Chronique du DG

Pensez au-delà des forêts pour une solution climatique efficace. Pensez paysages.

Plus de 120 chefs d'Etats et des dizaines de milliers de personnes convergent à New York cette semaine pour attirer l'attention du monde sur la détérioration de notre climat et le besoin toujours plus pressant de passer à l'action.
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Cattle farming in Acre, Brazil  Photo by Kate Evans

Elevage à Acre au Brésil. L’agriculture et la foresterie intelligentes sont tout aussi importantes pour améliorer les moyens de subsistance, renforcer la résilience et réduire les émissions face au changement climatique. Photo: Kate Evans/CIFOR.

Plus de 120 chefs d’Etats et des dizaines de milliers de personnes convergent à New York cette semaine pour attirer l’attention du monde sur la détérioration de notre climat et le besoin toujours plus pressant de passer à l’action.

Les forêts seront en haut de l’agenda des négociations, débats et recherches de solutions – et à juste titre. Mais militer pour leur inclusion dans un accord sur le climat sans considérer la situation dans son ensemble risque de miner nos efforts.

Sans les forêts, le changement climatique serait encore plus grave qu’il ne l’est déjà. Les forêts et les arbres régulent le climat et l’eau dans les paysages à travers le monde. Ils protègent les sols et fournissent à la fois de la nourriture et de l’énergie renouvelable pour des centaines de millions de personnes. Sans ces services, nos systèmes alimentaires seraient extrêmement vulnérables; les personnes pauvres en particulier manqueraient de ressources basiques pour leurs moyens de subsistances. Les forêts protègent aussi des effets des émissions massives issues de l’utilisation de combustibles fossiles. Nous avons besoins des forêts pour survivre.

Les forêts jouent évidement un rôle crucial dans l’atténuation du changement climatique, mais nous devons faire attention à ne pas trop nous focaliser sur les forêts et la foresterie pure quand nous cherchons des solutions.

Nos forêts matures et repoussées ont stocké 4 à 6 gigatonnes de carbone chaque année depuis les années 90 – ce qui signifie que plus d’un tiers des émissions de combustibles fossiles injectées dans l’atmosphère ces 20 dernières années a été absorbé par nos forêts. Rappelez-vous que les forêts stockent deux fois plus de carbone que l’atmosphère entier – un tampon très utile pour renverser les effets du comportement actuel de l’homme.

Nous pouvons davantage tirer profit de la photosynthèse des forêts en contrant les effets des émissions de combustibles fossiles. Le 5ème rapport du GIEC sur l’adaptation au changement climatique suggère que nous cherchions des moyens plus actifs pour gérer les forêts. La science recommande que nous utilisions plus efficacement le bois et la fibre tout en maintenant les capacités de cet énorme engin de stockage basé sur le soleil. La photosynthèse forestière apporte un bienfait en contrant les effets des émissions de combustibles fossiles; ce bienfait ne doit pas être ignoré ou sous-estimé.

Et pourtant, nous continuons à dégrader les forêts ou à les transformer pour l’agriculture. Ces activités réduisent de manière significative non seulement le volume de carbone stocké, mais aussi l’apport de services écosystémiques essentiels pour les personnes. L’initiative REDD+ vise à faire face à ces questions à la fois au niveau des politiques et de la gouvernance et au niveau de l’application technique.

Les forêts jouent évidement un rôle crucial dans l’atténuation du changement climatique, mais nous devons faire attention à ne pas trop nous focaliser sur les forêts et la foresterie pure quand nous cherchons des solutions.

Soyons clairs, nous ne pouvons jamais séparer l’adaptation et l’atténuation dans des secteurs basés sur la terre. Le même processus biologique qui protège contre les niveaux de CO2 dans l’atmosphère contribue aussi aux moyens de subsistances, la santé et la sécurité alimentaire, et renforce la résilience aux effets du changement climatique.

Cependant, il y aura toujours des compromis et nous devons en être avertis – traiter la question de l’utilisation des terres de manière éparse pourrait mener à une situation où les efforts d’atténuation minent les efforts d’adaptation et vice-versa.

Nous devons donc accepter que la foresterie et l’agriculture – ensemble – soient une partie importante de la solution pour le climat. Alors que nous nous rapprochons de Paris, il est essentiel d’envisager ce lien dans le contexte d’un cadre général d’accord anticipé qui pourrait permettre l’action à différents niveaux et échelles.

Le CIFOR et tous les centres de recherche du CGIAR prennent le défi du changement climatique très au sérieux. En effet, pour tous les centres CGIAR, le changement climatique est l’une des questions qui définit nos missions pour la prochaine décennie, comme on pourra le voir lors du CGIAR Development Dialogues le 25 septembre. L’agriculture intelligente face au climat fait partie de nos priorités, comme une autre démonstration de notre conscience qu’il faut embrasser la complexité sur le terrain pour améliorer les moyens de subsistance, renforcer la résilience et, en même temps, réduire les émissions.

L’agriculture intelligente face au climat et l’approche par les paysages partagent la même manière de répondre à des objectifs multiples avec de multiples acteurs, et ce raisonnement est de plus en plus fréquent. Par contraste, le militantisme pour une seule problématique à la fois a souvent été utile pour la sensibilisation et l’action politique, mais cela sera peut-être moins efficace pour trouver des solutions concrètes.

La même complexité, qui consiste simultanément à améliorer les moyens de subsistances, accroître la résilience et réduire les émissions est aussi inhérente à la REDD+, avec ses besoins de garanties négociées. Depuis qu’elle a été introduite pour la première fois dans les négociations climat de l’ONU, la REDD+ a évolué et mûrit. Au niveau technique et gouvernemental, nous sommes prêts à accroître les efforts. Ce dont nous avons besoin maintenant, c’est d’une volonté politique pour aider les finances à se mettre en place, en particulier de la part des pays riches.

Espérons que le Fonds vert pour le climat apportera l’élan nécessaire pour faire avancer la REDD+, que les gouvernements des pays développés feront un pas en avant et alimenteront le fonds, et que les innovations à différents niveaux juridictionnels continueront d’émerger et de donner satisfaction.

Le Sommet sur le climat de l’ONU fournit cette année l’opportunité de réels engagements pour le Fonds vert pour le climat, pour un travail suivi sur la REDD+, pour une agriculture intelligente face au climat et pour des approches par les paysages – qui sont nécessaires pour s’attaquer aux défis en profondeur et avec pragmatisme.

Mais aussi – et peut-être plus important – j’espère que le Sommet sur le climat de l’ONU sera un temps où l’engagement politique et l’esprit de coopération politique seront renforcés, afin que nous soyons confiants pour parvenir à un accord à Paris l’année prochaine.

Peter Holmgren sera le modérateur d’une discussion de haut niveau sur le changement climatique au CGIAR Development Dialogues à New York le 25 septembre. L’événement sera retransmis en direct sur CIFOR TV.

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