La Déclaration de New York sur les Forêts suscite éloges et inquiétudes

Pour les forêts, il s’agissait d’un moment historique. La Déclaration de New York sur les Forêts, signée la semaine dernière lors du Sommet des Nations unies sur le Climat, était remarquable non seulement pour son ambition de réduire de moitié la déforestation d'ici 2020 et de l’arrêter d’ici 2030, mais également pour le vaste soutien des gouvernements, entreprises et groupes autochtones.
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NEW YORK — Pour les forêts, il s’agissait d’un moment historique.

La Déclaration de New York sur les Forêts, signée fin septembre 2014 lors du Sommet des Nations unies sur le Climat, était remarquable non seulement par son ambition de réduire de moitié la déforestation d’ici 2020 et de l’arrêter d’ici 2030, mais également par le vaste soutien des gouvernements, entreprises et groupes autochtones.

Le temps montrera si le pacte sera fructueux, selon des experts. Ces-derniers ont salué les objectifs de la déclaration, mais ont exprimé des préoccupations au sujet de certaines de ses limites.

Daniel Nepstad: C’est une étape très importante, parce qu’elle tient compte de nombreuses innovations qui arrivent… Dans quelques années, avec une nouvelle série de principes et de critères, elle pourrait avoir une meilleure emprise sur la déforestation.

«Ce soutien important est vraiment quelque chose de positif qui émane de la Semaine du Climat», déclare Peter Holmgren, Directeur général du Centre de Recherche Forestière Internationale (CIFOR). «Ce n’est pas tous les ans que les chefs d’Etat se réunissent et parlent de forêts, d’agriculture et d’engagements.»

«Les entreprises privées vont dans un sens que beaucoup d’entre nous pensent être une bonne direction: prendre en compte le changement climatique dans leurs chaînes de valeur et saisir cette occasion pour faire des affaires.»

Plus de 30 pays, ainsi que 30 entreprises, ont signé la déclaration, y compris Golden Agri-Resources, Cargill, Asia Pulp and Paper, McDonald’s, Nestle et Kellogg’s.

Carlos Nobre: Le Brésil n’a pas signé à cause de restrictions diplomatiques et, disons, juridiques, car la déclaration indique ‘zéro déforestation’, tandis que la loi brésilienne actuelle accepte un certain taux restreint de déforestation.

«Tenter d’arrêter la déforestation et de coopérer avec le secteur privé est un objectif nouveau et utile. Je pense que c’est une des choses qui étaient perceptibles tout au long de la semaine du climat à New York», déclare Louis Verchot, directeur de la Recherche sur les Forêts et l’Environnement au CIFOR. «L’engagement du secteur privé est à un beaucoup élevé qu’il ne l’a été par le passé.»

REFUS DU BRÉSIL

En ce qui concerne les pays signataires de la Déclaration, il y avait une absence notable.

Le refus du Brésil de signer la déclaration contraste avec ses progrès dans la lutte contre la déforestation. Au cours des 10 dernières années, le Brésil a réduit sa déforestation de près de 80%, bien qu’en 2013 il y ait eu une légère augmentation des terres déboisées.

«Le Brésil n’a pas signé à cause de restrictions diplomatiques et, disons, juridiques, car la déclaration indique ‘zéro déforestation’, tandis que la loi brésilienne actuelle accepte un certain taux restreint de déforestation», explique Carlos Nobre, le Secrétaire national de la Politique de Recherche et de Développement au sein du Ministère brésilien de la Science, la Technologie et l’Innovation. «Toutefois, le Brésil a l’intention d’arrêter bientôt totalement la déforestation.»

RÉDUIRE LE CARBONE, ABSORBER LE CARBONE

En cas de succès, la déclaration aurait des effets considérables, non seulement sur les forêts mais aussi sur le climat: les émissions de carbone dues à la déforestation pourraient être réduites de 4,5 milliards à 8,8 milliards de tonnes par an – ce qui équivaut à peu près aux émissions annuelles des États-Unis. En absorbant jusqu’à 45% des émissions de carbone, les forêts jouent également un rôle de filet de sécurité dans le système climatique actuel.

Eduardo Brondizio: Je ne pense pas qu’elle souligne suffisamment le potentiel économique de ce qu’offrent les forêts… Les forêts sont centrales pour l’économie.

En plus d’être des puits efficaces de carbone, les forêts jouent un rôle clé au sein des paysages en soutenant la productivité agricole par des services écosystémiques, tels que la pollinisation, le maintien de la qualité de l’eau, la recharge des nappes phréatiques et le maintien de la qualité des sols. Il est estimé que 1,6 milliard de personnes, vivant dans et à proximité des forêts, dépendent fortement de ces forêts pour leurs moyens de subsistance.

CERTAINES PRÉOCCUPATIONS PERSISTENT

Bien que la déclaration suscite des éloges, il existe des inquiétudes quant à son approche.

«La déclaration de l’ONU contribue à faire reconnaître les forêts comme un sujet majeur pour la conservation, ainsi que pour l’atténuation du changement climatique, dans les 10 à 20 prochaines années», déclare Eduardo Brondízio, professeur d’anthropologie et professeur adjoint en sciences environnementales et en géographie à l’Université d’Indiana. «Par contre, elle semble placer les forêts du côté de la conservation, plutôt que du côté de la gestion.»

Louis Verchot: Il y a beaucoup d’éléments positifs (dans la déclaration), mais les défauts sont importants.

Certains experts ont également exprimé la crainte que la déclaration isole les forêts, en les séparant de leurs rôles étroitement liés à d’autres utilisations des terres.

«La déclaration est insuffisante dans le sens où elle considère les forêts comme une entité et non comme une entité au sein d’un paysage», dit M. Verchot. «L’agriculture, la sylviculture et l’utilisation des terres auraient constituées une très belle déclaration.»

«L’agriculture est à l’origine de 80% de la déforestation dans les zones tropicales et est la principale cause de la perte de biodiversité», poursuit-il. Toutefois, elle est également essentielle à la survie de l’homme – rien qu’en Afrique, l’agriculture assure les moyens de subsistance de 80% de la population du continent, selon lui.

Les forêts «offrent toutes sortes de services écosystémiques, y compris ceux qui soutiennent l’agriculture, la sécurité alimentaire et une nutrition équilibrée», déclare M. Verchot. «Par conséquent, aborder séparément les forêts et l’agriculture n’a pas de sens. Les deux systèmes d’utilisation des terres sont essentiels pour le bien-être humain. Certains compromis entre ces deux systèmes doivent être reconnus et établis».

M. Holmgren du CIFOR est du même avis.

«Il y a étonnamment peu de références croisées entre la déclaration sur les forêts et la déclaration sur l’agriculture; les arrangements institutionnels concernant ces deux secteurs demeurent séparés», dit-il.

«Ceci limite incontestablement nos options. Nous avons une bien meilleure chance de trouver des solutions si nous agissons au-delà des secteurs».

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