Les jeunes: prochaine étape dans la gestion des forêts

Malgré l'intérêt soutenu des jeunes des régions tropicales dans l'agriculture et les moyens de subsistance liés aux forêts, leur voix n'est pas encore entendue au sein des structures de gestion des terres, selon des scientifiques et des représentants de la jeunesse.
Partager
0

Les plus populaires

Un grupo de jóvenes muestra su cosecha de gnetum en la región central de Camerún. Un estudio reciente de los comités de manejo forestal comunitario en ese país encontró que, entre sus miembros, solo había una persona menor de 30 años de edad. Fotografía de Ollivier Girard / CIFOR.

Des jeunes montrent leur récolte de Gnetum dans le centre du Cameroun. Une étude récente sur les comités de gestion des forêts communautaires au Cameroun a montré qu’il n’y avait qu’une personne de moins de 30 ans parmi leurs membres. Photo: Ollivier Girard/CIFOR

BOGOR, Indonésie — Malgré l’intérêt soutenu des jeunes des régions tropicales pour l’agriculture et les moyens de subsistance tirés des forêts, leur voix n’est pas encore entendue au sein des structures de gestion des terres, selon des scientifiques et des représentants de la jeunesse.

«Le programme de développement des pays africains place les jeunes au centre, notamment dans le domaine de l’agriculture», déclare Denis Sonwa, chercheur chevronné au Centre de Recherche Forestière Internationale (CIFOR) à Yaoundé, au Cameroun.

Pourtant, une étude récente sur les comités de gestion des forêts communautaires dans six villages au sud-est du Cameroun a montré qu’il n’y avait parmi leurs membres qu’une seule personne de moins de 30 ans.

Cela contraste fortement avec les opinions exprimées par les jeunes locaux, interrogés lors de l’étude, qui disent tous qu’ils participent à des activités agricoles et forestières, telles que la collecte de bois ou de produits non ligneux, pour la nourriture ou le revenu. «Près de 90% des hommes et femmes interrogés pensent que les jeunes devraient être inclus dans les postes de prises de décision au sein des communautés», selon un document basé sur cette recherche et publié dans le journal de la FAO Nature & Faune de l’Afrique de l’Ouest.

Les résultats sont frappants, puisqu’un des objectifs de la législation camerounaise établissant les forêts communautaires en 1994 visait précisément à offrir aux jeunes des moyens de subsistance basés sur les forêts. «Un aspect important de la loi forestière du Cameroun était de réduire la pauvreté et de freiner l’exode rural», explique Carolyn Peach Brown, directeur des études environnementales à l’Université de l’Île-du-Prince-Édouard au Canada et co-auteur de l’étude.

Catherine MacNeil, son élève qui a mené la recherche sur le terrain et qui est l’auteur principal de l’étude, fait remarquer que «de nombreuses recherches portent sur l’exode rural des jeunes, mais les jeunes qui restent sont très dépendants des forêts. Pourtant, ils sont -et se sentent- sous-représentés». La recherche montre que les jeunes femmes ont encore moins de possibilités pour faire entendre leur voix que les jeunes hommes.

Mme MacNeil ajoute que l’inclusion des jeunes dans la prise de décision sur la gestion des forêts est cruciale pour planifier des activités durables qui sont essentielles à leurs moyens de subsistance, telles que la culture du cacao et d’autres activités agro-forestières.

Parmi les obstacles à une participation plus forte des jeunes aux prises de décisions au niveau local, Mme MacNeil souligne la bureaucratie, le respect pour le rôle traditionnel de dirigeant des aînés, ainsi que des perceptions et comportements bien ancrés des jeunes eux-mêmes. «Beaucoup d’adultes pensent qu’ils prennent de meilleures décisions pour les jeunes que les jeunes eux-mêmes», ajoute Mme MacNeil.

Une meilleure représentation des jeunes au sein des organes de gestion forestière pourrait permettre d’aborder des enjeux tels que le régime foncier, une préoccupation majeure exprimée par les jeunes des pays tropicaux lors du Forum mondial sur les paysages novembre dernier. «Les jeunes sont presque toujours sans terre», a déclaré Karen Tuason de l’Équipe de Travail Mapalad, un groupe de défense basé aux Philippines, lors du forum. «J’ai observé comment l’évolution du rôle socio-économique d’un travailleur agricole sans terre vers celui de gestionnaire de terres a permis à des jeunes agriculteurs d’assurer collectivement la sécurité alimentaire de leur communauté, d’augmenter leur revenu ménager, d’avoir accès à l’éducation et aux soins de santé», dit-elle. Une meilleure utilisation de la technologie pourrait permettre d’autonomiser les jeunes en milieu rural, comme le suggère Joseph Macharia, un jeune agriculteur du Kenya. Lors du forum il a dit que, après avoir terminé ses études, il a mené des travaux de recherche avec des communautés agricoles. «J’organisais des réunions et seuls des vieillards venaient. Vraiment vieux. Que ce passe-t-il avec les jeunes? Pourquoi ne sont-ils pas là?»

L’année dernière, il a lancé le débat sur Facebook, où il a créé un espace pour discuter des meilleures pratiques agricoles. La page «Mkulima Young» compte désormais presque 30000 adhérents. L’expérience l’a encouragé à créer un marché en ligne pour des produits fermiers et à se pencher sur la microfinance.

Environ 200 participants ont assisté à la section jeunesse du Forum mondial sur les paysages. Toutefois, M. Sonwa et Mme Brown sont étonnés que presque aucune recherche sur l’engagement des jeunes à la gestion forestière n’ait été publiée avant qu’ils ne lancent l’étude au Cameroun.

«C’est un domaine très prometteur», déclare M. Sonwa, également co-auteur de l’étude de la FAO. «Les structures rurales de gouvernance pourraient favoriser les échanges intergénérationnels entre les personnes âgées, ayant une bonne connaissance empirique de la zone, et les jeunes ayant bénéficié d’une éducation scolaire, ayant voyagé et fréquenté d’autres personnes en dehors de la communauté.»

Pour plus d’informations sur les sujets de cette recherche, veuillez contacter Denis Sonwa sur d.sonwa@cgiar.org.

Cette recherche s’inscrit dans le cadre du Programme de recherche du CGIAR sur les Forêts, les Arbres et l’Agroforesterie.

(Visited 103 times, 1 visits today)