Chronique du DG

Y aura-t-il assez de nourriture? Réflexions sur le rapport du GIEC GTII

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Frutos de asaí en los bosques de Brasil. Foto: Kate Evans/CIFOR
Fruits de l’açaï des forêts du Brésil. Photo: Kate Evans/CIFOR

(Blog publié dans sa version originale le 3 avril 2014)

Le rapport du Groupe de travail II du GIEC, intitulé «Changements climatiques: conséquences, adaptation et vulnérabilité», a été publié fin mars. Un groupe de plus de 300 scientifiques y a consacré un effort considérable. Il s’agit de l’une des études les plus importantes pour nous tous qui sommes concernés par l’avenir de l’humanité.

Ce rapport est important pour plusieurs raisons :

  • Il confirme que le changement climatique causé par l’homme nous affecte de plus en plus et que cela est considérablement plus avéré qu’avant.
  • Il crée une plate-forme pour les financements et les actions en faveur de l’adaptation aux changements.
  • Il suggère que l’adaptation au changement climatique est une question de gestion et d’évolution des risques, lié à la variabilité climatique et aux changements climatiques à long terme. 

Ce dernier point est important. Toute entreprise humaine comporte quelques éléments de risque. Le rapport se concentre sur la façon dont le changement climatique va engendrer des risques et changements particuliers pour d’autres sources de risque au niveau de services environnementaux et de secteurs économiques variés, tels que les écosystèmes terrestres et d’eau douce, la sécurité alimentaire, la croissance économique ou la prise de décision au niveau locale.

J’ai lu le rapport du GIEC en sachant que deux processus de l’ONU travaillent sur un agenda pour notre avenir commun durant les 12 prochains mois. En décembre 2015, les pays seront amenés à adopter un accord global sur le climat pour remplacer le Protocole de Kyoto. L’agenda du développement post-2015 et le processus des Objectifs de Développement Durable se déroulent en parallèle.

Comme déjà mentionné, nous avons une opportunité d’envergure pour intégrer les actions créées dans le cadre de ces deux processus. Le rapport GTII fournit une base scientifique qui peut nous aider à atteindre une telle approche intégrée.

Dans ce blog, je me concentre sur les enjeux alimentaires mentionnés dans le rapport du GTII. Après sa publication, une attention considérable a été accordée à l’augmentation des risques pour les systèmes alimentaires en raison du changement climatique (par exemple iciiciici et ). Finalement, cela a fermement déplacé l’agriculture et les enjeux alimentaires au coeur du débat sur le climat, ce qui est positif. Pour qu’un débat nuancé puisse aller de l’avant, il est important de l’enrichir de données scientifiques solides.

Dans un blog à venir, je parlerai de la façon dont les forêts et les enjeux forestiers sont intégrés (ou pas) dans le rapport.

Le chapitre 7 du rapport, «La sécurité alimentaire et les systèmes de production alimentaire», souligne à juste titre une augmentation des risques pour la production agricole due au changement climatique – les tendances climatiques ont affecté négativement la production de blé et de maïs dans de nombreuses régions et, dans une moindre mesure, les rendements de riz et de soja. Les résultats des analyses indiquent un impact très varié, une baisse de 2% des rendements par décennie étant largement cité dans les médias.

En même temps, il est important de replacer ces risques liés au changement climatique dans leur contexte. Au cours des 50 dernières années, la productivité agricole a triplé ou augmenté de 1 à 2% par an. Il semble y avoir peu de doute que cette tendance se poursuit grâce aux nouvelles technologies, aux investissements plus efficaces et à l’évolution des demandes et des marchés.

Il y aura, cependant, de nombreux défis – notamment de trouver des moyens de réduire l’impact des systèmes alimentaires sur le climat et l’environnement. N’oublions pas que jusqu’à un tiers de nos émissions proviennent des secteurs terrestres, principalement liés à la production alimentaire. Nous avons donc besoin des innovations ainsi que des investissements renforcés dans la recherche et le développement, en faveur d’une agriculture intelligente face au climat et de paysages durables.

Dans ce contexte, certaines réflexions sur l’échelle peuvent être pertinentes. Les actions en faveur de l’adaptation, la résilience et la réduction de la vulnérabilité sont largement de nature locale et ont besoin de paramètres de priorités adaptés à une grande diversité de lieux, sociétés et paysages. Ceci est particulièrement vrai pour l’agriculture et la foresterie où les facteurs économiques et écologiques spécifiques déterminent les meilleurs moyens de progresser.

Le rapport du GIEC est évidemment par nature mondial. Toutefois, il contient quelques mesures pour les priorités locales dans le Volume II ; ici l’information est fournie par région, même si cela reste également à un niveau très général.

La prise de décision aux niveaux national et local exige des informations améliorées et plus spécifiques au lieu, concernant les aspects physiques du changement climatique et les risques liés au climat. Ces éléments doivent être intégrés aux évaluations d’impacts, aux études d’adaptation et de gestion des risques, ainsi qu’aux évaluations de la vulnérabilité. En outre, ces décisions doivent inclure un large éventail d’autres priorités et aspirations. Les considérations relatives au changement climatique peuvent être perçues comme un élément essentiel à toutes les décisions visant un développement durable, à tous les niveaux.

Pour cette raison, les évaluations de la vulnérabilité, des impacts et des besoins d’adaptation sont actuelles ; et si elles sont bien intégrées dans les discussions à venir sur les ODD ce serait avantageux pour tous.

L’année prochaine sera cruciale pour parvenir à une convergence entre les agendas du changement climatique et du développement durable. Le rapport GTII soutient fermement la nécessité d’harmonie entre ces deux processus et fournit une base de preuves solides pour intégrer davantage les actions liées au climat à d’autres priorités politiques.

Je ne suis absolument pas d’accord avec certaines spéculations actuelles concernant la famine ou accréditant Malthus, comme évoquées par le New York Times. En outre, présenter le changement climatique comme un enjeu purement alimentaire, comme l’a fait le Guardian, peut-être opportun, mais pourrait aussi attirer l’attention politique au mauvais endroit.

Si nous posons correctement les priorités mondiales, que nous investissons dans l’innovation et la recherche, et que incluons le changement climatique dans l’équation, alors je suis convaincu qu’il y aura assez de nourriture pour tous.

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