HÉROÏNE DE LA FORÊT: Anne Hallum réduit la pauvreté au Guatemala grâce à l’agroforesterie

Au Guatemala, un paysage verdoyant et brumeux de la campagne près de Chimaltenango abrite des ruines mayas - et une vérité ancienne. Le nom des ruines, Iximché, signifie « arbre de maïs » dans la langue indigène cakchiquel, ce qui me fait penser que les anciens savaient quelque chose sur la relation entre les arbres et la nourriture.
Partager
0

Les plus populaires

Anne Hallum de l’Alliance pour le Reboisement International et des enfants guatémaltèques participant à un projet d’agroforesterie. Photo: AIR Guatemala

Note de la rédaction : La Journée Internationale de la Femme est célébrée le samedi 8 mars. En honneur des nombreuses contributions des femmes à la foresterie, Nouvelles des Forêts publie des histoires de lecteurs sur leurs «héroïnes de la forêt» – des femmes ayant consacré leur vie à faire une différence pour les forêts du monde et les personnes qui y vivent. Durant toute la semaine, nous allons partager ces histoires de femmes. Dans celle-ci, notre blogueur invité Caity Peterson raconte son héroïne de la forêt, Anne Hallum.

Au Guatemala, un paysage verdoyant et brumeux de la campagne près de Chimaltenango abrite des ruines mayas – et une vérité ancienne. Le nom des ruines, Iximché, signifie «arbre de maïs» dans la langue indigène cakchiquel, ce qui me fait penser que les anciens savaient quelque chose sur la relation entre les arbres et la nourriture.

Cependant, les choses ont changé depuis les jours de gloire d’Iximché et l’expansion de l’agriculture a entraîné la disparition des forêts. L’agriculture itinérante sur brûlis est une pratique commune au Guatemala et les forêts d’Amérique centrale souffrent d’un taux de déforestation encore plus élevés que l’Amazonie.

Depuis 1992, Anne Hallum de l’Alliance pour le Reboisement International (AIR) travaille pour inverser cette tendance via l’éducation et l’autonomisation de communautés guatémaltèques dans la mise en œuvre de l’agroforesterie. Dans les communautés où Anne a travaillé, les arbres et le maïs peuvent de nouveau être vus dans le même paysage.

Placée dans le contexte d’une guerre civile de plusieurs décennies, AIR Guatemala a débuté avec la détermination de cette femme seule. Depuis lors, AIR s’est développée et a facilité des projets d’agroforesterie dans plus de 140 communautés au centre du Guatemala, la construction de près de 800 poêles en briques économes en combustible et la plantation de près de 4 millions d’arbres.

Quand j’ai rejoint Anne au Guatemala pour un stage de deuxième année universitaire, j’ai pu constater par moi-même l’utilité du travail d’AIR. Des décennies de dégradation des sols due à la coupe à blanc, l’agriculture sur brûlis et l’utilisation de produits agricoles chimiques avaient fait de l’érosion du sol – et des glissements de terrain connexes – un problème évident. Lorsque je me trouvais à l’arrière d’une camionnette grinçante, flanquée par des pentes rocheuses abruptes et accompagnée d’une boîte d’environ 100 jeunes plants de pin à planter ce jour-là, je pouvais voir des grandes cicatrices sur les montagnes là où les champs des agriculteurs s’étaient tout simplement faits emporter.

Les glissements de terrain, causant chaque année de grands dommages et des pertes de vie, sont un risque permanent pour les agriculteurs pauvres en ressources vivant dans cette région. Néanmoins, dans les communautés où AIR a travaillé les collines reboisées sont renforcées par les racines de milliers d’arbres. Les techniciens en agroforesterie d’AIR s’installent dans les communautés pour un minimum de cinq ans. Ce temps écoulé, la direction est remise aux parties prenantes locales.

AIR est passée de l’œuvre d’une femme au travail de nombreuses personnes. La direction de l’Alliance a été assurée en grande partie par des femmes agricultrices ; elles prennent en charge les pépinières, organisent les réunions communautaires et génèrent des revenus pour leurs familles en faisant des savons et shampoings à partir des fruits qu’elles récoltent. Les femmes elles-mêmes ont été autonomisées dans le processus de renouvellement de leurs champs.

Une fois, après une longue journée de plantation d’arbres dans la communauté de Xetonox, je me suis assise sur la colline, les mains et genoux tachés de terre noire, lorsque l’une des femmes avec qui j’avais travaillé me dit: «Nous avions l’habitude de rester à la maison toute la journée, mais désormais les femmes se sont réunies pour prendre soin des arbres. Nous nous réjouissons chaque jour. Les arbres nourrissent nos champs, ce qui signifie qu’ils nourrissent nos familles. Nous ne les couperont plus. Ici à Xetonox, vous êtes entrés dans nos cœurs».

Récemment, Anne a reçu une reconnaissance mondiale pour son travail qui réduit la pauvreté et la déforestation au Guatemala. Personnellement, je vois en elle un professeur, une amie et une source d’inspiration. Elle a fait revivre le concept d’Iximché, ce lien vital des arbres et de la nourriture avec la conscience des agriculteurs modernes du Guatemala – et elle a habilité les femmes autour d’elle à faire de même. Pour ces femmes, et pour moi, elle est une héroïne de la forêt.

Caity Peterson est chercheur invité et écrivain scientifique au Centre International d’Agriculture Tropicale (CIAT) à Cali en Colombie.

Les opinions exprimées ci-dessus sont celles de l’auteur et non celles du Centre de Recherche Forestière Internationale.

(Visited 104 times, 1 visits today)