Activisme local et mesures politiques pour lutter contre le bois illégal

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Kayu hasil tebangan dibawa ke tempat penggergajian, Jepara, Jawa Tengah, Indonesia. Kayu yang dijual di pasaran global, antara 15 sampai 30 persen di antaranya adalah ilegal, demikian menurut laporan terbaru. Foto @CIFOR

Des bûches sont transportées vers des scieries à Jepara en Java central, en Indonésie. Entre 15 et 30% du bois négocié sur les marchés mondiaux est d’origine illégale, selon un rapport récent. Photo: Dita Alangkara/CIFOR.

BOGOR, Indonésie — Pour contrôler le commerce mondial des bois tropicaux d’origine illégale, les activistes locaux des pays producteurs de bois sont potentiellement plus efficaces que la technologie de pointe et les réglementations d’importation, selon les experts du Centre de Recherche Forestière Internationale (CIFOR).

Les dénonciations faites par les groupes de défense de l’environnement ont engendré des mesures de répression contre le commerce illégal d’espèces emblématiques, telles que l’Acajou d’Amérique du Sud. Une étude récente publiée par le CIFOR et le Chatham House de Londres suggère que ces groupes obtiennent un rôle plus formel au sein des organismes internationaux de surveillance.

«On élargit sa base de données en engageant les représentants de la société civile des pays où le commerce illégal du bois a lieu, tant qu’il s’agit d’organisations non gouvernementales crédibles», déclare Rosalind Reeve, chercheur chevronné associé au CIFOR et co-auteur de l’étude.

Même quand les agences internationales et les pays producteurs de bois se mettent d’accord sur des mesures d’amélioration de la gestion forestière et d’application des lois, les cargaisons illégales peuvent toujours passer à travers des mailles du filet.

Le rapport recommande des moyens rapprocher les règlements de l’Union européenne, visant à lutter contre les importations illégales de bois, et la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES).

Entre 15 et 30% du bois vendu sur les marchés mondiaux est d’origine illégale, selon les estimations du Programme des Nations Unis pour l’Environnement. Interpol estime que le commerce illégal représente au moins 30 milliards de dollars par an.

Selon Mme Reeve, la pression exercée par les organisations issues de la société civile a contribué à établir des contrôles plus stricts des exportations du Ramin (Gonystylus spp.) qui est natif des tourbières d’Asie du Sud-Est. En outre, les campagnes menées par les organisations non gouvernementales en Europe et aux Etats-Unis ont déclenché un moratoire sur les exportations d’Acajou (Swietenia macrophylla) en provenance du Brésil, ainsi que des exigences plus strictes d’exportation du bois définies dans un accord de libre-échange entre le Pérou et les Etats-Unis. Plus récemment, l’organisation écologiste Greenpeace a exprimé ses doutes quant à une cargaison de Teck africain (Pericopsis elata, également connu sous le nom d’Afrormosia), que les autorités ont ensuite saisi dans un port en Belgique.

Bien que l’Union européenne, les Etats-Unis et l’Australie aient mis en place des réglementations pour les importations de bois, ils sont peu susceptibles d’arrêter le flux de bois illégal, selon certains experts.

«Il est largement admis que l’exploitation forestière illégale demeure un problème sérieux dans de nombreuses régions du monde», dit Andrew Wardell, ancien directeur du Programme Forêts et Gouvernance du CIFOR. «Les retombées économiques sont très importantes pour les personnes impliquées; les capacités d’application des lois et la volonté politique d’agir sont encore trop faibles.»

Même quand les agences internationales et les pays producteurs de bois se mettent d’accord sur des mesures d’amélioration de la gestion forestière et d’application des lois, les cargaisons illégales peuvent toujours passer à travers des mailles du filet.

Malgré une rubrique spécifique sur la gouvernance forestière dans l’Accord de Promotion du Commerce entre les Etats-Unis et le Pérou, exigeant du Pérou d’assurer que les cargaisons d’espèces ligneuses protégées par la CITES puissent être retracées jusqu’à la concession forestière où les arbres ont été récoltés, les exportations illégales d’Acajou persistent. Cela s’explique par le manque d’inventaires pré-récoltes, des documents frauduleux ou incomplets, ainsi que le manque d’application des lois, selon une étude publiée dans la revue Nature en début d’année.

Une enquête antérieure menée par l’Agence d’Investigations Environnementales a constaté que depuis 2008 plus de 20 entreprises américaines importaient du bois illégal, valant des millions de dollars, en provenance de l’Amazonie péruvienne. L’Acajou récolté illégalement entre finalement dans la chaîne du marché légal, de sorte que les documents d’exportation semblent être légitimes lorsqu’ils atteignent les ports des Etats-Unis, le plus gros importateur d’Acajou péruvien.

PAS DE SOLUTIONS CENTRÉES SUR LA TECHNOLOGIE

Une réglementation inadéquate, la faible application des lois et la corruption sont des problèmes qui peuvent être traités plus efficacement par la mise à contribution des connaissances des organisations de la société civile au sein des pays producteurs de bois, que par les réglementations internationales telles que la Loi Lacey des Etats-Unis ou le Règlement commercial de l’UE, déclare M. Wardell.

Les pays importateurs peuvent jouer un rôle important de soutien envers ces organisations, puisqu’ils exercent une pression en faveur d’une meilleure réglementation de la gestion forestière et des exportations de bois au niveau national, dit-il. Même lorsque les pays importateurs habituels, comme les Etats-Unis et les membres de l’Union européenne, adoptent des lois pour lutter contre les importations illégales de bois, leur capacité à garder le bois récolté illégalement en dehors des chaînes d’approvisionnement est limitée pour plusieurs raisons, selon M. Wardell.

L’une d’elles est que des quantités croissantes de bois illégal s’écoulent vers d’autres pays, comme la Chine, l’Inde et le Moyen-Orient, qui ont souvent des réglementations d’importation moins rigoureuses. De plus, une importante partie du commerce de bois est régionale – entre les pays d’Asie, d’Afrique ou d’Amérique du Sud – et donc en dehors du champ d’application des systèmes tels que l’Application des réglementations forestières, Gouvernance et Echanges commerciaux (FLEGT) de l’Union européenne.

En outre, dans de nombreux pays producteurs de bois tropicaux, la limite entre la récolte informelle de bois par les petits exploitants ruraux et le commerce illégal est souvent floue, selon M. Wardell. Une étude récente a également mis en évidence des activités récurrentes entre les acteurs «privés» et «étatiques» dans le commerce informel de bois entre le Vietnam et le Laos, ainsi que la marge de manœuvre entre ces catégories. Ceci suggère que les efforts internationaux et nationaux pour appliquer des lois doivent être combinés au développement d’une compréhension plus nuancée des mécanismes complexes qui caractérisent et perpétuent la corruption à de multiples échelles, explique M. Wardell.

Les réglementations forestières conçues en faveur des grandes concessions forestières ne contiennent pas de dispositions permettant aux petits exploitants de vendre le bois légalement. En conséquence, les petits exploitants risquent d’être condamnés à une amende pour avoir vendu des petites quantités illégalement tandis que les grands opérateurs restent impunis, dit M. Wardell.

L’étude au Vietnam et au Laos montre que les problèmes fondamentaux liés à la gouvernance forestière, aux politiques et aux réseaux sociaux complexes dans les pays producteurs de bois ne peuvent pas être résolus par des mesures techniques, telles qu’un meilleur suivi du bois entre les pays importateurs et exportateurs, dit-il.

Il ajoute que la résolution des problèmes nécessite des mesures politiques. Le plaidoyer en faveur de ces mesures est une tâche qui exige un leadership de la part des organisations locales issues de la société civile.

«Il s’agit de réseaux très complexes qui ne peuvent pas être abordés par des outils simplistes et centrés sur la technologie», affirme M. Wardell. «En tant que chercheurs, nous pouvons apporter de nouvelles connaissances et preuves fondées scientifiquement, mais pour obtenir des changements transformationnels, l’effort doit venir des citoyens de chaque pays.»

Pour plus d’informations sur les sujets abordés dans cet article, veuillez contacter Andrew Wardell sur a.wardell@cgiar.org.

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