Ministre singapourien: les intérêts économiques provoquent un «vandalisme environnemental»

Les intérêts économiques à court terme en Asie du Sud-Est causent un «vandalisme environnemental», a déclaré le haut responsable de l'environnement de Singapour lundi.
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Note de la rédaction: Le discours du ministre Balakrishnan peut être visionné dans son intégralité, ci-dessus. Son intervention commence à 20’14”. Rendez-vous sur forestasia.org pour les dernières nouvelles (en anglais) du Sommet de l’Asie sur les Forêts. Les vidéos de toutes les présentations et discours seront postées ici

JAKARTA, Indonésie – Les intérêts économiques à court terme en Asie du Sud-Est causent un «vandalisme environnemental», a déclaré le haut responsable de l’environnement de Singapour lundi.

Vivian Balakrishnan, le ministre singapourien de l’Environnement et des Ressources en Eau, a parlé de façon directe des causes et effets de la déforestation dans la région. Il a exhorté à une plus grande transparence, une application de la loi plus stricte et des peines plus sévères pour les activités liées à la déforestation.

«Nous avons un problème», dit-il. «La racine de ce problème sont les intérêts commerciaux inadaptés.»

M. Balakrishnan a parlé devant près de 2 000 participants du Sommet de l’Asie sur les Forêts à Jakarta, juste après que le président de l’Indonésie, Susilo Bambang Yudhoyono, ait prononcé le discours d’ouverture. En juin dernier, les relations entre le Singapour et l’Indonésie ont été tendues, lorsque la fumée provenant de feux de tourbe à Sumatra a dérivé jusqu’à Singapour, provoquant la pire pollution atmosphérique jamais enregistrée.

Toutefois, il a également reconnu les effets plus amples de la déforestation continue sur le climat.

«Même lorsque nous coupons les forêts, car nous avons besoin davantage de terres pour l’agriculture, c’est en fin de compte autodestructeur, puisque le changement climatique progresse et le niveau des mers monte», dit-il. «La nature se vengera sur nous.»

«Si nous continuons sur cette trajectoire, nous serons tous en difficulté.»

Veuillez trouver ci-dessous, la transcription du discours du ministre Balakrishnan.

«Nous avons un problème avec les nuages de fumée transgressant les frontières – et je tiens à souligner trois points.

Le premier point est que les intérêts commerciaux inadaptés sont la racine de ce problème. La raison pour laquelle des entreprises brûlent des forêts et s’engagent dans la dégradation non-durable des terres est le profit à court terme.

Le deuxième point est que les principales victimes de ceci sont effectivement les populations autochtones locales vivant sur et à proximité de ces terres faisant l’objet d’un tel vandalisme environnemental.

Le troisième point est qu’il est, par conséquent, urgent que les gouvernements, les organisations non gouvernementales et les communautés locales insistent sur la transparence, collaborent plus efficacement, mènent des enquêtes et poursuivent les responsables.

Il existe trois raisons principales pour lesquelles ce problème est important. Tout d’abord, la perte de biodiversité. Deuxièmement, les émissions massives de gaz à effet de serre et, troisièmement, les impacts négatifs et réels que ces pratiques ont sur la communauté mondiale.

Les forêts de l’Asie du Sud-Est représentent environ 5% des forêts du monde. Nombreuses sont toutefois les personnes qui ne considèrent pas suffisamment le fait que la biodiversité est plus élevée dans les forêts de l’Asie du Sud-Est qu’en Amazonie ou dans les forêts tropicales africaines. De plus, il est certain que la biodiversité est plus grande dans un petit endroit tel que le Singapour que dans l’ensemble du territoire continental des Etats-Unis. Subséquemment, si nous gérons mal la forêt tropicale dans nos alentours, il ne s’agit pas seulement d’une perte pour nous, mais pour la planète entière.

Cependant, nous savons que, malheureusement, l’Asie du Sud-Est perd ses forêts tropicales à un rythme sans précédent. Une publication de 2013 dans la revue Science Journal a révélé qu’entre 2000 et 2012 la surface de perte forestière dans le monde s’élevait à approximativement 2,3 millions de kilomètres carrés [1]. Pour donner un ordre de grandeur, cela représente environ 3 100 fois la taille de Jakarta, voir 1,2 fois la surface de toute l’Indonésie.

Les forêts de l’Asie du Sud-Est ne sont pas épargnées par ce développement inquiétant, qui est essentiellement attribuable à l’intérêt économique. L’exploitation forestière et les coupes à blanc pour le bois à pâte ont abouti à une déforestation massive.

Celle-ci ne se répercute pas uniquement sur la perte de biodiversité ; mais également sur le changement climatique mondial. La déforestation contribue à un rythme alarmant aux émissions de gaz à effet de serre. Un rapport de 2010 sur la REDD suggère que la majorité des émissions de gaz à effet de serre (GES) de l’Indonésie proviennent effectivement des activités liées à l’utilisation des terres ; 37% en raison de la déforestation et 27% en raison des feux de tourbe. La déforestation ayant lieu sur des tourbières, en particulier celles défrichées par le feu, libère une quantité disproportionnée de dioxyde de carbone.

J’ai lu une étude récente, menée par le CIFOR, qui estime qu’en juin de l’année dernière, lorsque nous avons subi le pire épisode de fumée transfrontalière jusqu’à présent en Asie du Sud-Est, environ 171 mégatonnes de gaz à effet de serre d’équivalant dioxyde de carbone ont été libérées dans l’atmosphère. Pour comparer, ces 171 mégatonnes de dioxyde de carbone représentent environ 10% des émissions de gaz à effet de serre annuelles déclarées par l’Indonésie pour la période 2000 à 2005.

C’est ironique ce que nous dépensons, et je sais que nous tous, en tant que négociateurs sur le changement climatique, avons de très grandes empreintes de carbone, vu que nous voyageons en avion à travers du globe pour libérer plus d’air chaud lors des négociations. Je trouve ironique que nous discutions de baisser de quelques points les pourcentages dans les engagements internationaux, alors qu’ici même dans nos alentours, nous émettons des quantités aussi immenses de dioxyde de carbone.

Nous devons être franc à ce sujet et accepter que nous ayons un problème. En outre, toute la question du développement durable des forêts est effectivement un problème complexe, car en plus d’être une source de biodiversité et de fournir des pâtes à papier et du bois, nous devons faire face à l’enjeu de la concurrence par l’agriculture quant au développement des terres.

Il est également extrêmement ironique que même lorsque nous coupons nos forêts parce que nous avons besoin de nouvelles terres pour l’agriculture, c’est finalement autodestructeur, puisque le changement climatique progresse, le niveau des mers monte, nous aurons davantage de sécheresses et d’inondations. La nature se vengera sur nous et l’impact sur l’agriculture nous mettra tous en danger. Donc, si nous continuons sur cette trajectoire actuelle, nous sommes tous en difficulté.

J’ai commencé mon discours en vous demandant de vous rappeler juste de trois points – la cause des émissions est de nature commerciale ; les principales victimes sont locales ; les solutions nécessitent la collaboration ainsi que des actions efficaces et décisives de la part des gouvernements, des ONG et des communautés locales. Permettez-moi de m’étendre un peu sur ce point.

L’année dernière, l’Asie du Sud-Est a connu l’une des pires épisodes de fumée de son histoire. Les impacts négatifs sur l’économie, les moyens de subsistance, l’environnement et surtout sur la santé des hommes qui s’en sont suivis étaient sans précédent. Ceci était en juin, et nous avions pu penser que la leçon fut apprise, mais la vérité brutale est qu’en janvier et février de cette année la saison des feux a commencé encore plus tôt, profitant de la sécheresse qui a eu lieu dans notre région.

La fumée a affecté Singapour, toutefois, il est important de se rappeler qu’il y a beaucoup plus de citoyens en Indonésie et en Malaisie qui ont été touchés de manière plus lourde que ce qu’ont vécu mes concitoyens à Singapour. Les entreprises ont également subi des pertes et des travailleurs de chantiers et même d’usines de fabrication de plaquettes ont été touchés, puisque l’air dans les usines était contaminé. Des aéroports ont dû fermer et nous savons tous que les coûts externes de la fumée ont dépassé de loin les profits à court terme que les entreprises auraient pu gagner. Durant de trop nombreuses années, notre région a été aux prises avec cette récurrence sans faire beaucoup de progrès.

Nous ne pouvons et ne devons pas blâmer l’agriculture traditionnelle itinérante sur brûlis. L’agriculture sur brûlis existe depuis des milliers d’années, mais nous n’avons jamais eu une fumée de cette envergure auparavant. La raison pour laquelle nous l’avons est la déforestation industrielle à un niveau sans précédent. Celle-ci se produit parce que les gains à court terme sont trop attirants. La raison est que les entreprises ne sont pas responsables de payer pour les dommages qu’elles causent à l’environnement externe, à l’économie plus vaste ainsi qu’aux personnes qui sont les plus affectées par les difficultés.

Par conséquent, la question qui se pose est de savoir si nous pouvons réaligner leurs intérêts? Il est important pour nous de réaliser que mettre un terme au développement n’est pas possible – ce n’est pas réalisable. Chaque nation, chaque groupe de personnes a le droit au développement, le droit de grandir et le droit de se nourrir, de nourrir sa famille. La question est donc, comment pouvons-nous développer nos économies, comment les entreprises peuvent-elles faire du profit de manière durable et équitable?

Je vais vous laisser avec trois réflexions finales.

La première est que les personnes ont des droits. Elles ont des droits à l’emploi, la croissance, la santé, la sécurité et sûreté à long terme.

Le deuxième point est que les entreprises ont des responsabilités. Les entreprises doivent faire un profit. Sans profit, vous n’existez pas. Toutefois, vous devez faire vos profits d’une manière qui prend en compte l’impact que vous avez sur les communautés locales et sur l’environnement. En outre, les entreprises réellement viables et durables à long terme sont celles pouvant en tenir compte publiquement.

Le troisième point est la transparence et c’est à ce niveau que les ONG peuvent être des acteurs plus responsables. Nous vivons maintenant dans une époque où les photos satellitaires sont disponibles en temps quasi réel, des drones peuvent vérifier le terrain et des capteurs la qualité de l’air, dans le monde toujours allumé et connecté d’Internet. Nous devons tourner ces yeux et construire un système de transparence qui rend les personnes responsables de leurs actions, tout comme les entreprises opérant dans ce monde transparent.

Je vais vous donner un exemple. L’entreprise Unilever s’est engagée de tracer la source de son huile de palme jusqu’aux plantations ; ceci envoie le message qu’elle souhaite que ses sources découlent de pratiques durables.

Nous devons commencer, nous devons nous réveiller et fonctionner d’une telle manière transparente. Si nous faisons ainsi, je crois qu’il est possible de développer, de faire du profit, d’être responsable et de se préoccuper des hommes. C’est seulement alors et seulement si vous agissez ainsi que nous pourront remplir ce rôle que le Président Susilo Bambang Yudhoyono a exprimé tout à l’heure, à savoir que nous ne prenons pas seulement des décisions pour le présent, mais aussi pour laisser un héritage viable aux générations à venir.

Je vous remercie tous beaucoup de m’avoir accordé l’honneur de m’adresser à vous et de parler si franchement. Je me réjouis d’avance de vos délibérations et, avant tout, de vos actions qui vont laisser un monde meilleur à la prochaine génération.»

Merci beaucoup.

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