Les paiements pour services environnementaux: un verre à moitié plein ou à moitié vide?

Les Paiements pour Services Environnementaux (PSE) peuvent à la fois sauver l'environnement et lutter contre la pauvreté: est-ce vrai, faux ou ni l'un ni l'autre?
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Les écosystèmes fournissent des bénéfices connus comme des services, allant de l’eau, du stockage du carbone et de la biodiversité au plaisir esthétique, aux possibilités de loisirs et aux usages spirituels. Photo: CIFOR/Aulia Erlangga

BOGOR, Indonésie (publication originale 23 juillet 2013) – Les Paiements pour Services Environnementaux (PSE) peuvent à la fois sauver l’environnement et lutter contre la pauvreté: est-ce vrai, faux ou ni l’un ni l’autre?

Pour deux scientifiques, les objectifs et l’impact potentiel des PSE font partie d’un débat de longue date qui a récemment pris une nouvelle tournure.

Avec 32 autres auteurs, Roldan Muradian – chercheur chevronné à l’Université Radboud de Nimègue aux Pays-Bas – a publié «Les paiements pour services écosystémiques et l’attraction fatale des solutions gagnant-gagnant» dans Conservation Letters, un journal qui met l’accent sur les sciences biologiques et sociales.

Sven Wunder, un directeur scientifique au Centre de Recherche Forestière Internationale (CIFOR), a publié une réponse dans le même journal: «Quand les paiements pour services environnementaux seront utiles à la conservation».

Les chercheurs affirment qu’ils ne se soucient pas trop savoir si PSE désigne des services «écosystémiques» ou «environnementaux». À en juger par leur travail, il existe des divergences plus profondes, à commencer par la définition même des PSE.

L’essence des PSE

Les écosystèmes fournissent des bénéfices connus comme des services, allant de l’eau, du stockage du carbone et de la biodiversité au plaisir esthétique, aux possibilités de loisirs et aux usages spirituels. Grâce aux transactions de PSE, les propriétaires ou les utilisateurs de terres peuvent recevoir des incitations en espèces ou en nature, en échange de la sauvegarde ou de l’amélioration de ces bénéfices.

Ces transactions peuvent être organisées de façon informelle entre les acheteurs et les vendeurs, ou pourraient faire partie d’initiatives de grande envergure menées par les États et subventionnées par des donateurs. En Bolivie, par exemple, les agriculteurs vivant à proximité du Parc national de Amboró reçoivent des paiements en nature (des ruches, du barbelé, des arbres fruitiers) quand ils mettent de côté des forêts pour la conservation.

«Les PSE paraissent simples, car un parti compense un autre parti pour faire quelque chose sur lequel ils sont tous les deux d’accord», déclare M. Wunder. «Toutefois, si plusieurs acteurs sont impliqués, et qu’ils revendiquent des droits différents qui ne sont peut-être pas bien définis en termes d’utilisation des terres et de changement de l’utilisation des terres, ceci devient tout à coup compliqué. Ou parfois les acheteurs ne sont pas suffisamment organisés pour parvenir à un accord, afin de payer en tant qu’unité collective. Alors, même s’il y a un bon terrain pour les PSE, ça ne marchera pas.»

En citant son propre travail antérieure, M. Wunder défini le principe des PSE comme «une transaction volontaire et conditionnelle entre au moins un acheteur et un vendeur d’un service bien défini».

«Ceci est trop restrictif», estime M. Muradian. «A quoi sert une définition qui ne peut décrire qu’un nombre limité de régimes? Nous avons besoin d’un cadre analytique différent afin de les comprendre».

Gagnant-gagnant ou gagnant-satisfait

Une autre différence entre les chercheurs réside dans la façon dont ils perçoivent les PSE par rapport aux projets intégrés de développement et de conservation (ICDP). Dans un article de 2005, M. Wunder décrit les ICDP et la gestion durable des forêts comme des instruments visant à accroître les revenus, tout en préservant l’environnement. «Pourtant, malgré de rares succès, écrit-il, jusqu’à présent aucune approche n’a permis des changements importants dans les habitudes d’utilisation des terres tropicales.»

Dans leur article publié dans Conservation Letters, M. Muradian et ses collègues écrivent que les ICDP viennent avec la «promesse de solutions gagnant-gagnant», à la fois pour les hommes et pour l’environnement. Tout comme M. Wunder, ils notent que le succès des ICDP est furtif. Néanmoins, ils ajoutent que les décideurs politiques devraient tirer des leçons des attentes irréalistes de solutions gagnant-gagnant associées aux ICDP: «Aujourd’hui, nous pourrions faire une erreur semblable avec les PSE», écrivent-ils.

Dans sa réponse, M. Wunder demande : «Les PSE font-ils vraiment partie des solutions gagnant-gagnant?». Les PSE sont une alternative directe aux ICDP, en rémunérant les personnes pour conserver les écosystèmes, plutôt que d’investir dans des moyens de subsistance alternatifs, écrit-il. Citant des recherches antérieures, M. Wunder dit que les PSE sont plutôt «gagnant-satisfaisant»: réaliser un objectif, tout en veillant à ce que les autres ne soient au moins pas empirés.

Compensation: piège ou opportunité?

La compensation – le paiement en espèces ou en nature – est un autre point de friction. L’espoir de contrer des comportements très rentables mais néfastes pour l’environnement grâce à des paiements peut mener au «piège» qui consiste à augmenter les niveaux de compensation, dit M. Muradian.

«Lorsque les coûts d’opportunité sont importants, vous devez sortir de la logique du marché pour préserver les écosystèmes», dit-il.

Le «piège» peut effectivement être une opportunité et une grande force des PSE, dit M. Wunder. En conséquence, la spécification des niveaux de compensation peut faire partie d’un débat transparent sur le vrai coût de la conservation.

«La conservation négociée, telle que les PSE, n’est clairement pas la plus facile, ni le seul moyen légitime d’assurer la conservation, mais il s’agit sans doute d’une excellente pratique équitable de conservation», déclare M. Wunder.

Prochaines étapes

Les deux chercheurs s’accordent sur la nécessité d’une recherche plus appliquée. M. Muradian, désormais professeur invité à l’Université fédérale rurale de Rio de Janeiro, travaille sur trois études de cas empiriques liés à des bassins versants.

Cependant, M. Wunder dit qu’il continue à analyser des différents cas de PSE, fournissant des orientations sur les options de conception les plus prometteuses dans des contextes différents.

«Les PSE pourraient fonctionner dans certaines circonstances, mais ils risquent de ne pas fonctionner dans d’autres», déclare M. Muradian. «Ceci est précisément la raison pour laquelle nous avons besoin d’améliorer nos connaissances: dans quels contextes institutionnels, culturels et comportementaux les PSE peuvent-ils fonctionner réellement?»

Les deux chercheurs ont dit qu’ils envisageaient de se rencontrer de manière informelle, leur débat pourrait alors s’étendre des pages de Conservation Letters jusqu’aux bars de Rio de Janeiro.

M. Muradian dit être au courant d’un atelier, co-organisé par le CIFOR prévu pour décembre 2013 à Barcelone, se rapportant à l’évaluation des initiatives de conservation des forêts. L’atelier permettra d’évaluer un grand nombre d’approches, y compris les PSE, les aires protégées et la gestion des forêts communautaires. Ce faisant, l’atelier cherchera à intensifier le débat technique entre les disciplines, ainsi que le dialogue science-politique sur la conservation.

«Les sceptiques sont les bienvenus», dit M. Wunder.

Pour plus d’informations sur les enjeux abordés dans cet article, veuillez contacter Sven Wunder sur s.wunder@cgiar.org.

Ce travail s’inscrit dans le cadre du Programme de recherche du CGIAR sur les forêts, les arbres et l’agroforesterie.

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