Le passé féodal décourage encore les agriculteurs éthiopiens de planter des arbres

Malgré les mesures récentes visant à encourager les agriculteurs éthiopiens à planter des arbres sur leurs terres, le passé féodal complexe du pays persiste toujours à décourager la plantation d'arbres dans le pays, selon une étude réalisée par le Centre de Recherche Forestière Internationale (CIFOR).
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If Ethiopia is to meet next year’s wood demand, it will have to plant trees on 6 million hectares of land. Trees for the Future/Flickr

Si l’Ethiopie compte répondre à la demande en bois 2014, il faudrait y planter des arbres sur 6 millions d’hectares. Photo: Trees for the Future/Flickr

BOGOR, Indonésie (26 décembre 2013) _ Malgré les mesures récentes visant à encourager les agriculteurs éthiopiens à planter des arbres sur leurs terres, le passé féodal complexe du pays persiste toujours à décourager la plantation d’arbres dans le pays, selon une étude réalisée par le Centre de Recherche Forestière Internationale (CIFOR).

«La plantation d’arbres sur les exploitations agricoles est influencée par le sentiment de sécurité des agriculteurs par rapport à leur régime foncier. Depuis l’expansion du royaume éthiopien au XIIIème siècle, durant laquelle les rois dégradaient les paysages partout où ils allaient, de nombreux agriculteurs ont cessé de planter des arbres», déclare Habtemariam Kassa, chercheur au CIFOR et auteur principal de Étudier le passé des paysages : Expliquer l’absence de plantation d’arbres sur les fermes en Ethiopie.

Si les activités de plantation d’arbres ne s’intensifient pas, les Éthiopiens ne risquent pas seulement de subir davantage de dégradation de leurs terres selon M. Kassa, ils perdent également l’opportunité de tirer parti des opportunités d’affaires potentiellement lucratives de la foresterie commerciale.

En 2010-2011, l’Agence centrale des statistiques de l’Éthiopie a signalé que l’indice national du taux de pauvreté – la part de la population dont le revenu ou la consommation est en-dessous du seuil de pauvreté – s’élevait à 29,6%. Les revenus annuels globaux des ménages pourraient être augmentés d’au moins 30% si les agriculteurs plantaient des arbres sur leurs terres impropres à la production agricole, indique une étude de 2003.

«Durant la même période, les importations de bois et d’autres produits ligneux de l’Éthiopie s’élevaient à plus de 120 millions de dollars», explique M. Kassa.

«Il existe donc des opportunités commerciales importantes au niveau national, dont pourraient profiter les agriculteurs qui feraient pousser des essences forestières. Il existe également une demande de la part des pays limitrophes et du Moyen-Orient», déclare M. Kassa.

Une demande debois en croissance constante

La plupart de la population rurale de l’Éthiopie dépend du bois combustible comme source d’énergie primaire. Des scientifiques ont prédit que pour répondre à la demande en bois de l’année à venir (qui est trois fois plus élevée que l’offre), l’Éthiopie devrait planter des arbres sur 6 millions d’hectares (14,8 millions d’acres) de terres. Le chemin à parcourir est long: une évaluation en 2000 a estimé la superficie plantée en Éthiopie à 216 000 hectares (534 000 acres).

«La demande en nourriture et en bois de la population urbaine et rurale pour la construction et pour l’énergie augmente à mesure que la population éthiopienne augmente. Cette demande doit être satisfaite en incluant les arbres dans l’équation, afin de réduire les factures d’importation exorbitantes de bois et d’éviter l’érosion des sols, la pénurie de nourriture et de bois, la sécheresse et la famine qui en résultent», dit M.Kassa.

Dans les pays tels que l’Éthiopie, où la dégradation des terres et la fréquence des sécheresses empêchent la production de cultures annuelles, l’arboriculture pourrait constituer une opportunité pour la réhabilitation des paysages, selon M. Kassa.

«Mais malgré cela, la plantation d’arbres demeure marginale.»

Depuis l’expansion du royaume éthiopien au XIIIème siècle, durant laquelle les rois dégradaient les paysages partout où ils allaient, de nombreux agriculteurs ont cessé de planter des arbres

Pour comprendre pourquoi les agriculteurs plantent parfois des arbres autour de leurs maisons, mais rarement sur leurs terres, M. Kassa et son équipe ont interrogé des agriculteurs, examiné des documents juridiques et utilisé des cartes et des images satellites pour examiner les tendances passées et actuelles dans la vallée éthiopienne du Rift.

Il en résulte une histoire féodale complexe qui a, pendant des centaines d’années, découragé les agriculteurs de planter des arbres sur leurs terres.

Que ton règne vienne

Au XIIIème siècle, les rois éthiopiens se déplaçaient constamment d’un endroit à un autre pour échapper à leurs ennemis. Accompagnés de dizaines de milliers de soldats et de partisans, ils ont épuisé les ressources en bois et dégradé les paysages de chaque région. Dès que le royaume éthiopien s’est étendu vers le sud, une grande partie de la terre est devenue la propriété de l’État. De vastes zones de terres agricoles ont alors été attribuées à des responsables militaires et des hauts fonctionnaires.

Les paysans sont devenus locataires, forcés de payer une partie de leur production aux nouveaux propriétaires des terres. Les propriétaires ont également découragé la plantation d’arbres parce qu’ils étaient en concurrence pour l’espace avec les céréales.

«Ceci peut avoir créé un sentiment d’instabilité qui a poussé les agriculteurs à ne pas planter d’arbres, en particulier dans le centre et le sud de l’Éthiopie», dit M. Kassa.

L’histoire de la plantation d’arbres en Éthiopie sur Dipity.

À la fin du XIXème siècle, le gouvernement a reconnu qu’il y avait une pénurie de bois et a commencé à prendre des mesures pour promouvoir la plantation d’arbres – les terres plantées avec des arbres ont été exemptées des taxes foncières et d’autres récompenses ont été remises aux agriculteurs qui avaient planté des arbres.

Cependant, selon l’étude, la réticence des agriculteurs à planter s’est maintenue.

On peut en partie blâmer des échecs politiques importants, dit-il – allant d’un manque de sécurité foncière et d’une histoire de pâturage libre à des changements brusques et radicaux dans les politiques de développement rural. Les auteurs pointent également le contrôle des prix et les exigences considérables en matière de permis de vente de bois produit sur les fermes.

«À moins que ces questions soient abordées, la dégradation des paysages en Éthiopie ne fera que s’aggraver», déclare M. Kassa.

La reconnaissance de l’importance des arbres

Le gouvernement éthiopien a commencé à reconnaître la nécessité de la sécurité foncière et les agriculteurs obtiennent maintenant des certificats de droit d’utilisation de leurs parcelles agricoles.

«Cependant, les aspects de la propriété des terres communales et des zones boisées restent toujours gouvernementaux et largement à accès libre. Ceci signifie que les agriculteurs restent probablement réticents à investir dans des activités de plantation d’arbres sur de telles terres», dit M. Kassa.

Au cours des cinq dernières années, le gouvernement éthiopien a progressivement reconnu le rôle des arbres dans l’atténuation et l’adaptation à la variabilité et au changement climatique.

Pendant la saison sèche, des millions de ménages agricoles entreprennent des mesures de conservation des sols et de l’eau, ils plantent également des arbres et protègent ces zones après leur réhabilitation. Un rapport récent présenté sur la radio nationale éthiopienne citait le ministère de l’Agriculture, expliquant que 8 millions d’hectares (19,8 millions d’acres) de terres ont été plantés d’arbres ces dernières années, dit M. Kassa.

Dans les prochains mois, une évaluation sera effectuée pour comparer les initiatives de plantation d’arbres menées par le gouvernement avec les activités de plantation d’arbres des petits exploitants, affirme M. Kassa, afin d’identifier les facteurs qui empêchent le succès de l’arboriculture.

«Mais est-ce que les arbres survivent? Quelle espèce est plantée et où? Qui est chargé de prendre soin des arbres après leur plantation et qui en bénéficiera? Ce sont des questions qui doivent encore être résolues», ajoute M. Kassa.

Pour plus d’informations sur les enjeux abordés dans cet article, veuillez contacter h.kassa@cgiar.org.

Ce travail s’inscrit dans le cadre du Programme de recherche du CGIAR sur les forêts, les arbres et l’agroforesterie et a été soutenu par le Conseil suédois de recherche, l’Agence suédoise de coopération internationale au développement et l’Agence autrichienne de développement.

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