Un expert préconise une nouvelle stratégie pour l’étude de la migration rurale-urbaine

Une étude montre que les «populations flottantes» compliquent l'étude de la localisation exacte des migrants se déplaçant des zones rurales vers les villes. Cette conclusion a des implications sur la façon dont les terres et les forêts sont utilisées.
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Slidecast audio de l’exposé du professeur Jonathan Rigg sur l’exode rural (ci-dessus). 

BOGOR, Indonésie (18 février 2014) – Une étude montre que les «populations flottantes» compliquent l’étude de la localisation exacte des migrants se déplaçant des zones rurales vers les villes. Cette conclusion a des implications sur la façon dont les terres et les forêts sont utilisées.

De plus, la stratégie de localisation des migrants nécessite une nouvelle approche, selon l’auteur de l’étude portant sur les franchissements de frontières en Asie du Sud-Est.

En 2010, jusqu’à 16 millions de personnes au Vietnam vivaient dans des endroits non déclarés, dit Jonathan Rigg, professeur à l’Université nationale de Singapour, en citant des données du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD). En Chine, il existe probablement plus de 100 millions de ces «agriculteurs fantômes»; tandis qu’en Indonésie, en Thaïlande et aux Philippines plusieurs millions de migrants sont en déplacement, dit-il.

«L’écart entre le nombre de personnes enregistrées par les fonctionnaires et le nombre réel d’agriculteurs peut être considérable», a déclaré M. Rigg lors d’une présentation récente au Centre de Recherche Forestière Internationale (CIFOR).

Les recensements nationaux ne retiennent pas toujours les mouvements à court terme. Afin de comprendre les tendances évolutives des installations d’êtres humains, les chercheurs doivent prendre en compte la façon dont les moyens d’existence ruraux ont changé en Asie au cours des 50 dernières années, dit-il, en ajoutant que des données faussées peuvent se traduire par des interventions politiques inutiles et contre-productives.

Bien que les migrants se soient déplacés d’un endroit à un autre, ils gardent généralement des liens affectifs et financiers avec leurs lieux d’origine.

Les recherches menées par M. Rigg au Laos, en Thaïlande et au Vietnam entre 1982 et 2010 montrent que les schémas de mobilité des villageois ruraux ont radicalement changé.

Variantes villageoises

«Ces changements sont en partie dus à l’amélioration des transports», explique M. Rigg. «Moins de gens cultivent, certes, mais ils gardent toutefois souvent leur attachement aux zones rurales d’origine. Peu abandonnent leurs racines rurales et la grande majorité y retourne. »

Dans le passé, les chercheurs sur le milieu rural ont souvent utilisé «le ménage» comme unité de base pour étudier la vie du village, mais sa définition a changé au fil du temps.

Actuellement, dans de nombreux cas, le ménage n’est plus co-résidentiel mais sur des sites multiples; c.-à-d. que ses membres vivent, gagnent un revenu et créent des moyens de subsistance à plusieurs endroits.

«Ce que nous percevons dans les espaces ruraux – par exemple la façon dont les terres et les forêts sont utilisées– est intimement lié aux processus en cours dans d’autres endroits. Le suivi de ces interactions est, d’un point de vue scientifique, difficile et les données disponibles sont souvent problématiques.»

Les villages sont devenus, selon M. Rigg, des lieux de populations diverses ayant des statuts différents. De plus en plus, les ménages perçoivent des revenus à l’extérieur du village et les personnes sont souvent plus enclines à faire des achats en dehors du village.

«Parfois, les changements sont vraiment spectaculaires, de sorte que l’on peut voir comment ces villages sont remodelés», déclare M. Rigg. «Les villageois dans la plupart des pays d’Asie du Sud-Est n’ont pas perdu leurs terres – ce qui libère des personnes pour travailler ailleurs.»

Des sources diversifiées du revenu peuvent permettre aux gens de garder leurs terres, même s’ils ne peuvent pas la cultiver eux-mêmes, ajoute-t-il.

Les agriculteurs vieillissent, ce qui mène à une «gériatrification» de l’agriculture. De nombreux changements dans les pratiques agricoles, y compris la mécanisation, la désintensification et les conversions de cultures, sont liés d’une manière ou d’une autre à la migration, déclare M. Rigg.

«La recherche soulève la possibilité que urbain et rural ne soient pas des catégories mutuellement exclusives, mais co-existantes et contemporaines – la migration et la mobilité rendent les espaces ruraux urbains et les espaces urbains ruraux en apportant des caractéristiques urbaines aux villages ruraux», dit-il. Il ajoute qu’il est important de redessiner les frontières afin de suivre les évolutions.

Les changements migratoires ont de nombreuses implications sur les forêts et les politiques forestières.

«Tout comme il est nécessaire de voir les changements agraires dans un contexte plus large, de situer notre compréhension de l’agraire vis-à-vis du non-agraire, les forêts doivent être considérées comme reflétant en partie les processus – sociaux, économiques et environnementaux – en cours dans les paysages non forestiers, y compris urbains», déclare M. Rigg.

Pour plus d’informations sur les sujets abordés dans cet article, veuillez contacter Christine Padoch sur c.padoch@cgiar.org

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