Présence chinoise en Afrique: sonnette d’alarme pour les gestionnaires de ressources naturelles

La récente flambée des investissements chinois en Afrique a révélé la nécessité pour les décideurs politiques locaux à renforcer la réglementation et la capacité administrative, afin de gérer leurs forêts et autres ressources naturelles de manière durable, selon les résultats d’une étude récente en Zambie.
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The Miombo woodlands of northern Zambia. Indirect impacts of mining are the largest cause of forest loss in Zambia. Jeff Walker/CIFOR photo

La savane boisée de Miombo au nord de la Zambie. Les effets indirects de l’exploitation minière sont la principale cause de la perte forestière en Zambie. Photo: Jeff Walker/CIFOR

BOGOR, Indonésie — La récente flambée des investissements chinois en Afrique a révélé la nécessité pour les décideurs politiques locaux de renforcer la réglementation et la capacité administrative pour gérer leurs forêts et leurs autres ressources naturelles de manière durable, selon les résultats d’une étude récente réalisée en Zambie.

L’étude, menée par des scientifiques du Centre de Recherche Forestière Internationale (CIFOR), visait à évaluer les conséquences du rôle économique et politique de plus en plus important de la Chine sur le développement en Zambie.

L’exploitation minière est un facteur clé de la déforestation, et celle-ci est appuyée par les investissements chinois.

Le pays d’Afrique australe s’est avéré être un lieu adapté pour une telle étude, grâce ses relations anciennes et riches avec Pékin – allant de l’achèvement du chemin de fer long de 1 860 kilomètres entre la Tanzanie et la Zambie en 1975 (jadis le plus grand projet de construction de la Chine en Afrique), à l’élection en 2011 du président Michael Sata qui s’est opposé à des conditions considérées comme étant trop favorables aux entreprises chinoises opérant en Zambie.

«Au fil des années, j’ai observé la progression des Chinois, à commercer par l’achat de quelques bûches de bois pour finir avec des opérations à plus grande échelle», déclare Davison Gumbo, chercheur du CIFOR basé en Zambie et co-auteur de l’étude.

Au cours des 15 dernières années, une grande partie de la participation des entreprises chinoises, institutions financières et organismes d’Etat a mis l’accent sur l’exploitation minière, en ciblant les riches gisements de cuivre et de cobalt en Zambie.

L’étude décrit des centaines de millions de dollars d’investissements effectués par une entreprise publique chinoise, appellée Non Ferrous Company Africa (NFCA), dans des concessions minières zambiennes, des fonderies de cuivre et le développement d’infrastructures.

En plus de donner un aperçu du comportement à l’échelle internationale des investissements et de la gouvernance dans le secteur des ressources naturelles, M.Gumbo souligne que l’attention portée aux minéraux est également pertinente pour la gestion forestière en soi. Selon lui, «l’exploitation minière est un facteur clé de la déforestation, et celle-ci est appuyée par les investissements chinois».

M.Gumbo explique que, au-delà de l’espace directement touché par les mines à ciel ouvert et les infrastructures associées, les impacts indirects de l’exploitation minière sur les forêts ont fait d’elle la principale cause de la perte forestière en Zambie. «Les zones minières disposent d’un approvisionnement énergétique limité pour un travail à faible revenu. Les personnes doivent aller acheter du charbon de bois, ce qui affecte les zones environnantes. Les mineurs cherchent également des petites parcelles de terre pour cultiver du manioc ou du maïs, et ces champs empiètent sur les forêts», dit-il.

La flambée des investissements chinois dans les années 2000 a coïncidé avec l’introduction d’allégements fiscaux pour les investisseurs internationaux, ainsi que des incitations pour le secteur d’exploitation minière, notamment des «accords de développement» divisant les redevances sur les minéraux par cinq pour les nouveaux acteurs.

Les scientifiques rappellent que les partis de l’opposition et la société civile ont commencé à protester contre le fait que le gouvernement n’obtienne pas de revenus suffisants des ressources les plus précieuses de la Zambie, alors que les investisseurs font des profits record. Ceci a conduit à des incidents violents lors des élections en 2011.

Le développement d’une zone économique spéciale disposant de nouvelles incitations fiscales, en grande partie occupée par la NFCA et ses entreprises chinoises associées, «court le risque de devenir une sorte d’enclave économique» ou «un lieu d’accumulation de capital étranger (et peut-être même culturel)», écrivent les chercheurs.

LA NÉCESSITÉ DE METTRE EN APPLICATION LES POLITIQUES

En dépit de ces risques et de la perception largement répandue en Zambie que les employeurs chinois appliqueraient des conditions de travail plus sévères que les autres, les chercheurs du CIFOR ont trouvé «peu de preuves concrètes pour appuyer les déclarations affirmant que les entreprises chinoises seraient plus négligentes des droits, de la santé et de la sécurité du travail que les autres entreprises.»

«Les résultats préliminaires de ce rapport d’orientation ne donnent aucune raison de penser que ces investissements seraient susceptibles d’être plus ou moins durables que les investissements provenant d’autres pays», concluent-ils. Ils notent que l’accès facilité au capital avait aidé les entreprises chinoises à maintenir leurs activités et l’emploi durant la crise financière mondiale.

Pourtant, l’ampleur des investissements chinois, les prêts conditionnels massifs qui proviennent du soutien de Pékin aux projets d’infrastructure publique et la présence croissante de la Chine dans d’autres secteurs de ressources naturelles, tels que l’exploitation forestière et l’agriculture, illustrent la nécessité pour les Etats africains, comme la Zambie, d’être mieux préparés pour faire face aux puissants partenaires internationaux.

«Le point crucial est l’application des politiques», déclare M. Gumbo. «Lorsque le gouvernement n’applique pas ses politiques, les gens font comme ils l’entendent. En renforçant leur mise en œuvre, le gouvernement obtiendrait plus de revenus.»

En 2011, une nouvelle loi a créé l’Agence Zambienne de Gestion de l’Environnement (ZEMA), qui vise à évaluer les impacts environnementaux des investisseurs en amont des projets industriels et à surveiller leurs mises en œuvre. Les auteurs notent que la ZEMA n’emploie que 40 inspecteurs à l’échelle nationale et ils soulignent des «lacunes importantes dans la législation régissant les impacts environnementaux des opérations commerciales à grande échelle en Zambie». Néanmoins, la sensibilisation émergente à l’environnement des autorités face à l’expansion de l’exploitation minière crée un potentiel pour une meilleure gestion forestière, déclare M. Gumbo.

«La ZEMA s’engage désormais, en questionnant les plans de gestion, en minimisant ce que le secteur forestier peut faire sans respecter les exigences d’évaluation environnementale.»

Pour plus d’informations sur les sujets de cette recherche, veuillez contacter Davison Gumbo sur d.gumbo@cgiar.org

Cette recherche s’inscrit dans le cadre du Programme de Recherche du CGIAR sur les Forêts, les Arbres et l’Agroforesterie.  

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