’Acre.

Alors que le CIFOR a étendu ses recherches à l’ouest de l’Amazone ces dernières années, il était impossible de rater l’impact durable que Chico Mendes a eu dans l’Acre. Un récent reportage spécial de Forest News sur le travail du CIFOR dans la région comprenait l’examen de l’héritage de Mendes. A l’occasion du 25ème anniversaire de sa mort, nous revisitons ce reportage.

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Impossible de parler des forêts dans la région de l’Acre, au Brésil, sans mentionner le héros local: le récolteur de caoutchouc, dirigeant syndicaliste et défenseur de l’Amazone Chico Mendes.

Sa mort brutale il y a 25 ans a fait la une des journaux à travers le monde, et bien que la violence envers les militants de l’Amazone n’ait pas diminué, la mort de Mendes a eu un énorme impact sur le mouvement de protection de l’Amazone, galvanisant ses supporters qui se battent pour une forme nouvelle de développement durable de l’environnement dans l’Acre.

Chico Mendes grandit dans une famille pauvre près de la petite ville amazonienne de Xapuri dans l’Acre dans les années 40. Ses parents, comme beaucoup d’autres, s’étaient installés dans les forêts de l’ouest de l’Amazone pour récolter le latex sur les arbres à caoutchouc locaux utilisé pour l’effort de guerre.

Dès 9 ans, Mendes commença à travailler comme récolteur de caoutchouc (seringueiro) pour un grand propriétaire. Et bien qu’il n’ait jamais reçu aucune éducation formelle, il finit par apprendre à lire, écouter des stations de radio étrangère et devint vivement conscient de l’exploitation et des injustices que lui et ses collègues seringueiros enduraient entre les mains des barons du caoutchouc.

Since Chico Mendes’ death, 48 extractive reserves have been established in Brazil, bringing positive development and conservation outcomes to local communities. Praveen Tomy

Depuis la mort de Chico Mendes, 48  réserves extractives ont été établies au Brésil, permettant un développement positif et une conservation avérée aux communautés locales. Photo: Praveen Tomy

Dans les années 1970, les seringueiros commencèrent à s’organiser. Chico Mendes aida à créer un syndicat de travailleurs agricoles à Xapuri et commença à se battre pour les droits ruraux.

En 1980, il avaient forgé un puissant mouvement social populaire, établissant un Conseil national des récolteurs de caoutchouc et rassemblant une alliance constituée de seringueiros, riverains de fleuves et peuple indigènes. Devenus célèbres sous le nom de «Peuples des forêts» ils défendaient les droits des gens pauvres et luttaient contre la déforestation.

Dans les années 70 et 80, le Brésil était en proie à une dictature militaire qui encourageait la déforestation de l’Amazone pour l’élevage bovin. Une partie de cette politique d’expansion de la frontière agricole consistait à expulser les seringueiros de leurs plantations de caoutchoucs par des éleveurs qui voulaient défricher la forêt. Le gouvernement offrit de reloger ces familles dans des projets de colonisation ailleurs dans l’état, où beaucoup souffrent de la pauvreté, la maladie et de la dislocation du tissus social.

Chico Mendes et ses supporters ripostèrent. Des familles occupèrent pacifiquement des zones forestières visées par les éleveurs – une tactique baptisée empate. Ils se dressèrent face aux tronçonneuses et bloquèrent les bulldozers.

«Au départ, je pensais que je me battais pour sauver les arbres à caoutchouc; puis j’ai pensé que je me battais pour sauver la forêt tropicale amazonienne. Maintenant je réalise que je me bats pour l’humanité», a déclaré Mendes.

Cet article fait partie d’un dossier multimédia sur la forêt tropicale d’Amazonie à retrouver sur:
blog.cifor.org/amazon

Devenu président du Conseil national des récolteurs de caoutchouc, il lia des partenariats avec le mouvement international de protection de l’environnement et fut un pionnier de l’idée de «réserve extractives» comme moyen pour les peuples des forêts de gagner leur vie tout en protégeant la forêt.

Mais cela provoqua la colère des puissants propriétaires et de leurs bailleurs de fonds. En 1987, Mendes déjoua les plans de l’éleveur Darly Alves Da Silva qui voulait défricher une zone de forêt pressentie pour devenir réserve naturelle.

Le 22 décembre 1988, Mendes a été abattu à l’extérieur de sa maison à Xapuri. Da Silva, son fils et un autre homme ont été reconnus coupable du meurtre.

Marcos Afonso, ami de Mendes devenu Directeur de la Bibliothèque de l’Acre sur la Forêt, estime que les éleveurs ont commis une énorme erreur.

«Ils ont supprimé le leader pour affaiblir la résistance. Mais elle s’est, au contraire, accrue», dit-il.

Le meurtre a suscité une vague d’indignation internationale et de grandes manifestations dans tout le Brésil. «Bien sûr, nous avons été attristés par son meurtre et nous avons beaucoup pleuré. Mais le combat en est sorti grandi», dit Afonso.

«L’héritage de Chico, c’est son courage, sa détermination, et sa croyance en un future différent pour l’Amazone.

Dix ans après sa mort, les alliés de Mendes ont été porté au pouvoir dans l’Acre, établissant un «Gouvernement de la Forêt» auto-proclamé, et instituant une série de lois vertes et de développement faible en carbone visant à préserver la bande d’Amazone restante dans l’état.

«Notre état constitue une référence internationale pour une utilisation intelligente des ressources de la forêt sans destruction forestière», dit Afonso.

L’héritage de Mendes ne se limite pas à l’Acre, il s’étend à travers le Brésil. Un an après sa mort, la première réserve extractive du pays a été créée; maintenant, il y en a au moins 48, couvrant plus de 12 millions d’hectares de l’Amazone. Les recherches du CIFOR dans certaines de ces réserves ont conclu qu’elles avaient permis un développement positif et une préservation avérée.

«Le mouvement des seringueiros que Chico Mendes a dirigé a été le catalyseur d’un profond changement au Brésil», selon le chercheur du CIFOR Peter Cronkleton.

«Par conséquent, les peuples des forêts à travers le Brésil ont eu l’opportunité de voir leurs droits sur les ressources forestières reconnus.»

«En fait, au-delà des réserves extractives, ces changements ont mené à de nombreux modèles de propriétés innovantes, telles que les réserves de développement durable et les colonies agro-extractives qui permettent aux personnes rurales de maintenir des moyens de subsistances basés sur les forêts», dit-il.

Il y a toujours de nombreux défis dans l’Amazone brésilien. Selon une ONG brésilienne, près de 1000 personnes ont été tuées au cours de disputes sur des terres rurales à travers l’Amazone brésilien depuis 1985.

Et bien que les taux de déforestation aient beaucoup chuté depuis l’époque de Mendes, la forêt demeure menacée, par le feu, l’exploitation non-durable, le développement des infrastructures et l’expansion agricole.

Mais Afonso pense que Mendes serait fier des avancées de l’Acre.

«Je parle souvent aux enfants de Chico et je leur demande ‘Que penserait Chico Mendes de ce que nous faisons aujourd’hui?’ Ils répondent toujours ‘Il serait très content’», dit Afonso.

«S’il était toujours en vie, Chico Mendes serait heureux – et continuerait de se battre pour l’Amazone, parce que c’est un combat sans fin. Il y a de vieilles forces obsolètes dans les secteurs politique et économique, qui ont toujours une vision anthropocentrique du développement.»

«Nous devons continuer de résister et de développer de nouvelles idées et modèles», dit-il. «Mais je pense que nous faisons justice à l’héritage de Chico.»

Pour plus d’information sur les questions discutées dans cet article, veuillez contacter Peter Cronkleton sur p.cronkleton@cgiar.org.

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