Une agricultrice préconise des mesures pour aider les femmes luttant contre le changement climatique

En Zambie, le climat change – la saison des pluies commence plus tard dans l'année que par le passé et sa durée est désormais imprévisible, ce qui crée de la confusion quant au meilleur moment pour planter, a déclaré une agricultrice, basée aux États-Unis, aux délégués lors d'une présentation tenue en marge des récentes négociations des Nations Unies sur le climat à Varsovie, en Pologne.
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Les femmes voudraient s’adapter à de nouvelles méthodes agricoles, mais  bien souvent elles n’ont pas accès à la technologie et à une expertise suffisante pour savoir comment elles pourraient en bénéficier, dit Susan Carlson de l’Organisation Mondiale des Agriculteurs. Photo: Rémi Kahane, GlobalHort

VARSOVIE, Pologne (24 décembre 2013) – En Zambie, le climat change – la saison des pluies commence plus tard dans l’année que par le passé et sa durée est désormais imprévisible, ce qui crée de la confusion quant au meilleur moment pour planter, a déclaré une agricultrice, basée aux États-Unis, aux délégués lors d’une présentation tenue en marge des récentes négociations des Nations Unies sur le climat à Varsovie, en Pologne.

«Je parle souvent avec des agricultrices du monde entier. Quand je leur demande ce qui se passe avec le changement climatique dans leur région, elles me donnent un regard perplexe, comme pour dire: ‘Qu’est-ce que cela veut dire?’», dit Susan Carlson, présidente du comité des femmes de l’Organisation Mondiale des Agriculteurs (WFO).

«Mais quand je leur demande : ‘Votre climat a-t-il changé ?’ Je reçois de nombreuses réponses.»

Par exemple, l’absence de prévisions météorologiques locales ou d’un système d’alerte météorologique pour les agriculteurs en Zambie est emblématique des grands écarts qui existent entre l’agenda mondial de recherche et de développement et la communauté des agriculteurs, dit-elle.

Les agricultrices des pays en voie de développement sont souvent confrontées à des difficultés économiques, en partie parce qu’elles n’ont pas accès à la technologie et au savoir-faire technologique qui peuvent les aider à s’adapter au changement climatique, déclare Mme Carlson, ancienne productrice de lait dans l’État du Wisconsin, qui cultive maintenant dans l’État du Dakota du Nord, dans le nord des États-Unis avec son mari Robert.

Au niveau mondial, les négociations climatiques de l’ONU ont tendance à être dominées par des hommes politiques, des chercheurs, des scientifiques, des professeurs et des universitaires – il peut y avoir jusqu’à 600 personnes dans une salle qui prennent des décisions pour les agriculteurs et pourtant elles ne savent pas vraiment ce dont nous avons besoin, dit Mme Carlson.

Les femmes produisent plus de 50% de la nourriture mondiale, mais ne gagnent que 10% de son revenu, dit-elle. Elles possèdent moins de 2% de la propriété et reçoivent un pourcentage très faible de prêts bancaires.

Les femmes voudraient s’adapter à de nouvelles méthodes agricoles, mais bien souvent elles n’ont pas accès à la technologie et à une expertise suffisante pour savoir comment elles pourraient en bénéficier. Leurs méthodes traditionnelles de prévisions météorologiques pour la plantation et la récolte ne fonctionnent plus comme auparavant.

Une agricultrice zambienne a expliqué à Mme Carlson qu’elle avait appris de nouvelles méthodes agricoles ou des techniques de marketing par son facilitateur de crédit, lorsqu’elle lui avait rendu visite pour prendre un prêt.

Les femmes éprouvent souvent des difficultés liées à leur faible niveau d’alphabétisation, qui les empêche de demander des prêts, puisqu’il faut constituer des dossiers agricoles pour obtenir un crédit, selon Mme Carlson. «Beaucoup ont besoin d’explications visuelles et simples», ajoute-t-elle.

Chercher des solutions

Si on montre à une ou deux agricultrices d’une région donnée comment adapter les pratiques dans leur ferme, et que c’est concluant, ce sera repris par d’autres agriculteurs.

Les changements des conditions météorologiques ont été si drastiques en Zambie qu’une agricultrice zambienne a déclaré qu’elle devait déplacer sa production de légumes vers des terres plus élevées en altitude, car la zone traditionnellement utilisée a été inondée, dit Mme Carlson, ajoutant que de nouvelles variétés d’insectes sont également apparues.

D’autres exemples de pratiques qu’elle a adopté afin d’améliorer son rendement incluent l’irrigation au goutte-à-goutte, l’incorporation de fumier et de matières organiques dans son sol, la réduction du labour et la plantation de plus d’arbres fruitiers et d’arbres à fruits à coque.

«Non seulement elle s’adapte au changement climatique, mais en intégrant ces pratiques, cette agricultrice zambienne atténue les conséquences du changement climatique», déclare Mme Carlson.

La difficulté du transport des récoltes vers les marchés en raison des mauvaises conditions de la route, le manque de stockage et de réfrigération, ainsi que le manque de capacité à transformer ou à conserver des cultures périssables quand elles ne sont pas vendues au marché, rendent également la vie difficile pour de nombreux agriculteurs, dit Mme Carlson.

Toutefois, avec le transfert de technologie, le partage d’information et les investissements en faveur des agriculteurs, en particulier des agricultrices, ces défis peuvent être surmontés, dit-elle. Elle ajoute que les décideurs politiques, les chercheurs, les scientifiques, les professeurs et les universitaires devraient écouter ce que les agricultrices ont à dire et répondre à leurs besoins, tout en étant conscients de leurs cultures.

«Au fur et à mesure que la science et la compréhension permettent d’accroître nos connaissances, nous faisons des changements afin d’améliorer nos systèmes de production», déclare Mme Carlson.

Des agents experts de vulgarisation devraient être mis à disposition. De plus, des organisations agricoles dirigées par des femmes – et des femmes individuellement – peuvent aider à fournir des possibilités d’éducation et d’autonomisation des femmes.

«Nous devons percevoir nos exploitations comme un système intégral, pas seulement axé sur la production. Nous changeons nos systèmes au fur et à mesure qu’ils ont besoin d’ajustement», dit-elle.

«Le fait est que tout le monde veut un bénéfice et les agriculteurs ne sont pas différents. Nous ne devrions pas présenter des excuses lorsque nous faisons un bénéfice. Être un agriculteur commercial n’est pas une mauvaise chose – il y a un coût et tout le monde bénéficie de la sécurité alimentaire que nous fournissons – rappelez-vous, pas d’agriculteurs, pas de nourriture, pas d’avenir.»

Pour plus d’informations sur les sujets abordés dans cet article, veuillez contacter Esther Mwangi sur e.mwangi@cgiar.org

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