L’Indonésie a besoin de données crédibles pour résoudre les incendies de forêt et défis d’émissions

Des informations précises sur les causes des incendies de forêt et sur la quantité d'émissions de carbone qu'ils produisent sont essentielles, si l'Indonésie compte atteindre ses objectifs de réduction des émissions, ont déclaré des experts lors d'un évènement en marge des réunions de l'ONU sur le changement climatique à Varsovie en Pologne en décembre 2013.
Partager
0

Les plus populaires

9095837878_596ba008b2_z

Les recherches menées par le CIFOR en 2013 sur les incendies de Sumatra ont indiqué que près d’un quart des feux ont brûlé au sein de plantations industrielles d’huile de palme et d’acacias ; très peu ont eu lieu dans des forêts naturelles. Photo: image NASA de Jeff Schmaltz, LANCE/EOSDIS Réponse Rapide, Observatoire de la Terre de la NASA

Texte publié dans sa version originale le 5 décembre 2013.

VARSOVIE, Pologne – Des informations précises sur les causes des incendies de forêt et sur la quantité d’émissions de carbone qu’ils produisent sont essentielles, si l’Indonésie compte atteindre ses objectifs de réduction des émissions, ont déclaré des experts lors d’un évènement en marge des réunions de l’ONU sur le changement climatique à Varsovie en Pologne en décembre 2013.

Plus tôt dans l’année, des incendies ont traversé des parties de l’île indonésienne de Sumatra – des colonnes de fumée ont traversé l’étroit détroit de Malacca et ont causé des niveaux records de pollution atmosphérique à Singapour et en Malaisie.

Daniel Murdiyarso, directeur de recherche au Centre de Recherche Forestière Internationale (CIFOR), soutient que l’attention internationale des médias générée par l’événement doit se traduire par un financement de recherches plus détaillées – et un engagement du gouvernement indonésien à résoudre le problème.

«La fumée est apparue au mauvais moment au mauvais endroit – elle a ainsi obtenu très rapidement l’attention des médias», affirme M. Murdiyarso. «Si elle avait été soufflée vers l’océan Indien, l’histoire aurait été différente.»

Lorsque les ministres de l’Environnement de la Malaisie, du Singapour, de la Thaïlande et du Brunei se sont réunis en juillet pour discuter des incendies, ils ont exhorté l’Indonésie à faire plus pour les gérer.

TRANSMISSION DE DONNÉES

Selon M. Murdiyarso, il s’agit d’une opportunité pour l’Indonésie d’investir dans des technologies qui permettront au pays de mesurer avec précision les «données d’activité» et «facteurs d’émissions» – utilisés pour évaluer les émissions de gaz à effet de serre dues à la conversion des forêts en terres agricoles.

«C’est un processus nécessaire depuis longtemps – nous devons informer la communauté politique par des données pleinement crédibles», ajoute M. Murdiyarso.

Ceci donnerait à l’Indonésie davantage d’informations sur les causes et conséquences des incendies; tout en permettant au gouvernement d’identifier des actions qui pourraient l’aider à atteindre son objectif de réduire de 26% les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2020, dit-il.

«Vus l’ampleur et les causes des émissions de carbone liées aux changements de l’utilisation de terres, la solution est simple. Dans les tourbières, un seul feu peut produire cinq à six fois plus d’émissions de carbone qu’en défrichant la même superficie par d’autres moyens.»

«Cela signifie que le gouvernement peut résoudre les causes sous-jacentes des incendies relativement rapidement, en ayant un effet important sur les émissions et la pollution transfrontalière.»

Les recherches du CIFOR sur les incendies ont indiqué que près d’un quart des feux du mois de juin ont brûlé au sein de plantations industrielles d’huile de palme et d’acacias; très peu ont eu lieu dans des forêts naturelles.

Toutefois, la recherche a soulevé plus de questions que de réponses.

CAUSES COMPLEXES

«Le feu de cette année est très intéressant car il ne s’est pas produit durant une année d’El Niño», dit M. Murdiyarso, se référant au phénomène météorologique qui provoque généralement des conditions sèches dans une grande partie de l’Indonésie.

Les cultivateurs attendent généralement une longue période de sécheresse pour effectuer des brûlis, selon M. Murdiyarso. Mais cette année n’a pas été particulièrement sèche. «Il doit donc y avoir autre chose qui les pousse à brûler – peut-être le marché est très attrayant pour planter rapidement des cultures agricoles, pour produire rapidement de la marchandise, afin de satisfaire la demande du marché.»

«On a tendance à penser que les incendies sont accidentels, engendrés par des facteurs biophysiques – mais la cause est souvent liée au marché. La réalité socio-économique sur le terrain est beaucoup plus complexe que ce que nous pensions.»

Tandis que les voisins de l’Indonésie ont subi les conséquences de la fumée, les incendies ont eu un impact plus important au niveau local – provoquant des problèmes respiratoires chez les jeunes et les personnes âgées, et affectant les moyens de subsistance, déclare M. Murdiyarso.

Les gouvernements locaux doivent également s’engager davantage dans la lutte contre le problème ; pas seulement en luttant contre les incendies, mais aussi en les prévenant grâce à une bonne planification de l’utilisation des terres, dit-il.

«J’espère que ces questions pertinentes au niveau local peuvent être liées aux initiatives mondiales, de sorte que les activités sur le terrain, aux niveaux local ou national, s’accordent avec l’intérêt mondial de réduire les émissions de gaz à effet de serre», déclare M. Murdiyarso.

Farhan Helmy, secrétaire du Groupe de Travail sur l’Attenuation au Conseil National du Changement Climatique (DNPI) de l’Indonésie, assure que le gouvernement indonésien prend les incendies au sérieux.

Selon M. Helmy, le DNPI travaille depuis juillet sur un rapport complet concernant les facteurs et les émissions de gaz à effet de serre provenant des incendies. Le rapport sera publié dans les semaines à venir.

Le DNPI vise à partager le rapport avec les ministères indonésien compétents, ainsi que d’autres organisations intéressées, et à ouvrir un dialogue sur le sujet entre les scientifiques et les décideurs politiques.

«Mon inquiétude est que nous allons discuter de la même chose l’année prochaine – mais sans solution. Et tout ce que nous faisons est d’attendre l’arrivée de la pluie – nous aimerions avoir des solutions plus complètes à cet égard», déclare M. Helmy.

«Nous devons mettre fin à ce qui se passe de nos jours – ça suffit.»

Pour plus d’informations sur les enjeux abordés dans cet article, veuillez contacter Daniel Murdiyarso, d.murdiyarso@cgiar.org.

Ce travail s’inscrit dans le cadre du Programme de recherche du CGIAR sur les forêts, les arbres et l’agroforesterie.

(Visited 141 times, 1 visits today)