Occasions manquées de financer conjointement l’adaptation et l’atténuation

Les projets visant à atténuer le changement climatique et s’y adapter portent généralement sur deux choses bien distinctes : la cause et l’effet, respectivement. Cependant, des projets d'atténuation et d'adaptation sont rarement réunis en un seul projet, en dépit des avantages largement reconnus d’une telle approche.
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Helechos en el Parque Nacional Gunung Halimun-Salak, Java Occidental, Indonesia. Una encuesta de gestores de fondos para el cambio climático ha encontrado que habría beneficios claros al integrar medidas de adaptación al cambio climático en proyectos de mitigación. Foto: Mokhamad Edliadi/CIFOR.

Fougères du Parc national Halimun Salak, Java Occidental, Indonésie. Un sondage auprès des gestionnaires de fonds relatifs au changement climatique a démontré qu’il y aurait des avantages évidents à intégrer des mesures d’adaptation au climat au sein des projets d’atténuation. Photo: Mokhamad Edliadi/CIFOR

MONTPELLIER, France – Les projets visant à atténuer le changement climatique et s’y adapter portent généralement sur deux choses bien distinctes: la cause et l’effet, respectivement. Cependant, les projets d’atténuation et d’adaptation sont rarement réunis en un seul projet, en dépit des avantages largement reconnus d’une telle approche.

«Sur le terrain, il est évident que ces deux approches peuvent être combinées. Mais au niveau international, il n’existe pas de fond soutenant explicitement une approche combinée», a déclaré Giacomo Fedele, chargé de recherche au Centre de Recherche Forestière Internationale (CIFOR), lors de la récente conférence Résilience 2014 à Montpellier en France.

Et ce, malgré l’entente de la majorité des personnes interrogées dans son enquête auprès de 22 gestionnaires de fonds relatifs au changement climatique, qu’il y aurait des avantages évidents à intégrer des mesures d’adaptation au sein des projets d’atténuation.

Il y a beaucoup d’occasions manquées d’établir des synergies ou d’éviter des compromis

Les personnes interrogées par M.Fedele dirigent des bureaux en charge de l’attribution des fonds pour des projets concernant le changement climatique au service d’organismes internationaux tels que l’Union européenne, le Ministère Britannique du Développement International (DFID), l’ONU-REDD ou la Banque Mondiale. Tandis que 77% des financements existants pour le climat sont alloués à l’atténuation – pour limiter les émissions de gaz à effet de serre à l’origine des changements climatiques, comme celles causées par la déforestation – la plupart de ces experts disent que les projets d’atténuation devraient inclure des mesures pour aider les communautés locales à s’adapter aux changements des régimes climatiques.

Les experts sont plus divisés sur la perspective d’ajouter des mesures d’atténuation à des projets visant initialement l’adaptation. Certains d’entre eux ont alerté sur les risques de brouiller les priorités ou de rendre des projets intégrés moins efficaces et plus difficiles à suivre.

Pourtant, même ceux qui reconnaissent les avantages de la combinaison de l’atténuation et de l’adaptation disent que des obstacles les ont empêchés d’agir de la sorte. Par exemple, «si vous avez des exigences en termes d’atténuation et d’adaptation, préparer des propositions de projets prend plus de temps et nécessite plus d’experts», déclare M.Fedele.

Pourtant, Bruno Locatelli, chercheur au CIFOR, fait remarquer que les plus grands obstacles provenaient de la séparation de l’atténuation et l’adaptation lors des négociations internationales sur le climat, ainsi que des séparations institutionnelles au sein des organismes donateurs. «Dans de nombreux cas, les gestionnaires de fonds sont en mesure d’agir sur les obstacles qu’ils ont indiqués», dit-il. «Toutefois, ils reçoivent de l’argent des agences et ministères ciblant leur financement uniquement vers l’atténuation (par exemple dans le secteur de l’énergie) ou l’adaptation (si elles se concentrent sur le développement).»

M.Locatelli déplore que cette séparation façonne l’action sur le terrain puisque les porteurs de projet ne considèrent qu’un aspect des enjeux lors de la conception de leurs projets.

«Il y a beaucoup d’occasions manquées d’établir des synergies ou d’éviter les compromis», déclare-t-il.

Le programme de séquestration du carbone au Belize par exemple a été étudié par Rico Kongsager du Centre de Risø pour l’Energie, le Climat et le Développement Durable du Programme des Nations Unies pour l’Environnement. L’étude de cas a révélé que l’isolement de blocks forestiers pour la conservation avait réussi à stopper la déforestation. «Mais l’adaptation sociale est peu prise en compte par les projets, donc les projets n’ont pas fait grand chose pour les communautés locales», a déclaré M.Kongsager lors de la conférence. «Ce projet est comme une île.»

M.Kongsager a constaté que très peu a été entrepris pour répondre aux menaces liées au changement climatique, telles que les incendies ou les ouragans. Il en a conclu que ces projets très ciblés constituaient une contre-incitation à un développement rural respectueux du climat, comme en témoigne la destruction des forêts tampons dans les zones où les agriculteurs se sont tournés vers une agriculture mécanisée à proximité de la zone protégée.

«Ceci est un exemple dans lequel les développeurs de projets pourraient rendre le stockage de carbone plus durable si ils tenaient compte de l’adaptation, ce qui pourrait inciter la bonne volonté de la part des populations locales», déclare M.Locatelli.

Des paiements de primes d’émission de carbone ou un accès plus facile aux marchés du carbone pour les projets d’atténuation incluant des mesures d’adaptation font partie des solutions envisagées pour lutter contre le décalage entre les deux approches. M.Fedele a déclaré que le moment était venu de soutenir davantage l’intégration, puisque les pourparlers pour fixer les règles de financement des projets par le nouveau Fonds Vert pour le Climat sont en cours.

Pour plus d’informations sur les enjeux abordés dans cet article, veuillez contacter Bruno Locatelli sur b.locatelli@cgiar.org

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