Avant de quantifier le carbone, évaluons les progrès de la REDD+ avec des indicateurs politiques

Les pays peuvent mesurer leurs progrès de REDD+ en évaluant leur sphère politique, même si des structures de gouvernance favorable ne sont pas mises en place et ils ne sont pas prêts à mesurer leurs réductions d'émissions de carbone, selon une étude récente.
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Trabajadores toman medidas en un bosque de manglares en Kubu Raya, Kalimantan Occidental, Indonesia, para evaluar la capacidad de almacenamiento de carbono de los árboles. ¿Pueden los científicos medir también el progreso de las políticas? Foto Kate Evans/CIFOR.

Des travailleurs prennent des mesures dans une mangrove à Kubu Raya, au Kalimantan occidental en Indonésie, afin d’évaluer la capacité des arbres à stocker du carbone. Les scientifiques peuvent-ils également mesurer les avancées politiques? Photo: Kate Evans/CIFOR

BOGOR, Indonésie — Les pays peuvent mesurer leurs progression dans la REDD+ en évaluant leur environnement politique, même s’il n’y a pas de structures de gouvernance favorables en place, et qu’ils ne sont pas prêts à mesurer leurs réductions d’émissions de carbone, selon une étude récente.

Le concept de REDD+ (Réduction des Emissions issues de la Déforestation et la Dégradation) consiste à encourager les pays en voie de développement à préserver leurs forêts en attribuant une valeur financière au carbone présent dans les arbres. Les paiements, fondés sur des résultats mesurables, proviennent de pays plus riches.

Dans les pays où les dirigeants politiques se sont engagés dans le processus de REDD+, les progrès politiques sont possibles et tangibles – et donc mesurables, même si la gouvernance forestière est défaillante.

Les émissions de carbone issues de la déforestation et de la dégradation des forêts représentent plus de 10% des émissions totales à l’échelle mondiale. Par conséquent, il est essentiel de réduire ces émissions afin d’atténuer le changement climatique et ses effets néfastes.

Toutefois, malgré l’attention portée à l’évaluation des stocks de carbone, préserver les arbres commence avec l’ajustement de la gouvernance et des politiques, selon les auteurs de l’étude. Ce processus peut – et doit – également être évalué.

«Pour qu’un pays réussisse en matière de REDD+, il doit disposer d’un cadre de gouvernance et de politiques appropriées», déclare l’auteur principal Kaisa Korhonen-Kurki, du Centre universitaire d’Helsinki pour l’Environnement et du Centre de Recherche Forestière Internationale (CIFOR).

«Il est donc important d’évaluer les indicateurs politiques pour voir si un pays dispose de l’environnement politique nécessaire afin de préserver les arbres et stocker ainsi le carbone», ajoute-t-elle.

«Nous observons que, dans les pays où les dirigeants politiques se sont engagés dans le processus de REDD+, les progrès politiques sont possibles et tangibles – et donc mesurables, même si la gouvernance forestière est défaillante.»

FIXER LES CONDITIONS

Pour identifier les facteurs et les conditions politiques nécessaires pour établir formellement la REDD+ au niveau national, Mme Korhonen-Kurki et ses co-auteurs ont effectué une analyse quali-quantitative comparée de 12 pays émergents et en développement riches en forêts.

Ils ont constaté que seuls trois de ces pays – le Brésil, l’Indonésie et le Vietnam – ont établi des politiques globales visant un changement transformationnel. Leurs progrès ont été attribués à certains facteurs, ou caractéristiques, favorables au sein de leur cadre institutionnel et politique – des caractéristiques que d’autres pays peuvent s’efforcer d’établir.

Le premier facteur favorable, commun aux trois pays, est d’avoir déjà entamé un changement politique avant que la REDD+ n’ait été lancée. Par exemple, le Vietnam a lancé un programme à l’échelle nationale de Paiements pour Services Environnementaux des forêts en 2008.

L’absence de modifications antérieures n’empêche cependant pas les autres pays d’établir des politiques de REDD+, souligne Mme Korhonen-Kurki. «Cela leur prendra juste plus de temps», dit-elle.

Toutefois, les changements politiques antérieurs ne sont pas suffisants, selon l’étude.

«Le Brésil et le Vietnam disposent, par exemple, d’éléments clefs pour une législation, politique et gouvernance forestière efficace; tandis que l’Indonésie fait face à une menace importante de pénurie en ressources forestières», déclare Mme Korhonen-Kurki.

«La combinaison de ces facteurs avec des changements politiques antérieures a fait la différence.»

L’évaluation des progrès politiques est assez différente de la mesure du carbone.

Une autre question qu’ils ont abordée était de savoir si les personnes impliquées dans la politique – les acteurs politiques – pourraient avoir recours au cadre institutionnel pour effectuer des changements. L’analyse indique que les pays ont plus de chance de réussir s’ils s’approprient nationalement la REDD+ (c’est-à-dire que le pays mène lui-même le processus plutôt que, par exemple, des acteurs internationaux) et si des coalitions d’acteurs politiques visant un changement transformationnel sont actives.

MESURER LE CHANGEMENT

L’article suggère que ces résultats de recherche peuvent guider les décideurs politiques et les exécutants de projets pour savoir où mettre l’accent lors de l’évaluation de leurs propres progrès et comment progresser plus vite.

C’est là que les indicateurs mesurables entrent en jeu.

«L’évaluation des progrès politiques est assez différente de la mesure du carbone. Le carbone est facilement quantifié», explique Mme Korhonen-Kurki.

«Il peut cependant être difficile de définir les facteurs. À quoi ressemblent la ‘propriété nationale’, une ‘législation efficace’ ou des ‘coalitions visant le changement’?

Un indicateur proposé pour l’appropriation nationale est, par exemple, que «la formulation des politiques REDD+ soit dirigée par des institutions politiques nationales» plutôt que par des acteurs internationaux, tels que des experts et bailleurs de fonds étrangers. Un exemple d’un indicateur d’une législation efficace est celui «des mécanismes efficaces de mise en œuvre et d’application».

Pour chaque indicateur, l’absence n’est pas considérée comme étant sans importance, mais est mesurée et inclue. Par exemple, l’absence de coalitions visant le changement peut être due à une domination par des réseaux médiatiques et politiques qui soutiennent des «coalitions visant le statu quo et le maintien des affaires courantes».

L’étude expose également des indicateurs pour le résultat global des politiques établies. Comme pour tout facteur individuel, plusieurs indicateurs doivent être pris en compte.

«La réalité est complexe et les résultats sont toujours la somme d’enjeux multiples», déclare Mme Korhonen-Kurki.

«Dans le monde réel, il n’y a jamais un seul facteur qui aboutit en un résultat, puisque tout varie avec le contexte. Le contexte et la combinaison de différents facteurs sont toujours importants.»

Le désir des auteurs de saisir le contexte dans les 12 pays de l’étude a déterminé leur choix de la méthodologie. Ce choix est expliqué dans un document de travail connexe, publié par le CIFOR, intitulé «Analyse quali-quantitative comparée (AQQC): une application pour comparer les processus de politique nationale de REDD+».

Pour plus d’informations sur les sujets abordés dans cet article, veuillez contacter Maria Brockhaus sur m.brockhaus@cgiar.org.

La recherche du CIFOR sur la REDD+ fait partie du Programme de recherche du CGIAR sur les Forêts, les Arbres et l’Agroforesterie.

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