Les liens entre forêts et agriculture ne sont pas toujours évidents, avertit une experte

Toutes les forêts ne sont pas les mêmes et tous les systèmes agricoles ne sont pas les mêmes, selon un expert de haut niveau. Il recommande des politiques d'aménagement du territoire qui reflètent mieux la complexité sur le terrain.
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Forest landscape in Uganda.   Photo by Douglas Sheil for Center for International Forestry Research (CIFOR).

Une forêt touche à des terres agricoles en Ouganda. Comme les limites entre les deux secteurs sont rarement aussi nettes, les politiques d’aménagement du territoire doivent être souples, selon une experte. Photo: Douglas Sheil/CIFOR

BOGOR, Indonésie — Toutes les forêts ne sont pas les mêmes et tous les systèmes agricoles ne sont pas les mêmes, affirme une experte de haut niveau qui recommande des politiques d’aménagement du territoire reflétant davantage la complexité sur le terrain.

«Les gens parlent de l’agriculture et des forêts comme s’il s’agissait de systèmes similaires, alors qu’il existe différents types de forêts et de nombreux types d’agricultures qui sont liées aux forêts. Même les liens sont très variés», déclare Cheryl Palm, chercheuse chevronnée et directrice de recherche au Centre d’Agriculture et de Sécurité Alimentaire à l’Université Columbia.

Les écologistes ne peuvent pas le faire tout seuls, les agriculteurs ne peuvent pas le faire tout seuls – nous devons travailler ensemble.

Dans une entrevue, Mme Palm déplore la lenteur des progrès sur ces questions depuis les années 1970 et plaide pour une approche prenant en compte les différences qu’elle indique.

«Je pense qu’en désagrégeant la discussion par type de forêt et type d’agriculture, nous pouvons être plus productifs.»

Mme Palm est l’un des six conférenciers qui ont partagé des «grandes idées» lors du Colloque sur les Forêts et le Climat: une nouvelle pensée pour un changement transformationnel, à New York le 24 septembre. Le colloque était organisé conjointement par le Centre de Recherche Forestière Internationale (CIFOR) et l’Institut de la Terre de l’Université Columbia. Ci-dessous, une transcription de son entrevue avec le CIFOR avant le colloque. 

Q: Quelle est cette «grande idée» dont vous allez parler lors de l’événement?

R: Les gens parlent de l’agriculture et des forêts comme s’il s’agissait de systèmes similaires, alors qu’il existe différents types de forêts et de nombreux types d’agriculture qui sont liés aux forêts. Même les liens sont assez variés.

La discussion sur les types de forêt doit être plus, ainsi de même que sur les types d’agriculture empiétant sur ou bénéficiant de ces forêts. Une discussion plus ciblée nous permettra peut-être de faire plus de progrès dans nos recherches et dans notre quête de preuves pour à éclairer les décisions sur la gestion de l’interface forêt-agriculture.

La balance continue à pencher soit vers la conservation soit vers le développement, plutôt que d’être favorable aux deux. La plupart des personnes seraient d’accord sur le fait que nous avons besoin (de la conservation) des forêts et (du développement) de l’agriculture. La question est de savoir comment y parvenir? Les projets actuels des Objectifs de Développement Durable de l’ONU soutiennent l’agriculture durable (dans le cadre de l’Objectif 2), ainsi que la protection et la restauration des écosystèmes terrestres, y compris les forêts (Objectif 15). La manière dont se fera le développement agricole déterminera l’étendue et l’intégrité des forêts, néanmoins, les liens entre ces deux objectifs sont faibles.

On discute de ces problèmes depuis les années 1970, mais les progrès ne suffisent pas face aux besoins. Je pense qu’en sectionnant la discussion par types de forêt et types d’agriculture, nous pouvons être plus productifs.

Q: Selon vous, pourquoi n’y a-t-il pas eu beaucoup de progrès ?

R: Peut-être parce que les acteurs et le contexte changent, puisque les tropiques changent si rapidement et de manière différente dans les diverses régions tropicales.

Très peu de mesures, touchant l’agriculture ou les forêts, ont été prises en faveur des différents services écosystémiques et leurs relations. Les mesures sur la déforestation (ou son absence) sont nombreuses, tout comme celles sur l’évolution des stocks de carbone. Toutefois, il existe peu d’évaluations de l’interface et les changements qui ont lieu, mise à part la présence ou l’absence de couvert forestier.

Cette orientation et ce type de recherche sont en train d’évoluer pour inclure les services écosystémiques fournis par les forêts et l’agriculture, ainsi que leur évolution avec le changement d’utilisation des terres et l’intensification agricole. Cependant, il faut y accorder beaucoup plus d’importance pour obtenir les preuves nécessaires pour prendre des décisions éclairées en matière de conservation et de développement durable.

Cheryl Palm

«Puisque le changement climatique devient un problème, nous devons examiner de près les services, comme l’eau fournie par les forêts et les systèmes naturels présents dans les systèmes agricoles», explique Cheryl Palm.

 

Q: Pouvez-vous donner un exemple de votre travail sur le terrain?

R: Le soja en Amazonie brésilienne est un exemple d’agriculture qui peut être pratiqué dans les forêts tropicales humides. Les politiques actuelles ont réussi à freiner la déforestation après des années d’expansion agricole intensive. Les forêts humides du Ghana racontent une histoire très différente. Ici, des systèmes agroforestiers complexes de cacao sont encore le principal type d’agriculture pratiquée au sein de la zone de forêt humide.

Dans de nombreux endroits, des arbres sont cultivés dans des zones où les arbres forment le système naturel. Autre part, les arbres sont déplacés. Ainsi, il existe des cas de figure très variés.

La savane boisée du Miombo, sous les tropiques semi-humides à sèches de l’Afrique, est un autre exemple. Il s’agit là d’une dégradation lente de la forêt, due en partie à l’agriculture, plutôt que d’une déforestation rapide. Jusqu’à présent, une majeure partie a été constituée d’agriculture à petite échelle, mais ceci risque de changer rapidement. Nous ne savons pas encore si nous disposons de suffisamment d’informations pour guider un processus aboutissant à l’agriculture durable, ainsi qu’à la conservation des forêts et des services écosystémiques.

Q: Face à cette hétérogénéité, est-il possible de trouver une façon d’aborder toutes ces différences?

R: Oui, je pense. Toutefois, nous devons prendre en compte les résultats escomptés, à la fois pour la forêt et l’agriculture. Est-il possible de les combiner ou sont-ils très divergents? Lorsqu’il s’agit de biodiversité, ils doivent probablement être séparés. Mais concernant d’autres services écosystémiques, ceci peut ne pas être le cas.

Q: Pourquoi des événements, comme ce colloque, où nous discutons de ces questions sont-ils importants ?

R: Je pense que c’est important pour rendre le dialogue public. L’information de base se cache souvent derrière les coulisses. Il est important de créer des occasions pour parler de ces sujets et pour comprendre comment les décisions ont été ou pourraient être prises.

Q: Qu’espérez-vous que les gens pensent en quittant le colloque ?

R: Ils devraient prendre davantage en considération les services écosystémiques fournis par les forêts. Puisque le changement climatique devient un problème, nous devons examiner de près les services, comme l’eau fournie par les forêts et les systèmes naturels présents dans les systèmes agricoles.

En outre, ces dilemmes doivent être abordés par des groupes interdisciplinaires. Les écologistes ne peuvent pas le faire tout seuls, les agriculteurs ne peuvent pas le faire tout seuls – nous devons travailler ensemble.

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