Comment mieux gérer les forêts et les exploitations agricoles? En en discutant

À Riau à Sumatra, le problème de fumée persistant, à fort impact et de grande envergure a rappelé la difficulté de gérer les paysages lorsque certains « points de basculement » ont été franchis.
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La fumée recouvre le paysage, suite aux feux de forêt dans les plantations de palmiers à huile de la province indonésienne de Riau sur l’île de Sumatra. Photo: Aulia Erlangga/CIFOR

 Note de la rédaction : Le Dialogue sur les Forêts a fait l’objet d’une séance de discussion lors du Sommet de l’Asie sur les Forêts, les 5 et 6 mai 2014 à Jakarta en Indonésie. Ce forum, Dialogue sur l’évolution des perspectives de nourriture, carburant, fibres et forêts en Indonésie : Le cas du Kalimantan central est détaillé ici.

Cet article a été publié dans l’édition du 24 avril 2014 du Jakarta Globe.

À Riau à Sumatra, le problème de fumée persistant, avec un fort impact et de grande envergure, a rappelé la difficulté de gérer les paysages lorsque certains «points de basculement» ont été franchis. Ceci fait penser à l’adage de la fermeture de la porte de l’écurie après que le cheval se soit échappé. Pourtant, les problèmes récents à Riau ne sont qu’un exemple parmi d’autres à travers le monde entier, tels que les conflits concernant l’utilisation des terres en Amazonie ou le soi-disant «accaparement des terres» pour l’expansion agricole en Afrique.

Les paysages sont transformés par l’homme depuis que nos ancêtres ont commencé à pratiquer l’agriculture. L’ampleur et le rythme du changement se sont accélérés au cours des 100 et surtout des 50 dernières années. Les forces économiques et sociales, telles que l’augmentation de la demande en nourriture et en biocarburants, ainsi que les changements démographiques, continueront à transformer les paysages au niveau mondial.

La bonne gestion des transformations paysagères est cruciale pour atteindre des résultats durables, présentant des avantages économiques et sociaux sans avoir des coûts environnementaux ou sociaux inacceptables. L’Indonésie ainsi que d’autres pays émergents, riches en terres et en ressources, continueront à faire l’objet d’un grand nombre de ces transformations.

Cependant, il est difficile, souvent même très difficile, de bien gérer les transformations paysagères. Les processus ordonnés et planifiés, tels que ceux conçus par des universitaires ou les bureaucrates, qui ont l’air bien sur les cartes des écrans d’ordinateurs, sont presque impossibles à mettre en pratique. De nombreux intérêts divergents doivent être réconciliés: certains d’entre eux sont très urgents, tels que l’amélioration des revenus des populations pauvres; d’autres sont difficiles à évaluer, tels que la biodiversité et l’atténuation du changement climatique. En outre, dans tous les pays, il existe des limites au pouvoir réel des gouvernements de gérer les changements sur le terrain.

Pour ces raisons, les transformations paysagères sont généralement désordonnées plutôt qu’ordonnées, contestées plutôt qu’acceptées. Elles aboutissent donc souvent à des résultats sous-optimaux pour les personnes et l’environnement, ainsi qu’entre les intérêts à court et à long terme. Les processus de changement favorisent certaines personnes plus que d’autres et délaissent souvent les pauvres. Les gouvernements, entreprises et communautés se trouvent en conflit. Des résultats iniques et inattendus sont communs, tels que l’utilisation du feu dans les tourbières.

Alors, que faire?

Une conclusion durement retenue, tirée d’expériences dans le monde entier, est la nécessité de comprendre le paysage dans son ensemble (pas seulement sa géographie et ses écosystèmes, mais également ses habitants et valeurs), ainsi que de partager et d’intégrer ces connaissances parmi les intérêts sectoriels. Une autre leçon durement apprise est que ceci est beaucoup plus facile à dire qu’à faire.

Troisièmement, il existe de nombreux avantages à rassembler tous les groupes de parties prenantes présents dans un paysage pour converser et négocier, à un stade initial plutôt que tardif.

Il y a un mois, c’est exactement ce qu’a fait le Centre de Recherche Forestière Internationale, un institut de recherche intergouvernemental mondial ayant son siège à Bogor, et Le Dialogue sur les Forêts, une plate-forme d’échange pour de multiples parties prenantes organisée à l’Université de Yale, avec le soutien du gouvernement de Kalimantan central et les ministères concernés du gouvernement indonésien. Soixante-dix personnes ont participé, dont 30 en provenance de pays en dehors de l’Indonésie, ayant de l’expérience sur ces défis par rapport à leurs propres situations et représentant la diversité des intérêts au sein des paysages: communautés traditionnelles et locales; organisations communautaires et non gouvernementales; organismes gouvernementaux ayant des responsabilités de planification, de gestion des terres et de développement à travers du territoire; compagnies forestières ou d’huile de palme et leurs organes représentatifs; ainsi que chercheurs et praticiens.

Ils se sont réunis pendant quatre jours dans et autour de Palangkaraya afin de comprendre et d’apprendre sur les façons dont les gouvernements locaux, provinciaux et nationaux planifient et gèrent les changements paysagers dans le Kalimantan central. Dans cette province, le gouverneur et le gouvernement provincial ont promu la croissance verte au profit des populations locales. Nombreux sont ses paysages dégradés qui pourraient bénéficier d’investissements à grande échelle, tels que ceux intentés par les plantations de palmiers à huile. En outre, des valeurs environnementales d’importance mondiale y existent, telles que le stockage de carbone dans les tourbières et une biodiversité illustrée par les orangs-outans.

Les participants ont cherché à identifier des approches pratiques, qui seraient pertinentes non seulement pour le Kalimantan central, mais également pour les 40 pays qu’ils représentent ou où ils travaillent.

La première priorité qu’ils ont identifiée est l’intégration des plans de développement de la province (pour promouvoir le bien-être économique et social) aux plans d’aménagement (pour déterminer où et comment le faire).

La deuxième priorité est la nécessité de renforcer la capacité des populations locales, y compris par une plus grande inclusion, la transparence et l’échange d’informations, afin de contribuer à l’élaboration de ces plans et de veiller à ce que les plans soient un moyen pour une fin et non une fin en soi.

La troisième est la nécessité d’élever le statut des petits exploitants agricoles et propriétaires terriens en tant qu’agents de développement par libre choix, ainsi que d’assurer des partenariats plus équitables et des meilleures connexions aux marchés.

La quatrième priorité, en complément de la troisième, est que la participation du secteur privé, soit des entreprises multinationales ou des petites et moyennes entreprises, est essentielle à la réalisation d’un développement durable.

Finalement, la cinquième priorité essentielle que les participants ont reconnu est la nécessité de comprendre les forêts au sein d’un paysage plus vaste, soumises à des forces économiques et de développement plus larges; de comprendre que les enjeux sociaux, y compris les droits des autochtones et de l’homme, ainsi que l’amélioration des moyens de subsistance des communautés, font tout autant partie du paysage que les arbres et les exploitations agricoles.

Le dialogue sur le Kalimantan central ne représente qu’une des nombreuses étapes nécessaires pour soutenir une meilleure gestion des transformations paysagères. Davantage de dialogue entre les parties prenantes, davantage d’engagement à l’action et davantage de recherches pour soutenir les bonnes décisions sont nécessaires.

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